CHAPITRE V
Complications immédiates et consécutives précoces.
Complications immédiates locales : séparation des diaphyses. — Décollements épiphysaires. — Fractures spontanées. — Luxations pathologiques. — Lymphangites. — Phlegmons diffus. — Arthrites suppurées; leurs variétés. — Embolies veineuses. — Embolies graisseuses. — Endocardites, péricardites, néphrites. — Épuisement. — Anémie pernicieuse. Complications consécutives précoces. — Hyperaccroissement ; hyperostoses, atrophies, luxations pathologiques. — Abcès consécutifs précoces. — Nécroses consécutives précoces.
Complications immédiates locales. — La séparation diaphysaire siégeant au-dessous du cartilage dia-épiphysaire existe souvent sans arthrite. Elle se fait dans le cours du 2e mois et, reconnue au milieu des désordres qui tiennent à la suppuration, elle surprend toujours quelque peu. Elle se traduit par une attitude nouvelle de la section du membre où elle s’est opérée; celui-ci obéit à la pesanteur ou à l’action musculaire, Chaque région comporte donc une attitude variable. On croirait volontiers à une luxation, mais le siège exact de la mobilité anormale, la sensation d’un frottement dur et sec, la crépitation, feront le diagnostic.
La régénération osseuse rétablit la continuité de l’os et
COMPLICATIONS
la diaphyse échappe à la nécrose dans les cas heureux.
Les décollements épiphysaires sont beaucoup plus rares qu’on ne le croit généralement. Dans ses observations personnelles, M. Lannelongue a noté que, dans la plupart des cas, la séparation ne s’était pas effectuée à proprement parler; la destruction du cartilage conjugal ne permettait qu’un jeu des deux parties et n’avait pas abouti à une désunion absolue. Les décollements les plus complets sont ceux de l’extrémité supérieure du fémur. L’existence d’une arthrite suppurée, d’une déformation considérable dans la jointure elle-même, font penser à ce décollement. La présomption s’entourera de probabilités plus grandes si le membre prend une attitude nouvelle inexplicable avec les rapports nouveaux des surfaces articulaires. Enfin, s’il est possible de constater la mobilité anormale au niveau exact de la continuité de la diaphyse et de l’épiphyse, le diagnostic sera indéniable.
Les signes des fractures spontanées sont faciles à constater. On note une mobilité anormale survenue après le moindre effort, le membre est incapable de remuer; la crépitation, la déformation consécutive, les trajets fistuleux conduisant vers un gros foyer nécrotique, font facilement reconnaître la lésion dont la guérison est possible, même fréquente.
Ces fractures spontanées sont graves lorsqu’elles se produisent au milieu d’un foyer purulent, car elles peuvent se compliquer de septico-pyohémie (Ollier).
Le professeur Lannelongue a étudié le mécanisme des luxations pathologiques dans les ostéomyélites. Dans un cas siégeant à la hanche, il nota comme lésion à l’autopsie une diminution dé volume de la tête fémorale, un agrandissement du cotyle par ulcération de son bord postérieur,
une destruction partielle de la capsule qui était ulcérée à ses attaches surtout en arrière et enfin une disparition totale du ligament rond. On ne saurait réaliser des conditions plus avantageuses pour la production d'une luxation pathologique. Quant au sens du déplacement, il était dicté en quelque sorte par le siège des ulcérations capsulaires et par l’ulcération du cotyle ; il a suffi, étant données ces altérations, d’une attitude physiologique un instant favorable, comme la flexion de la cuisse combinée avec la rotation en dedans. Or, l’articulation étant pleine de pus, cette attitude a dû certainement se produire par le fait de la présence d’un liquide intra-articulaire, tout comme aussi les mouvements du sujet dans son lit auraient pu amener le même résultat.
En somme, la luxation ne peut être produite par l’action musculaire seule, il faut qu’il y ait une lésion préalable et parfois étendue des surfaces articulaires et de l’appareil ligamenteux. M. Le Den tu, également dans un cas de luxation spontanée suivie de résection, constata ces lésions osseuses.
