‹ Otites et surdités de guerreChapitre 34 sur 67 · ÉPREUVES DE SINCÉRITÉ · texte numérisé non relu

ÉPREUVES DE SINCÉRITÉ

La fiche acoumétrique étant établie, il faut conclure. Nous n’effectuons pas ici une recherche scientifique mais une expertise ; il faut donc avant de conclure savoir apprécier la sincérité du sujet. Certaines épreuves nous ont déjà donné des résultats utiles à ce point de vue; elles se montrent insuffisantes pour les cas difficiles.

Nous allons passer en revue les divers problèmes que l’expert doit résoudre.

Surdi-mutité. — L’homme n’entend rien, il ne parle pas; l’expertise est à peu près impossible; cependant le réflexe cochléo-palpébral témoigne ici de sa haute valeur.

Est-il conservé, nous saurons déjà que la surdité est d origine fonctionnelle plutôt qu’organique. t

Surdité totale bilatérale. — Le sujet parle, mais il n entend pas.

Les cas de surdité totale bilatérale organique due a une double lésion labyrinthique sont absolument exceptionnels. Nous ne prétendons pas cependant nier leur existence.

L’hystéro-traumatisme et la simulation peuvent réaliser le syndrome (1). ' '

La simulation constitue un véritable supplice pour tout individu un peu intelligent, à moins qu’il ne réussisse a faire croire qu’il comprend le langage des lèvres.

Le minus habens , l’illettré souffre beaucoup moins de la solitude morale; il se défend aussi beaucoup mieux contre

m Dans ce chapitre Expertise, nous ne distinguerons pas la sunulation vraie de la simulation inconsciente de l'hysterique; les éle ments de Te diagnostic ont été exposés au chapitre Simulation.

l’expert; l’absence de communication entre lui et ce dernier réduit considérablement le champ des épreuves.

L’attitude du sujet examiné fournit un premier élément d’appréciation en faveur d’une surdité organique ou fonctionnelle; nous avons décrit celle de l’hystérique et celle du simulateur opposées à l’habitus du vrai sourd.

11 ne faut pas compter sur la surveillance des infirmiers ou infirmières pour surprendî-e le simulateur en conversation avec un camarade, il se méfie de tous et de tout.

Rarement on réussira à le convaincre par surprise; en» brusquant la fin de l’examen, on dit tout à coup, d’un ton naturel : « levez-vous, c’est fini » ; il se lève et est pris ; ou bien on le rappelle inopinément, on fait tomber une pièee do monnaie sur le sol, et il se retourne. Peine inutile, le plussouvent.

La surprise est plus aisée si l’attention est très vivement attirée vers un point particulier.

Chavasse et Toubert cessent d’examiner leur malade, ils entreprennent le traitement de la soi-disant surdité par des cathétérismes de la trompe. Cette petite intervention chatouille désagréablement la pituitaire; lors d’une séance on donne tranquillement l’ordre de lever çu tourner la tète; cet ordre est-il exécuté, l’ouïe est conservée.

Mais aucun de ces moyens d’appréciation ne vaut l’étudedes réflqxes cochléo-phonatoire et cochléo-palpébral.

Ce dernier est facilement réalisable; mais il faut absolument le chercher par surprise. \

L’assourdissement présente parfois, chez ceux surtout qui sont illettrés et « font les idiots », une telle difficulté qu’on» hésite à en tirer une conclusion. Quand l’épreuve réussit,, elle est péremptoire.

Reste enfin un moyen extrême, que nous n’avons jamais eu» à employer : chloroformiser le malade et l’interroger pendant, la période ébrieuse (Pasquier et Halphen).

11 serait moins risqué de le surprendre dans son sommeil, le matin, et de le réveiller par la parole ou un bruit de sonnerie -

Un nouveau et précieux complément de ces épreuves nous-

<est fourni par le contrôle de la lecture sur lès lèvres chez les blessés qui comprennent ce langage.

Nous désirons d’abord établir que nous croyons à la lecture sur les lèvres de la part des grands sourds. L’un de nous (Bourgeois) a été un des premiers (mai 1915) à l’introduire dans son service et à constater des résultats probants. Il a vu -également les succès remarquables obtenus par les professeurs de l’Institution des sourds-muets à Paris.

Tout sourd a droit à ce que nous lui donnions cette atténuation importante de son infirmité; bien plus, nous la devons aux durs d’oreille que nous avons renoncé à améliorer.

