‹ Ostéomyélites de la croissanceChapitre 6 sur 39 · INTRODUCTION ET DÉFINITION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ET DÉFINITION

l’ostéomyélite à staphylocoques : c’est celle qui est la mieux connue; la deuxième comprend l’ostéomyélite à streptocoque et la troisième l’ostéomyélite à pneumocoque.

A côté de celles-ci, nous décrirons les ostéomyélites à bacille d’Eberth, car c’est une affection infectieuse sur- 1 venant, pas toujours, mais souvent pendant la croissance. Enfin nombre d’autres ostéomyélites aiguës ont été notées, dans la rougeole, la variole et la scarlatine, c’est-à-dire également très souvent pendant la croissance. Leur étude est un peu vague ; nous chercherons à démontrer seulement que le plus souvent ce sont des infections secondaires et que l’affection peut rentrer dans une des classes étiologiques précédemment indiquées ; c'est pourquoi nous les étudierons également.

Enfin, chez l’enfant comme chez l’adulte, à la suite d’une fracture compliquée ou d’une amputation, on peut noter une ostéomyélite aiguë infectieuse et suppurée. Son étude ne rentre pas dans le cadre que nous nous sommes tracé; disons seulement qu’elle pourrait être placée dans une des formes que nous avons admises.

Synonymie : Périostite rhumatismal e. — Périostite phlegmoneuse (Schutzenberger). — Périostite diffuse (Holmes). — Périostite phlegmoneuse diffuse (Giraldès). — Périostite purulente maligne (Volkmann). — Abcès sous-périostiques aigus, ostéomyélite spontanée diffuse, typhus des membres (Chassaignac). — Ostéomyélite (Demme). — Décollement aigu des épiphyses, méningo-ostéophlébite (Klose). — Ostéite épiphysaire aiguë des adolescents (Gosselin). — Ostéopériostite juxta-épiphysaire (Gamet). — Ostéo-périostite diaépiphysaire (Salés). — Ostéo-périostite (Drouin). — Ostéite aiguë chez les enfants et les adolescents (Sezary). — Médullite aiguë (Culot). — Nécrose aiguë (Spillmann). — Inflammation pseudo-rhumatismale des os et des articulations

chez les adolescents (Roser). — Ostéite juxta-épiphysaire (Ollier). — Ostéo-périostite purulente aiguë (Poncet). — Ostéite phlegmoneuse diffuse (Ranvier). — Fièvre de croissance des adolescents (Richet). — Ostéo-myélite aiguë pendant la croissance (Lannelongue).

Sommaire. — 1° Période d’observation pure : Hippocrate, Celse, etc.; J.-L. Petit, Heine, Rognetta, etc.; Gerdy, Chassaignac : travaux remarquables de ce dernier auteur mais sa division erronée de l’affection en deux étages : abcès SOUS-périostique et ostéomyélite. — 2° Période de description clinique : École de Strasbourg : Schutzenberger, J. Boeckel. — École de Lyon : Ollier, Gamet. — École de Paris : Giraldès; importants travaux de Gosselin; Culot, Ranvier, etc. — Premier mémoire du professeur Lannelongue sur l’ostéomyélite aiguë ; son importance, car il donne une description définitive de la maladie. — Discussion à la Société de chirurgie : MM. Lannelongue, Verneuil, Le Fort, Duplay, Tillaux, Marjolin, Berger. — Discussion à l’Académie de médecine : Gosselin, Panas, Trélat. — Deuxième mémoire du professeur Lannelongue en collaboration avec M. Comby et donnant une description de l’ostéomyélite prolongée qui jette une grande lumière sur l’étiologie de la nécrose. — 3° Période de recherches microbiologiques et de classification. — Recherches microbiologiques de Lücke, Klebs, Recklinghausen, Eberth, Rocher, Rosenbach, Kostlin, Pasteur, Max Schuller, Ogston, Becker, Nepveu, Krause, Rodet, Garré, Jaboulay, Kraske, Colzi, Lannelongue et Achard, Rat tone, Courmont, Ebermaier, Orloff, Achalme. — Classification de M. Lannelongue et Achard. — Importance des travaux de M. Lannelongue sur l’ostéomyélite.

1° Période d’observation pure.

