‹ Ostéomyélites de la croissanceChapitre 9 sur 39 · Thèse citée · texte numérisé non relu

Thèse citée

2. Marfan. Études sur le surmenage. Journal des connaissances médicales, 1891.

curieux d’un enfant venu à pied du Piémont à Paris. M. Marfan cite un fait analogue concernant un enfant qui avait fait également à pied le trajet de Nantes à Toulouse.

Assurément, pendant la croissance et l’accroissement des os, la congestion physiologique plus ou moins intense au niveau des portions juxta-épiphysaires de l’os joue un grand rôle. Ces troubles vasculaires qui caractérisent la fièvre de croissance, que M. Bouilly a si bien étudiée tout spécialement, doivent donc être envisagés comme le premier degré de l’ostéite infectieuse.

La congestion active, la suractivité cellulaire qui se passent au niveau du cartilage de conjugaison, préparent le terrain. Reste à savoir si ces conditions suffiront à entretenir la vitalité des microbes qui viendront s’y localiser : alors, ou bien une résolution rapide surviendra, s’il ne s’ajoute rien d’infectieux à la congestion, ou bien la suppuration s’établira si des conditions suffisantes ont été offertes aux éléments pathogènes, qui sans cesse circulent dans le torrent circulatoire. Tout dépendra de la résistance de l’organisme et du caractère plus ou moins infectieux de l’agent pathogène. Dans tous les cas, tandis que le bacille tuberculeux aime les régions ni trop, ni peu vasculaires, le staphylocoque et le streptocoque aiment les régions vasculaires riches en oxygène, aussi le cartilage diaépiphysaire est-il un bon milieu pour leur développement.

Dans l’étiologie, le rhumatisme a peu d’importance, bien que l’ancienne Ecole de Strasbourg représentée par Schutzemberger, J. Bœckel et leurs élèves et Giraldès à Paris aient cherché à le démontrer et aient appelé l’affection : périostite rhumatismale.

L’exposition au froid est plus importante; l’exemple rapporté par M. Lannelongue est remarquable. Une jeune

ETIOLOGIE.

fille de 12 ans, à la suite d’une chute sur le poignet, met sous le jet d’eau froide d’une pompe toute la région de l’avant-bras; une ostéomyélite à marche suraiguë se développe et l’enfant meurt au bout de trois jours. L’action combinée de la fatigue et du froid est importante. Le surmenage, les chocs, les chutes, les tiraillements forcés, les contractions musculaires trop répétées influent également. Le muscle, en effet, par ses tendons, pénètre jusque dans l’os et l’irrite ainsi profondément (Lannelongue). Ce fait doit jouer un rôle dans le développement des ostéomyélites apophysaires.

Et cependant le même traumatisme, suivant les sujets, pourra déterminer une simple ostéite congestive, une périostite albumineuse, ou une ostéite circonscrite, ou une ostéomyélite infectieuse, ou une tuberculose osseuse ; tout dépend de& conditions subjectives dans lesquelles agit ce traumatisme.

Dans l’étiologie le traumatisme et chez les enfants l’entore juxta-épiphysaire surtout, a donc une certaine importance.

Toute plaie, quel qu’en soit le siège, est également une porte d’entrée. Woode en effet a vu se développer une ostéite infectieuse de la rotule après une piqûre septique d’un doigt. Lannelongue a signalé l’ostéomyélite de l’extrémité supérieure du fémur chez un enfant trachéotomisé pour diphtérie.

D’autre part, étant donné ce fait que le bacille tuberculeux existe à l’état normal dans la plupart des organes (Pizzini) où il est entré, grâce aux maladies antérieures, qui ont déterminé des portes d’entrée, il y a lieu de se demander s’il n’en est pas de même pour des microbes pyogènes normaux. Ceux-ci séjournent peut-être nor-

malement dans nos tissus et humeurs, et sous l’influence d’un traumatisme, d’un refroidissement, qui influe sur l’évolution des microbes, ils déterminent des accidents inflammatoires.

L’âge du sujet est, d’après ce qui précède, une cause prédisposante des plus importantes. C’est, en effet, pendant les périodes où se fait surtout l’accroissement des os en longueur, c’est-à-dire pendant la seconde enfance et l’adolescence que se montre de préférence l’ostéomyélite de croissance. Mais la première enfance ellemême n’est pas à l’abri de celte maladie, bien qu’elle y soit beaucoup plus rare. Rosenbach, cité par Bricon, aurait signalé un cas d’ostéomyélite intra-utérine. Chassaignac a publié une observation d’abcès sous-périostique aigu chez un bébé de 9 jours. Sézary, Lannelongue ont rapporté des observations analogues. Voici d’ailleurs la statistique du savant chirurgien de l’hôpital Trousseau :

Avant l’âge de 5 ans. 9 cas.

De 5 à 10 ans 17 —

De 10 à 15 ans 41 —

De 15 à 20 ans 50 —

1 cas à 21 ans, 1 à 22 ans 2 —

1 âge indéterminé 1 —

100 cas.