Mais cet enseignement est une arme à deux tranchants : il constitue, si l’on n’y prend garde, une merveilleuse porte dë sortie pour le simulateur.

Feindre une surdité totale représente un supplice extrème- ,ment pénible pour tout être un peu intelligent. Combien il lui est agréable et élégant d’apprendre en quelques semaines à •converser comme par le passé avec ses semblables? Il est un sujet merveilleux, l’orgueil de son professeur, qu’il quitte avec une réforme ornée d’une gratification et de l’admiration universelle.

La possibilité de pareils abus exige un contrôle sérieux, •qui devient une nouvelle épreuve de la sincérité des sourds. Ce contrôle est né dans notre service imaginé par notre collaborateur Gosset, et nous pouvons dire à notre instigation, car nous lui avions toujours manifesté notre étonnement sur la rapidité et la perfection de.certains succès. Nous avons nous- <même perfectionné ce contrôle.

Les trois expériences de M- Gosset ont été publiées par lui dans le Progrès médical du 5 février 1916.

La première est basée sur le fait que l'on peut dire « A » non seulement dans la position que les lèvres prennent habituellement pour cette voyelle, mais qu’bn peut l’émettre avec des mouvements à peu près quelconques de la bouche, et en particulier avec la mimique servant à dire i] or, la mimique normale de a et celle de i sont très différentes, comme chacun peut s’en assurer devant une glace.

EXPERTISE

On s’y prendra.de la manière suivante :

1° dire a, o, e, i, u, à la.manière habituelle;. le sujet répète à mesure;

2° émettre le son a en articulant comipe pour le son i.

Le sourd, qui lit i, répète i; s’il est incertain, il hésite et ne répond rien; le simulateur dit a : c’est simple et probant. Pour qu’entre toutes les voyelles le sujet choisisse a, dont l’articulation est si différente de i, c’est qu’il a entendu a, c’est'qu’il entend.

La deuxième épreuve consiste à émettre une voyelle quel-

Fig. 2t. — Emission normale de A; émission de A en articulant I.

conque sur un ton peu élevé, puis plus haut, puis très haut. Le sourd, qui se guide uniquement sur le mouvement des lèvres, répète sur le même ton ; le simulateur, guidé par son oreille, baisse et élève le ton comme le professeur : c’est bien la preuve qu’il entend.

Enfin, Gosset articule sans émettre de son; le sourd lit et répète, l’autre reste coi. ,

Cette expérience est moins probante que les autres, parce que nous ne sommes pas certains que les mouvements des lèvres soient absolument identiques quand on prononce le son ou que l’on se contente d’articuler. La seconde épreuve

réussit rarement. Il suffit d’être prévenu pour ne pas tomber dans le piège de la première. Nous avons alors imaginé dé parler pendant l’assourdissement des oreilles. Si le sujet est sourd et lit sur les lèvres, il doit continuer à comprendre; s’il nous trompe, il ne comprend plus. Nous nous sommes objecté que l'assourdissement peut troubler le blessé au point de le priver de l’attention requise pour lire sur les lèvres, et nous avons modifié l’expérience en parlant à voix très basse, les oreilles étant soigneusement obturées avec un coton glycé-

riné pressé par les doigts d’un aide.

Nous procédons ainsi : nous commençons a nous entretenir familièrement avec notre malade, et nous faisons constater publiquement qu’il nous comprend parfaitement. Nous lui bouchons les oreilles, et nous parlons à voix basse; si se tait il-est pincé. Un écueil à éviter : tout étranger qui interroge un sourd lui pose une ou plusieurs des questions suivantes : Êtes-vous marié? Quel est votre pays? Avez-vous des enfants? Quel est votre régiment? Comment avez-vous été blessé’ Sans être très ferré sur le langage des lèvres, notre homme sait deviner, pays, enfants, etc...; il faut montrer un peu d’imagination et poser des questions simples, mais plus

inattendues. , . .

Peut-on prouver d’une façon plus éclatante que le sujet entend et ne lit pas sur les lèvres, et même qu’il est apte a comprendre la voix parlée très peu élevée?

Grande dureté bilatérale de l’ouïe. - Ce que nous venons de dire sur la surdité totale s’applique également a la très grande surdité, celle où le blessé ne perçoit la voix forte qu au

C °Le problème se pose différemment quand la voix parlée est

comprise à une petite distance.

