P. Berger. Revue des Sociétés médicales , t. 19, p
fort longues. L’inflammation aiguë, alors même qu’elle n’a pas abouti à la suppuration ou que l’abcès auquel elle a donné naissance s’est tari, aboutit alors fatalement, soit à la formation d’un abcès central, soit plus fréquemment encore à une nécrose, à plus ou moins longue échéance. »
Ces idées, admises en général, furent contestées à quelques points de vue particuliers, et quelques faits de périostite pure furent objectés par MM. Verneuil, Le Fort, Filiaux, Marjolin, Berger, dans les discussions à la Société de chirurgie de 1879. On reprocha à M Lannelongue d’avoir trop assombri le pronostic des inflammations osseuses en n’envisageant que les cas graves (Trélat). Quant au siège primitif de la lésion, c'est-à-dire quanta sa nature, MM. Trélat, Terrier, Desprès, pensèrent que toutes ces inflammations osseuses sont des ostéomyélites, le tissu médullaire seul étant capable de s’enflammer soit dans le canal médullaire, dans les aréoles du tissu spongieux, dans les canaux de Havers, soit dans la couche ostéogène du périoste. Le terme d’ostéite é'piphvsaire est insuffisant puisque les lésions du cartilage épiphysaire sont secondaires ; celui d’ostéite des adolescents est également inexact parce que des enfants en sont atteints et que l’inflammation se continue jusque dans l’âge adulte. La dénomination d’ostéomyélite est donc la meilleure, comme M. Lannelongue l’avait démontré avec de nombreuses pièces à l’appui.
Dans cette remarquable discussion à la Société de chirurgie, la question du traitement fut diversement comprise. MM. Marjolin, chirurgien de l’hôpital Trousseau, Verneuil, Le Fort, apportèrent des faits nombreux où la guérison d’abcès sous-périostiques fut obtenue par la
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simple incision. Néanmoins le professeur Le Fort résuma la discussion sur le traitement de la façon suivante : « Sans « accepter les idées de M. Lannelongue, dit-il, je ne leur « fais pas une opposition absolue. Ce que je reproche à « notre collègue, c’est d’avoir été trop loin dans ses opi- <t nions, d’avoir généralisé, sans admettre d’exception, « des faits qui pourraient être régardés comme excep- « tionnels. Mais je me plais à reconnaître qu’en insistant <( sur la nécessité de pratiquer la trépanation de l’os, non *< pas toujours comme il le veut, mais dans certains cas, « M. Lannelongue a rendu à la thérapeutique chirurgi- « cale un incontestable service, puisqu’il amènera à pra- « tiquer plus souvent qu’on ne le fait la trépanation des « os atteints d’ostéite épiphysaire, d’ostéo- périostite « phlegmoneuse ».
A toutes ces objections le professeur Lannelongue répondit par un travail sur l’ostéomyélite prolongée, faite en collaboration avec M. Comby. Il y démontra que les guérisons observées après incisions pures et simples de l’abcès sous-périostique étaient des guérisons temporaires, et tôt ou tard les malades sur lesquels on les a observées seront atteints de récidives sous forme de poussées inflammatoires nouvelles, d’hyperostoses, d’abcès des os, de nécroses.
A l’Académie de médecine, la question de l’ostéomyélite fut mise à l’ordre du jour. M. Panas, dans son rapport, se refusa tout d’abord à admettre que la moelle osseuse puisse-être le point de départ exclusif des inflammations osseuses que l’on observe chez les adolescents : « Si l’ostéo- « myélite, dit-il, joue un grand rôle dans la pathogénie de « ces affections, on ne peut refuser à la moelle périostale,
« autrement dit au périoste, la possibilité de s’enflammer
« la première, au moins dans un certain nombre d’obser- « vations ». Dans tous les cas, M. Panas ainsi que Trélat attribuent au tissu médullaire proprement dit un rôle prépondérant dans l’inflammation de l’os. Mais pour Gosselin, le point de départ de l’affection est douteux, l’ostéite est générale d’emblée, toutes les parties constituantes de l’os participent à l’état inflammatoire; quant au traitement, c’est la trépanation quand la suppuration occupe l’intérieur de l’os. Mais le plus souvent la guérison peut s’obtenir par les incisions larges et précoces du périoste.
Nous allons voir toutes ces objections perdre beaucoup de leur importance, grâce aux recherches microbiologiques que nous envisagerons rapidement dans l’étude de la 3e période de l’historique de l’ostéomyélite.
Disons en terminant l’étude de cette deuxième période qu’en Allemagne l’ostéomyélite fut étudiée par Volkmann, Roser, Klose, Vogt, Friedmann, surtout sous le nom de nécrose aiguë, mais sans que ces auteurs aient ajouté quelque chose de nouveau à la description des chirurgiens français.
3° Période de recherches microbiologique s et de classification.
La marche de la maladie et les progrès de la médecine proprement dite devaient amener les chirurgiens à se demander si l’affection ne devait pas être rangée dans le groupe des maladies infectieuses. C’est ce que pensa Lücke dès 1874. En même temps Klebs et Recklinghausen décrivirent des microcoques aussi bien dans les foyers primitifs de suppuration osseuse que dans les foyers
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secondaires. Cette même idée se retrouve dans un travail d’Eberth, publié en 1875. En 1879, Kocher conclut de ses recherches expérimentales que les éléments producteurs de l’inflammation osseuse sont primitivement contenus dans le canal intestinal. La même année Bosenb^ach arrive à des conclusions presque identiques à celles de Kocher. En 1880, Kostlin, cité d’après M. Kirmisson, fit des expériences destinées à montrer la nature infectieuse de la maladie, en pratiquant sur des chiens des fractures sous-cutanées des membres, puis en leur faisant des injections sous-cutanées de matières septiques.