Dès les temps les plus reculés, la nécrose fut connue des chirurgiens; Hippocrate, Celse, Galien, Rliazès, prati-

HISTORIQUE

quaient l’extirpation de séquestres tout au moins superficiels. En 1700, J.-I . Petit décrit les exostoses et les enflures des os quand elles sont « rachitiques, scorbutiques, véroliques, scrofuleuses, ou chancreuses, c’est-àdire cancéreuses. .» Puis Heine, Kaltschmidt, David, 1 Louis, Chopart, Tenon, Troja, Rousselin, Weismann, Léveillé, Crampton, Roche, Sanson, Weiss, Gerdy, Rognetta, Moren-Smith, Reynaud, Stanley, en décrivant l’inflammation des os, essayèrent ‘en vain de bien distinguer la carie, la tuberculose, la syphilis, les hyperostoses, les abcès des os, etc. Gerdy, par ses travaux, reconnut facilement l’étroite solidarité qui unit les différents tissus d’un os, « conception évidente maintenant au point de vue physiologique et au point de vue pathologique (Lannelongue) ». Gerdy décrivit donc la périostite et la médullite, celle-ci étant souvent la complication fatale de celle-là (1853).

Chassaignac (1854-1859) créa pour ainsi dire deux affections dans les suppurations aiguës : l’une, l’abcès sous-périostique, comportant une thérapeutique beaucoup moins sévère dont l’incision (et le drainage faisaient le fond ; l’autre, extrêmement grave, toujours mortelle, si on n’ampute pas, c’est l’ostéomyélite. Celle-ci, centrale, débutait par le canal médullaire, s’étendait rapidement dans toutes les directions, se compliquait de phlegmons diffus, le tout constituant ce qu’il appelait, d’une façon pittoresque, le typhus des membres. Mais, dans son remarquable Traité de la suppuration , se trouvent décrits, un peu pêle-mêle, la périostite, l’ostéomyélite, et le phlegmon diffus total. Néanmoins, il faut le reconnaître, il saisit bien les rapports qui existent entre l’ostéomyélite et la nécrose. Ses deux mémoires successifs ont assu-

rément inspiré les auteurs suivants qui étudièrent les ostéites. Mais ils ont le tort de s’efforcer d’établir des distinctions fondamentales entre les abcès sous-périostiques et l’ostéomyélite, distinctions qui ne peuvent se justifier ni au point de vue anatomique, ni au point de vue clinique. 11 est à remarquer en effet que certaines de ses observations étiquetées abcès sous-périostiques sont absolument semblables à d’autres classées dans les ostéomyélites.

2° Période de description clinique.

Les travaux précédents portèrent leurs fruits. L’ancienne et regrettée École de Strasbourg, personnitiée dans Schutzemberger et J. Boeckel, décrivit l’ostéomyélite sous le nom de périostite phlegmoneuse ; elle insista sur ce fait que de la superficie l’affection gagnait la profondeur et que l’os se nécrosait consécutivement à la dénudation du périoste.

A l’École de Paris, le point de départ sous-périosté de l’affection fut soutenu par Giraldès, chirurgien de l’hôpital des Enfants Malades, et ses élèves Louvet et Bourneville.

Aussitôt après la publication du mémoire de Klose sur le Décollement spontané des épiphyses , le professeur- Gosselin, dans un remarquable travail, mit surtout en relief l’influence du cartilage épiphysaire à une époque où cet organe possède sa plus grande activité fonctionnelle, c’est-à-dire pendant l’adolescence, avant l’achèvement de l’ossification. Gosselin reconnaissait en même temps que ce cartilage n’était ni le siège primitif, ni le

HISTORIQUE

siège exclusif de l’affection. Dans ses publications et dans celles de ses élèves, il est en effet établi que si l’adolescence y est plus exposée, tous les âges de l’enfance peuvent en être atteints,

L’École de Lyon, représentée par les remarquables tra- <• vaux du professeur Ollier, étudia l’affection en adoptant les vues précédentes de Gosselin et lui donna le nom d’ostéite juxta-épiphysaire, expression incomplète, puisque les os dépourvus d’épi physes, la rotule par exemple, peuvent être le siège de l’affection (Lannelongue).

Le professeur Ollier fit ressortir le travail congestif qui se passe au niveau du cartilage de conjugaison ou dans la portion médullaire de l’os pendant la croissance, travail prédisposant aux inflammations suppuratives aiguës des os.

A Paris, le rôle de la moelle, considérée comme étant le siège primitif de l’affection, fut soupçonné par Culot dont la thèse reflète les opinions de Charles Robin et du professeur Ranvier.

L’étude de l’ostéomyélite était donc encore assez vague lorsque parut le mémoire du professeur Lannelongue, mémoire basé sur un nombre considérable d’observations cliniques et anatomo-pathologiques puisées dans son remarquable service de l’hôpital Trousseau. 11 démontra que le nom d’ostéomyélite caractérise le siège de l’affection et insista sur les suites éloignées de la maladie. Comme le dit M. Rerger1, résumant les idées du professeur Lannelongue à la Société de chirurgie : « L’ostéomyélite est une affection progressive procédant par poussées douloureuses séparées par des intermissions souvent

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