La montre n’est point perçue et nous ne pouvons

^ Les'diapasons os et air ne sont pas du tout perçus ce qui est très suspect, ou peu, ou d’une manière inégale, paradoxe e, telle qu’on ne peut guère enregistrer les résultats confiance, quand le sujet exagère.

EXPERTISE

L’épreuve de la voix haute, les yeux fermés, fournit des renseignements entièrement probants selon que le sujet est sincère et répond toujours à faible distance, ou qu’il trompe et se laisse aller à des écarts hors de toute vraisemblance.

Cette épreuve est irréalisable si la voix cesse d’être perçue au delà de quelques centimètres. Les tubes acoustiques entrent alors, en jeu.

Un homme qui entend à une petite distance, entend par le

tube acoustique; s’il s’y refusait, on admettrait sa mauvaise foi.

Y consent-il, on lui tend le piège de parler à travers un tube bouché; Iqs vibrations sonores empruntent alors la voie aérienne et le conduit auditif inexactement obturé par le tube ■ on mesure ainsi si la voix est entendue ou non à environ 1 mètre au lieu des quelques centimètres obtenus.

Nous procédons différemment, mais d’après le même principe. Le sujet a un tube dans chaque oreille ; il nous tourne le dos et a les yeux fermés : à son insu un aide, et non pas l'observateur, tient les tubes, l’observateur parle en s’éloignant peu à peu de 1, 2, 3, 4 mètres, le sourd répète toujours. Il est pris en flagrant délit.

Cette manière d’agir nous a souvent réussi. Nous la recommandons spécialement.

Vous contrôlerez la lecture sur les lèvres si l’intéressé prétend ne comprendre que par ce moyen, mais ici, une réserve s’impose : nous savons, en effet, que les yeux fournissent à un individu de bonne foi une assistance notable lorsque les oreilles se trouvent à une distance limite telle qu’elles comprennént certaines syllabes, certaines voyelles et non tous

L’observateur parle en dehors des tubes et à distance. Le simulateur, le tube, entend et répète.

les sons qui composent la parole ; on ne s’exposera donc pas à conclure trop vite à la simulation.

Les épreuves réflexes gardent leur valeur : l’assourdissement nous renseigne sur l’absence d’une importante lésion des deux oreilles internes quand il produit une élévation normale de la voix; il dénonce nettement la simulation quand le sujet, réellement sourd d’une oreille, prétend n’entendre d’aucune, car l’assourdissement séparé des deux oreilles donne alors des résultats nettement opposables.

Surdité unilatérale totale. — La simulation de la surdité unilatérale est la plus facile à dépister. Les moyens ne nous manquent pas.

OTITES. 10

EXPERTISE

Nous avons vu que le faux Rinne négatif de Lermoyez et Hautant constitue une preuve de sincérité. On se rappelle eir quoi il consiste : le blessé totalement sourd d’une oreille perçoit cependant le son d’un diapason vibrant sur la mastoïde correspondante : ce n’est qu’une apparence, le son étant perçu non par l’oreille malade, mais par l’oreille saine.

Le simulateur, au contraire, décidé à ne rien entendre par son oreille prétendue sourde, n’accusera aucune perception.

L’épreuve de Weber modifiéé donne un résultat probant chez les sujets non prévenus; nous la rappelons. Le sujet perçoit le diapason vertex, dans l’oreille saine; lui obture-t-on le méat, il dit ne plus rien entendre, mensonge évident, car la sensation auditive n’a pas été supprimée, mais plutôt renforcée.

L’obturation du jnéat avec le doigt ne suffit pas à empêcher la compréhension de la voix parlée; on suspectera fortement la bonne foi si Je sujet cesse de répéter par ce simple moyen.

. Est également très suspect quiconque n’entend pas le diapason aigu utf vibrant devant l’oreille prétendue sourde, puisque dans ces conditions il doit être perçu même par l’autre oreille.