D’après sa statistique Haaga trouve que c’est entre 15 et 17 ans que l’on observe le plus grand nombre de cas d’ostéomyélite ; après 25 ans c’est une véritable rareté. Récemment Colmann a réuni 21 cas d’ostéomyélite survenant à l’âge adulte. Garré, également, pense qu’aucun âge n’est à l’abri d’une poussée primitive d’ostéomyélite. Si chez l’adulte les complications articulaires sont fréquentes,

ÉTIOLOGIE.

cela tient à la disposition de l’obstacle naturel créé par le cartilage de conjugaison à l’égard de l’extension du processus, ainsi que Gangolphe le fait remarquer. De là le caractère très grave des faits de ce genre rapportés par Kraske, Albert, P. Berger, etc. Il y aurait lieu de se demander cependant si tous ces cas d’ostéomyélite, chez ces malades adultes, n’ont pas été précédés de poussée aiguë pendant leur enfance.

Il est à noter qu’il y a une prédominance très marquée de la maladie dans le sexe masculin. Sur ces 100 cas de M. Lannelongue, il y avait 70 garçons. Déjà Chassaignac avait signalé ce fait. Haaga a noté les mêmes proportions (22 pour 100).

Notons en passant que les nombreux cas de coxalgie décrits chez les nouveau-nés ne sont peut-être au fond que des ostéomyélites : c’est ce qui parait ressortir de la lecture de quelques-unes des observations rapportées par Padieu, Morel-Lavallée, etc.

D’autre part, notons que l’ostéomyélite est plus fréquente à certains moments de l’année, au printemps et à l’automne; pour Pertik les saisons froides prédisposent à l’infection osseuse. Pour Haaga aucune saison ne prédispose à la maladie; de plus, d’après Lucke, celle-ci est rare dans certaines contrées, à Zurich, Berlin ; elle est au contraire très fréquente à Berne, Strasbourg, etc. Dans le cours qu’il fit cette année (1595) à l’École de médecine, M. Lannelongue posa la question de la contagion de l’ostéomyélite. Il est possible qu’à certains moments de l’année il y ait des conditions favorables au développement du staphylocoque pyogène doré et l’ostéomyélite infectieuse de croissance serait donc microbienne, parfois épidémique et contagieuse.

Pour Gangolphe l’ostéomyélite serait plus fréquente à la campagne qu’à la ville; le fait est douteux pour Haaga* Etudiée au point de vue du siège, l’ostéomyélite est plus fréquente sur les os longs, au membre inférieur surtout. Dans sa statistique de 100 observations, M. Lannelongue note 80 fois l’envahissement des os longs du membre inférieur, contre J 5 fois le membre supérieur. Au membre supérieur, c’est l’humérus qui est le plus souvent lésé ; au membre inférieur, c’est le fémur et le tibia. C’est ce que démontre la statistique de M. Lannelongue que voici :

Membre supérieur . Membre inférieur.

Humérus .... 5 cas Fémur. ... 34 cas

Radius 2 — Tibia .... 23 —

Péroné .... 3 —

7 cas.

60 cas.

L’affection a des épiphyses de préférence. A l’humérus c’est l’épiphyse supérieure ; au radius et au cubitus, ce sont les épiphyses inférieures. Au fémur, c’est l’épiphyse inférieure, au tibia, c’est l’extrémité supérieure. Ce sont en somme les épiphyses les plus fertiles (Ollier).

Le plus souvent, il n’y a qu’un seul foyer d’inflammation sur un même os, mais quelquefois les deux extrémités épiphysaires sont prises simultanément, c’est l’ostéite bipolaire de M. Ollier qui l’a notée souvent au tibia. Quelquefois plusieurs os à distance sont frappés simultanément.

D’après la statistique de Haaga (403 observations) le côté droit est aussi souvent que le côté gauche le siège de l’affection, cependant le fémur gauche et le tibia droit

ÉTIOLOGIE.

seraient atteints dans une proportion supérieure aux autres os longs ; l’humérus à son extrémité supérieure est également un siège de prédilection. Haaga, cité par Gangolphe, n’insiste pas sur l’ostéite bipolaire. Celle-ci dans certains cas peut être non pas l’indice d’une propagation successive d’une ostéite d’une extrémité à l’autre pôle de la diapliyse, mais l’expression d’une infection simultanée et indépendante des deux régions juxta-épiphysaires (Gangolphe) .

Dans sa statistique Haaga signale 64 fois une localisation sur 2 os, 12 fois une localisation à 3 os, 4 fois une localisation à 4 os, 2 fois une localisation à 5 os. D’après cette importante statistique, l’ostéomyélite est pluri- osseuse dans 1/5 des cas; les grands os longs sont atteints dans les 3/5 des cas; les os plats ou courts dans la proportion de 15 0/0 des cas et, par ordre de fréquence, ce sont la clavicule, l’omoplate, l’os iliaque, le calcanéum.

Notons enfin ce fait que les os courts sans épiphyses peuvent être le siège de l’ostéomyélite de croissance, tels que la rotule; de même les os plats ou courts épiphysaires, tels que l’os iliaque, os’du crâne, calcanéum, vertèbres etc.

Page 1