CHAPITRE III
Il ne suffit plus aujourd’hui de conclure sur des impressions, de raisonner d’après l’attitude jugée plus ou moins sincère du patient, de lui tendre des pièges, de rivaliser avec lui de ruse et de patience, nous devons interroger méthodiquement son ouïe en le mettant, autant que possible, dans l’impossibilité de nous tromper, et surtout nous devons contrôler ses dires par l’étude de réflexes indépendants de sa volonté.
Cette ‘ découverte des réflexes cochléaires élève Pexperlise
auriculaire à un degré de précision qui lui était interdit jusqu’alors et augmente beaucoup la valeur des conclusions.
Il y a une différence énorme entre une expertise et une observation clinique; quiconque pratiquerait la première comme il effectue la seconde s’exposerait à des erreurs grossières.
L’observation clinique nécessite la bonne foi absolue de l’observateur et du sujet; si le lecteur risque de soupçonner l’une ou l’autre, l’observation compte pour zéro; la sincérité des deux parties doit être admise a priori.
Dans l’expertise, la valeur morale et scientifique du médecin est au-dessus du soupçon. L’État s’est entouré de toutes les garanties possibles avant de le choisir, car 1 expert spécialiste est de tous le plus puissant, étant en général unique et n’étant ni contrôlé, ni discuté.
La sincériÉé du soldat examiné ne peut pas être admise a priori. Certes, il ne faut pas voir un simulateur dans chaque homme; les simulateurs n’auront pas été très nombreux, ils l’auront été beaucoup moins qu’on aurait pu le croire d’après ce que nous avait enseigné la pratique des accidents du travail et de la rue.
Cependant l’exagération dNine surdité est pour certains si tentante, elle est si aisément réalisable qu’il nous est bien permis et même recommandé de nous tenir toujours en défense contre elle.
La connaissance de ce substratum psychologique particulier nous empêchera d’admettre les résultats de nos divers examens comme des données scientifiques précises : nous n’aurons pas d’autre but que d’atteindre à des approximations suffisantes pour classer nos hommes selon leur acuité auditive au point de vue militaire.
Nous estimons pour la même raison que nos blessés nous fournissent actuellement un mauvais terrain pour l’étude scientifique des traitements de la surdité ; les résultats ne peuvent être qu’incertains, les conclusions pour le moins hâtives et sujettes à des réserves.
EXPERTISÉ