Un grand nombre d’expériences sont basées sur le principe suivant: on parle alternativement et très vite dans l’une et l’autre oreille, par l’intermédiaire d’un tube acoustique ou d’un téléphone; le sujet doit répéter dès qu’il entend; il lui faudrait une grande attention pour ne pas se laisser aller à tépéter une ou deux fois ce qui a été dit à l’oreille prétendue sourde; il serait alors indiscutablement convaincu de fraude. Cette expérience réussit rarement, car le sujet arrive facilement à la faire échouer en répondant avec une sage lenteur ; elle méritex,cependant qu’on lui consacre ces quelques mots de description empruntés à la thèse de Halphen :

Lucæ parle alternativement dans deux cornets acoustiques reliés aux deux oreilles. Le sujet a le dos tourné. Il répondra à ces réponses ou hésitera. Le non-sourd ne peut s’y tromper (1).

(1) Les tubes doivent être très longs pour que l’observateur soit très loin, sans quoi il ne cessé pas d’être entendu par l’oreille saine

Kern fait prononcer la môme phrase par deux examinateurs différents, dans deux porte-voix reliés aux oreilles. L’un des deux causant dans l’oreille malade fait une omission. Si le patient répète la phrase avec l’omission, c’est l’oreille sourde qui a entendu.

Muller fait prononcer devant chaque oreille deux phrases absolument différentes. Le blessé sourd d’une oreille ne répète que la phrase prononcée devant l’oreille saine. Le simulateur est gêné. Il hésite, il se trompe. Cette épreuve ne paraît probante que si on emploie le téléphone, de manière à éviter que lès deux phrases n’arrivent à l’oreille saine.

Stenger a imaginé une expérience établie sur un principe tout différent; supposons une surdité de l’oreille gauche; nous cherchons la distance à laquelle un certai'n diapason est entendu par l’oreille droite ; nous faisons maintenant vibrer un diapason identique immédiatement au-devant de l’oreille sourde. Si alors on approche de l’oreille saine le premier diapason, il sera perçu à la distance primitivement notée, si l’oreillë gauche est réellement sourde; à une distance de l’oreille droite égale à la distance à laquelle le diapason gauche vibre devant l’oreille gauche, si l’oreille gauche entend ce diapason.

Que se passe-t-il?

1° L’oreille gauche est sourde; elle n’entend pas son diapason ; la présence de celui-ci ne modifie en rien la perception de l’oreille droite qui entend toujours son diapason à la même distance;

2° L’oreille gauche entend le bruit de son diapason : tant que celui-ci est le plus rapproché, il couvre le son du diapason droit que le sujet n’entend plus; les deux diapasons sont entendus ensemble seulement quand leur intensité, c’est-à-dire leur distance, est égale.

L'épreuve des diapasons unissonnants d’Escat est différente

même quand il parle dans le tube de l’oreille prétendue sourde. Cette cause d’erreur expose à de graves mécomptes et cette épreuve est particulièrement médiocre.

EXPERTISE

quoique basée sur le même principe : « Lorsque les deux oreilles d’un sujet normal sont soumises simultanément et respectivement à l'influence de deux sources sonores de même tonalité et de même timbre, mais d’intensité différente, la perception de l’unisson résultant est latéralisée tout entière dans l’oreille soumise à la plus intense des deux sources, alors que l’oreille soumise à la moins intense paraît n’ètre pas impressionnée » (Escat).

Escat utilise deux diapasons la 3 (435 VD) de même tonalité et de môme timbre, mais de masse et par conséquent d'intensité différentes : l’un, en effet, pèse 305 grammes et vibre 180 secondes, l’autre, plus léger, 37 grammes, vibre 70 secondes.

L’épreuve proprement dite comprend trois temps :

Premier temps. — Le petit diapason vibrant faiblement, mais suffisamment pour être perçu par une oreille normale, est présenté devant l’oreille gauche supposée sourde, à deux centimètres du méat; sourd ou simulateur, l’expertisé répond : Je n'entends pas.

Deuxième temps. — Aussitôt ce même diapason est placé àdeux centimètres de l’oreille droite; sourd ou simulateur, il répond : J'entends.

Troisième temps: — Maintenant le petit diapason vibrant devant l’oreille droite, on approche le gros diapason vibrant fortement à deux centimètres de l’oreille gauche.

A l’interrogation : de quel côté entendez-vous? le sourd répond : à droite, ce qui s’explique parfaitement, son oreille gauche ne pouvant vraiment rien percevoir.

Le simulateur, lui, peut donner deux réponses : Je n’entends rien, ou bien : j’entends à droite.

Dans le premier cas, la simulation est nette, car si son oreille gauche est véritablement sourde, rien ne s’oppose à la perception du petit diapason par l’oreille droite.

