CHAPITRE III
BLESSURES DE LA RÉGION AURICULO -MASTOÏDIENNE
Étiologie. — Fréquence. — Ces blessures sont rares. Sur 700 cas d'otopathies de guerre observés au centre de Limoges nous ne trouvons que 12 plaies auriculo-masloïdiennes, soit 1,7 p. 100 : nous y ajouterons 4 cas observés récemment ailleurs. Lannois et Chavanne n’en signalent que 38 sur un total de 1.000 surdités de guerre, soit 3,8 p. 100. Sans doute un certain nombre nous échappent : ces blessures sont traitées directement dans les services de chirurgie générale; mais l’otologiste est souvent appelé à soigner la surdité consécutive.
blessures de la région mastoïdienne 47 .
Leur grande rareté tient en partie à leur gravité : ces lésions de l’étage inférieur du crâne doivent entraîner la mort sur le champ de bataille, et les plaies que nous constatons ne sont en somme que les formes légères. Sur 336 blessés intransportables traités dernièrement dans notre ambulance (Bourgeois), il y avait 31 plaies du crâne dont une seule intéressant la
région mastoïdienne. ., - \
La cause déterminante est toujours un projectile solide . balle de fusil-ou de shrapnell, éclats d’obus ou de grenade, les uns petits et multiples, les autres plus volumineux et uniques.
Ce projectile aborde la région de l’oreille suivant trois directions : perpendiculaire, parallèle ou oblique, d ou une certaine diversité dans les lésions provoquées.
Anatomie pathologique. - Les blessures auriculomastoïdiennes déterminées par les armes de guerre sont assez différentes de celles observées dans la pratique civile. Dans ces dernières, résultat habituel d’une tentative de suicide l’arme est appliquée d’une façon à peu près constante au niveau du conduit auditif externe; celui-ci réglé en quelque sorte le trajet du projectile de faible puissance et la disposition des lésions par sa configuration anatomique et son mode de résistance. Le Mée en a fait l’étude très complète dans sa thèse.
La grande puissance du projectile de guerre, la variabilité de sa direction et de son point de pénétration entraînent des délabrements qui échappent à toule loi definie.
Toutefois, il nous est permis de distinguer quatre variétés d’après les cas que nous avons observés : , off1pnrpr
!» Us plaies tangentielles ] le projectile ne fait qu effleurer
la face externe de la mastoïde, . , . ,, ,•
2“ Les plaies par enfoncement ; il s agit ici d un éclat d obus, généralement volumineux, qui aborde norrmilement ou obliquement la région mastoïdienne ; il refoule devant lu. les plans superficiels dont la résistance atténue sa puissance de pénétration. >
(1) Le Mée. Des coups
de feu dans l’oreille. Thèse de Paris, 1910.
PLAIES DE GUERRE
3° Les plaies pénétrantes-, le projectile entre profondément dans les tissus et reste inclus dans l’apophyse ou l’oreille moyenne.
4° Les plaies par transftxion ; une balle de plein fouet pénètre dans le voisinage de la.région auriculo-mastoïdienne, la traverse plus ou moins profondément et ressort à proximité ou à distance, voire même au niveau de la région auriculaire opposée. Parfois le projectile vient se loger dans une région contiguë, encéphale, nuque, massif osseux de la face.
Les lésions déterminées par ces traumatismes violents sont exceptionnellement limitées à l’apophyse mastoïde.
Le pavillon, le conduit auditif membraneux qui protègent ses faces antérieure et externe peuvent être atteints les premiers, sectionnés ou déchiquetés.
La mastoïde est simplement effleurée dans les plaies tangentielles; les parties molles sont lésées, mais à peine trouve t-on sur la corticale externe un simple sillon ou une petite Assure; celle ci cependant peut se prolonger assez profondément; dans un cas de ce genre, nous avons observé une hémorragie nette de la caisse au niveau du quadrant postéro^ supérieur de la membrane du tympan.
L’apophyse peut être totalement ou partiellement brisée par le projectile qui y reste inclus ou continue sa course. Les cellules, l’antre, l’aqueduc de Fallope sont ouverts; les corticales interne et externe sont réduites en fragments esquilleux projetés dans la profondeur de la plaie.