Le professeur Yerneuil explique ces luxations par les altérations des parties molles avec relâchement de la capsule, par les ulcérations des os et enfin par les attitudes vicieuses résultant de contracture musculaire.
Dans l’ostéomyélite à staphylocoques, les ganglions dépendant de la lésion locale sont intacts, à moins de lymphangite partant des bords de la plaie.
Au pourtour de la plaie, en effet, existe toujours une certaine rougeur simplement érythémateuse. Dans quelques cas d’ostéomyélites à staphylocoques on voit parfois partir des bords de la plaie une rougeur lvmphangitique simulant très bien un érysipèle. Tantôt il s’agit en effet
COMPLICATIONS
d’une infection streptococcienne venue du dehors par le fait du pansement. Mais est-ce toujours du dehors que viendra la cause de cette légère complication? Ne peutil pas y avoir une infection endogène ?
Parfois l’ostéomyélite peut se compliquer de phlegmons diffus, toutes les parties molles étant envahies par la suppuration qui marche avec rapidité et présente les caractères de la suppuration du plegmon diffus (Lannelongue).
Les arthrites suppurées, à proprement parler, ne sont pas une complication, c’est un symptôme quand le cartilage dia-épiphysaire est en partie ou en totalité intraarticulaire. Depuis la simple hydarthrose dite de voisinage, jusqu’à l’arthrite suppurée la plus phlegmoneuse, tous les degrés intermédiaires ont été observés. 11 s’agit en somme d’une infection par voisinage et les variétés observées dépendent probablement de la virulence de l’agent microbien provocateur.
Complications immédiates générales. — La septicémie et ses conséquences sont fréquentes. Les symptômes surviennent souvent de bonne heure. Parfois au bout du 5e ou du 4e jour des pneumonies bâtardes se développent et emportent le malade. A distance, des arthrites suppurées, autrefois dites métastatiques, se développent, c’est l'infection purulente avec tout son cortège, abcès articulaires, cellulaires, viscéraux (poumon, rein, foie, cer^veau), endocardites (Gampenon), « comme dans les états les plus infectieux » (Lannelongue, 1879), péricardites, phlébites, embolies graisseuses dans les vaisseaux des poumons (Flournoy).
Cette question d,e l’embolie graisseuse est très intéres-
santé. Elle fut étudiée surtout dans le cas de fracture simple ou compliquée par Zenker, Wagner, Busch, Cerny, Hahn, Bergmann, Flournoy. Ce dernier auteur déterminait des embolies graisseuses du poumon après fracture du crâne chez le lapin. M. Déjerine1 ne les a pas observées dans les cas de fracture simple; mais, dans les cas de fracture compliquée, ces embolies graisseuses sont fréquentes. Pour les produire à coup sûr il fallait déterminer une certaine pression de la moelle dans le canal médullaire à l’aide d’une tige de laminaire. M. Déjerine a surtout insisté sur le rôle de la moelle osseuse dans des ostéomyélites expérimentales compliquées d’embolies graisseuses pulmonaires.
E. Meeh 2 a fait une critique très serrée des cas considérés comme des embolies graisseuses. Celles-ci sont fréquentes dans les cas de fracture, mais pour qu’elles soient mortelles il tend à penser qu’il faut qu’elles soient septiques. Nous n’avons pas trouvé de faits cliniques où cette embolie graisseuse ait été signalée dans l’ostéomyélite de croissance chez l’homme; cependant il doit en exister des observations.
Les lésions du rein expliquent la fréquence de l’albuminurie (Verneuil, Mouret). Comme infection à la fois locale et générale, signalons la septicémie gazeuse (Lannelongue).
À la période terminale de l’ostéomyélite les longues suppurations déterminent un affaiblissement général du malade et parfois la mort par épuisement et état amyloïde des principaux viscères.
Knott a rapporté un cas dans lequel le malade présentait
Déjerine. Société de biologie, 22 février 1879.