Dans la séance du 4 mai 1880, M. Pasteur rendait compte à l’Académie de médecine de l’examen d’un pus d’ostéomyélite recueilli sur la jambe d’une petite fille de douze ans dans le service de M. Lannelongue. Il découvrit dans ce pus un microbe pareil à celui du furoncle et il conclut que l’ostéomyélite est « le furoncle de la moelle des os » .
En 1881, Max Schuller décrivit des micrococcus dans la moelle, dans le périoste et les tissus environnants infiltrés de pus. Ces microbes se retrouvaient même dans l’épaisseur du cartilage articulaire. Ogston (1882) constata la présence d’un grand nombre de staphylocoques dans un cas d’ostéomyélite chez un enfant.
Becker en 1883 put avec ce microbe faire des cultures ayant une couleur orangée; il inocula ces cultures par des injections inlra-veineuses, mais la suppuration osseuse ne se montra que dans les cas où quelques jours auparavant on avait pratiqué une ou plusieurs fractures.
La même année Nepveu, dans le service de M. Yernëuil, constata la présence de ce même organisme dans deux cas d’ostéomyélite (thèse de Thellier). En 1884, M. Gan-
golphe obtint la suppuration osseuse en inoculant du pus dans les veines ou sous la peau et en produisant un traumatisme des os. (Lyon médical , 1884.)
Rosenbach (1884), pour établir la priorité de ses recherches sur celles de Becker, donna à ce microbe à cultures dorées le nom de staphylococcus pyogenes aurais ; ce microbe existait dans le pus soit à l’état isolé, soit associé au streptocoque pyogène. Dans un cas il trouva un microbe qu’il appela staphylococcus pyogenes alhus.
Fédor Krause fit les mêmes constatations et il conclut que le micrococcus de l’ostéomyélite infectieuse de l’homme est un micro-organisme extrêmement pathogène et pyogène agissant surtout sur l’appareil locomoteur. Il retrouva ce même microbe dans le pus des anthrax.
M. Rodet (de Lyon) fit faire un grand pas à la question. Tandis que les expérimentateurs précédents traumatisaient des os, M. Rodet injecta des cultures du staphylococcus aureus dans les veines de lapins en voie de croissance et produisit, sans traumatisme, des ostéomyélites suppurées.
Garré reproduisit sur lui-même les lésions du furoncle en s’inoculant du pus d’ostéomyélite.
M. Jaboulay confirma les recherches de Rodet et détermina les lésions de l’ostéomyélite avec le staphylococcus albus aussi bien qu’avec le staphylococcus aureus. Il admit la transformation du staphylococcus aureus en staphylococcus albus, fait sur lequel nous ne pouvons nous appesantir ici, mais que nous discuterons à propos de la pathogénie.
Kraske (1887) insista après beaucoup d’autres auteurs sur l’existence des microbes précédents dans les suppurations des différents tissus et il conclut en disant qu’il
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faut renoncer à l’idée de faire de l’ostéomyélite une maladie infectieuse spécifique déterminée par le staphvlococcus aureus.
De ses recherches Colzi conclut que le slaphylococcus aureus est plus virulent que le staphylococcus albus.
„ MM. Lannelongue et Achard ayant examiné le pus d’un certain nombre d’ostéomyélites aiguës y décrivent le staphylococcus pyogenes aureus, le staphylococcus albus, le staphylococcus citreus de Passet, le streptocoque pyogène et le pneumocoque à l’état de pureté. A propos de ces recherches la discussion reprit avec MM. Rodet et Courmont sur l’identité entre le staphylococcus aureus et le staphylococcus albus.
Il est vrai que dans quelques cas plusieurs auteurs avaient déjà décrit, à côté du staphylococcus aureus, un autre microbe, le streptocoque pyogène (Golding Bird, Rosenbach, Kraske, Rattone). Mais ce fut surtout MM. Lannelongue et Achard qui décrivirent l’ostéomyélite à streptocoques et au point de vue clinique jet au point de vue bactériologique. Peu de temps après, M.Chipault rapporta un autre cas d’ostéomyélite à streptocoque d’origine puerpérale.
Après ces recherches MM. Courmont et Jaboulay publièrent des expériences sur l’ostéomyélite à streptocoque, mais non conformes à celles de MM. Lannelongue et Achard, comme nous le verrons plus loin. Mais M. Kcplick par ses expériences confirma cependant les recherches de ces derniers auteurs. Puis ceux-ci complétèrent leurs remarquables travaux par la description de l’ostéomyélite à pneumocoque, et au point de vue clinique et au point de vue bactériologique.
Récemment, au Congrès de chirurgie (1895), M. Dor a étudié l’ostéomyélite à staphylococcus cereus flavus.
Enfin la microbiologie des ostéomyélites éberthiennes fut démontrée pour la première fois par Ebermaier, puis par Orlotf, Achalme, Colzi, Chantemesse, Widal, etc.
Ces mêmes auteurs insistèrent sur des conclusions cliniques que nous aurons à décrire.
En résumé, cet historique nous a montré tout d’abord les importants travaux de Gerdv, Chassaignac, Gosselin, sur l’ostéomyélite, mais c’est surtout au professeur Lannelongue que revient l’honneur d’avoir donné une description complète de cette affection et surtout de ses suites, ce qui justifierait le titre de « maladie de Lannelongue » donné à l’ostéomyélite.
L’historique de ces recherches microbiologiques nous démontre aussi qu’il existe des ostéomyélites à staphylocoque, ce sont les plus fréquentes, des ostéomyélites à streptocoque, à pneumocoque et à bacille d’Eberth. Ce sont celles que nous étudierons ici et dans l’ordre dan& lequel nous les avons énumérées.