‹ Otites et surdités de guerreChapitre 25 sur 67 · SIMULATION · texte numérisé non relu

SIMULATION

La simulation complète d’une surdité est rare; l’exagération d’une réelle dureté de l’ouïe est plus fréquente; l’essai de fraude porte alors sur la gravité seule de l’infirmité ou sur

sa gravité et son origine, selon que. le sujet se contente d’exagérer une surdité de guerre ou qu’il attribue une origine traumatique et récente à une lésion certainement ancienne.

Étiologie. - Nous n’avons vu aucun simulateur pendant notre séjour dans une ambulance divisionnaire, la simulation n’est pas une maladie de la zone avancée, elle se contracte a l’arrière et surtout à l’intérieur; elle est contagieuse et se prend soit à l’hôpital, soit pendant la convalescence ; on observe

de petites épidémies quand le milieu nosocomial favorise leur

^NoufnTconaaissons guère de prédisposition individuelle pour l’exagération, elle est si conforme à notre pauvre nature humaine ! par contre, la simulation totale s’observe surtout chez des soldats dépourvus de culture intellectuelle, elle constitue un véritable supplice pour un homme tant soit peu intelligent, à moins qu’il ne prenne le biais de la lecture sur les lèvres.

Symptômes et Diagnostic. — A. Surdité totale. — La surdité simulée est la plus absolue des surdités, aucun son n'est perçu par aucun mode, et toutes les épreuves acoumétriques sont négatives. , ,, , .

Les réflexes de l’assourdissement et cochléo-palpebral sont naturellement conservés, et rien ne différencierait le simulateur de l’hystérique si le premier n’émettait souvent a prétention de lire sur les lèvres alors qu’en réalité il ne lit pas, ( mais entend, comme tout le monde. Nous expliquons tournent, au chapitre de l’expertise, notre manière de dépister la fausse lecture. Nous voulons seulement dire ici que nous la considérons comme une preuve de mensonge conscient, tandis que Babinski et Froment la donnent comme une manifestation de l’bystérie; il ne nous paraît pas possible que le prétendu sourd joue à son insu cette comédie de paraître apprendre peu à peu la lecture du langage et qu U ignore nous entendre quand il a ses oreilles pour seul moyen de nous comprendre.

L’attitude du simulateur qui ne lit pas sur ies lèvres a attiré l’attention de tous les observateurs, tellement elle est singulière : cet homme, se sentant observé, déploie le maximum de son énergie pour ne pas agir; il se sait à la merci d’une surprise, d’un tressaillement; aussi, il est comme crispé, l’œil généralement fixé à terre, toujours tenu à l’écart des spectateurs et du spectacle; ce n’est pas l’automatisme, l’indifférence naturelle du pithiatique, c’est l’abstention voulue de tout mouvement et de toute mimique.

Une attitude ne constitue malheureusement pas une base suffisante pour édifier la conclusion d’une expertise. Si la conservation des réflexes différencie d’une façon objective et certaine les surdités organique et fonctionnelle, la distinction est souvent impossible entre l’hystérie et la simulation; nous verrons tout à l’heure que cela n’a pas d’importance pratique.

B. Surdité partielle. — Le sujet reconnaît entendre quelque .mose, les diverses épreuves acoumétriques permettent d’apprécier la part du vrai et du faux, de la manière que nous exposons au chapitre suivant. Relativement facile avec la vraie surdité organique, le diagnostic est encore malaisé avec l’hystérie.

Simulateurs conscient et inconscient ont pour point commun la conservation des réflexes, la fausse apparence de surdité quand on interroge,l’oreille malade sans cesser d’interroger l’oreille saine (aperception des sons aigus par l’oreille rndlade, absence de faux Rinne négatif, Weber paradoxal quand on obture l’oreille saine, expériences de Stenger, d’Escat, de Bourgeois). Mais la caractéristique du simulateur est la grande variabilité de ses réponses, il se fait généralement prendre par l’épreuve de la voix haute., les yeux fermés.

Nous avons décrit l’attitude classique d’un faux sourd total; celle du sourd partiel mérite aussi quelques lignes. Loin .d’être immobile, il se livre à une mimique exagérée; il ne veut entendre que de très près et fort mal : l’interrogez-vous? il se lève, après que vous avez parlé, se penche vers vous à vous toucher le visage, et répète votre question pour qu’il soit bien établi qu’il ne l’a pas entendue, et ce n’est pas assez de

dire qu'il la répète, il la hurle. Cette mise en scène n’est pas constante, mais assez fréquente et caractéristique.

Conduite à tenir. — Certifier sur une feuille d’observation médicale qu’un homme est un simulateur est chose grave, et ne doit pas être fait sans une certitude absolue. L’auriste se souviendra des associations hystéro-organiques et de la difficulté du diagnostic entre l’hystérie et la simulation. Il se souviendra aussi que le simulateur est, le plus souvent, un mental, un véritable malade. Notre rôle n’est pas d’accuser, mais de guérir ; hystériques et simulateurs peuvent guérir par une influence morale, et nous devons d’abord y avoir recours; nous avons le droit d’échouer dans la suggestion, qui n’est pas notre métier; mais d’autres que nous y sont entraînés.

Bornons-nous donc à un examen détaillé de ces malades, posons un diagnostic précis de surdité fonctionnelle et adressons-les à notre voisin le neurologiste avec un rapport très complet. . „

Quant aux exagérateurs, traitons-les selon leur infirmité vraie. Ce n’est pas assez de dire qu’un homme exagère, il faut quand même savoir ce qu’il vaut au point de vue audition et le classer selon cette appréciation; nous ne sommes pas créés pour remplir les dépôts de demi-sourds, même exagérateurs, mais pour mettre chacun à sa place.

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