L’éclatement mastoïdien entraîne la fracture du conduit auditif osseux et du cadre péritympanique : le tympan est rompu,les osselets luxés et la caisse ouverte. Le toit de l’antre et de l’atlique, la paroi labyrinthique externe peuvent être détruits ou Assurés par le projectile lui-même ou la propagation d’un trait de fracture mastoïdienne. Dans ce dernier cas, d’après les expériences de Le Mée, l’irradiation‘de la fracture se fait en haut vers l’écaille temporale, en bas vers l’os tympanal et la caisse, en dedans vers l’oreille interne, tendant à isoler l’apophyse mastoïde et les canaux semi-circulaires d'une part, la pyramide pétreuse et le limaçon d’autre part.
blessures m la région mastoïdienne 49
Enfin,' les lésions peuvent dépasser les limites de 1 organe dff l’audition ;- méninges et encéphale, nerf facial intra et extra^pétreux,, articulation temporo-'maxillaire peuvent être atteints. Nous n’avons pas observé ni trouvé mentionné de lésions vasculaires carotidiennes 1 ou sinnsales.
Évolution. — ©es plates s'infectent- très souvent et suppurent abondamment,- surtout lursqd’elles s’accompagnent d’ouverture- de la caisse. La. mastoïde se prend de proche en proche, par' suite des communications intercellffllaïrés, à la manière d’une véritable mastoïdite.
L’anfractuosité de la plaie, la présence d’esquilles libres formant corps étranger',- font que la suppuration n’a aucune tendance-à la guérison' spontanée. La-cicatrisation se fait partiellement, une-ou plusieurs fistules persd'stent et prouvent que ' la suppuration n’est pas- éteinte : c’est une menace contante de complications graves.
Symptômes. -» Le blessé a perdu connaissance 1 au moment du traumatisme.
Il S e trouve encore dans un état de süocfe plus ow moins marqué lorsqu’il arrivé à Eam-fiutancu. Il saigne abondamment par la* région atteinte et présente' parfois une paralysie faciale homolatérale' complète- ou partielle. Be plus, il est en général complètement sourd de l'oreille blessée; on peut même observer un état vertigineux, des vomissements, du nystagmus spontané qui indiquent une 1 atteinte grave- des 1 labyrinthes antérieur et postérieur.
L’examen objectif dé- la plaie-ne permet pas de déterminer exactement l’étendue des lésions 1 ; celles 1 des parties molles, du pavillon, du conduit auditif membraneux sont évidentes; on découvrira facilement, par le palper, l’existence d'une'fracture mastoïdienne. L’introduction aveugle d’un stylet dans la profondeur est' une manœuvre inutile et dangereuse; sans doute renseignerait-elle.sur la présence ou la situation d’un projectile inclus, d’esquilles libres, mais la dure-mère, le sinus latéral peuvent être à nu et risquent d’être blessés au moindre mouvement de défense du malade.
50 PLAIES DE GUERRE
L’examen otoscopique n’est pas toujours possible : une fracture du conduit, une otorragie abondante peuvent s’y . opposer : sinon il montrera l’intégrité ou la rupture du tympan avec ou sans hémorragie de la caisse.
L’aspect de la plaie est tout autre lorsque le blessé arrive quelques jours ou quelques semaines plus tard au centre d’otologie. La cicatrisation est déjà commencée et le conduit auditif très souvent sténosé (4 fois sur 12). La plaie ne saigne plus, elle suppure, surtout si la caisse a été ouverte et l’opération précoce nécessaire différée ou incomplète. Les téguments sont infiltrés et le pus fétide se déverse à l’extérieur par un ou plusieurs orifices fistuleux à bords bourgeonnants situés dans le conduit ou à la surface externe de la mastoïde.
Le blessé accpse parfois une douleur profonde, une céphalée localisée à la région temporo-occipitale du côté atteint.
L'examen acoumélrique donne des réponses variables : une lésion exactement limitée à . la mastoïde ne produit aucun trouble de l’audition, pareille éventualité est rare; ou bien on observe une assez grande dureté de l’ouïe due à l’obstruction du conduit auditif, aux lésions de la caisse du tympan, dureté de l’ouïe affectant la transmission aérienne des sons avec conservation de la perception osseuse, et latéralisation du Weber du côté malade, éventualité rare également; en général, c’est-à-dire dans la grande majorité des cas, le labyrinthe est atteint, l’oreille est totalement sourde et il y a des vertiges; ces troubles fonctionnels répondent à la commotion labyrinthique par choc crânien que nous étudions au chapitre suivant.
L’état général est bon, à moins qu’il y ait rétention du pus ou apparition d’une complication intracrânienne.
Complications. — Paralysie faciale. — La paralysie faciale est la complication la plus fréquente; elle apparaît le plus souvent dès le traumatisme mastoïdien. D’après nos observations (3 cas) et celles de Moure (7 cas), publiées dans la Presse Médicale (1), le nerf facial est presque toujours atteint
(1) Moure. Paralysies faciales de la guerre. Presse Médicale, 13 avril