Dans le second cas, l’épreuve est indécise : il faut recourir à la contre-épreuve.

Pour cela il suffit, le gros diapason étant maintenu vibrant devant l’oreille gauche supposée sourde, d’éloigner de l’oreille

droite le petit diapason ou d’en éteindre les vibrations avec les doigts.

À la demande de l’expert : de quel côté entendez-vous? le simulateur répond presque toujours : j’entends à droite.

La supercherie est évidente ; entendant toujours à gauche, il ne s’est pas aperçu de la suppression du petit diapason à droite.

Ces expériences avec les diapasons sont séduisantes au

Fig. 23. — Epreuve de Bourgeois.

point de vue scientifique. Elles risquent d’être peu pratiques au point de vue expertise, en raison de l’extrême difficulté éprouvée souvent pour interpréter les réponses des malades.

Sans penser, d’ailleurs, à Stenger ni à Escat, l’un de. nqus (Bourgeois) a imaginé une épreuve analogue beaucoup plus simple et démonstrative pour les yeux les plus profanes.

Cette épreuve des tubes acoustiques est basée sur le principe suivant (iba été exposé dans un Rapport de novembre 1915) :

EXPERTISE

Un blessé simulateur d’une surdité unilatérale déclare ne plus entendre la voix quand celle-ci lui arrive, d une façon prédominante dans l’oreille prétendue sourde, alors que les circonstances de l’expérience sont telles qu’il n’a pu cesser d’entendre par la bonne oreille.

L’expérience peut se faire de deux façons :

1° Soit un blessé accusant une bonne audition de l’oreille droite, une très grande surdité de l’oreille gauche. Il est assis,

zrtemps : l’observateur parle dans le tube gauche, le sujet se tait et cependant il devrait toujours entendre, au moins par l’oreille droite.

le dos tourné vers l’observateur, l’extrémité d’un tube acoustique dans chaque oreille; les deux tubes sont enroulés l’un sur l’autre, précaution très importante pour qu’il ne devine pas, par les mouvements du tube, l'oreille à qui l’on s’adresse.

L’obturation du méat auditif par le tube acoustique est tout à fait insuffisante pour empêcher la perception de la voix, même chuchotée, par la bonne oreille. Donc, on parle à voix ordinaire ou chuchotée sans passer par les tubes acoustiques

dont les pavillons sont dirigés vers le plancher ; on prononce ainsi un grand nombre de chiffres que le sujet perçoit par sa bonne oreille et répète immédiatement; brusquement, on présente à quelques centimètres des lèvres le tube acoustique de la mauvaise oreille; à ce moment, le blessé déclare ne plps entendre, il se tait.

On peut conclure de cette expérience non seulement quel'oreille prétendue sourde ne l’est pas réellement, mais on peut dire .qu’elle entend par le tube la voix chuchotée ou la voix ordinaire, selon que l’on a employé l’une ou l’autre.

2° Il nous est arrivé d’expérimenter autrement :

On commence par parler à voix basse devant le tube acoustique de l’oreille prétendue sourde, le sujet n’entend pas, on élève la voix progressivement, on arrive à employer la voix haute, la voix criée même, le sujet ne répète toujours pas, et cependant il çntend, ne serait-ce que par l’oreille saine.

Il est aisé de s’expliquer le silence du simulateur en pratiquant l’expérience sur soi-même; on verra que si I on se place dans les conditions de l’expérience, le son semble n’arriver que du côté où le tube acoustique le conduit à l’oreille ; l’autre oreille à- qui la parole arrive simplement par l’air semble n’être nullement impressionnée, et tout se passe comme si elle était complètement mise hors de cause. Un malade réellement sourd de l’oreille dans laquelle on parle par le tube acoustique, n’entendant rien par cette oreille, ■continue à percevoir par l’autre et répète comme si l’on ne', parlait pas dans le tube. Un sujet normal et sincère entend très fort par le tube et répète ; normal, mais simulateur, il se trouve tout à coup n’entendre que par l’oreille prétendue sourde; il pense naturellement que cette oreille est la seule interrogée, et il se tait.

Nous avons pratiqué l’expérience chez des sujets sincères et chez des exagérateurs notoires, elle nous a donné des résultats probants. Elle est d’exécution facile même pour des esprits non initiés à l’otologie.

Page 1