Quelques extraits d’une lettre de M
Bourassa à M. L. L. datée du 9 juin 1916 et publiée ultérieurement dans le “ Devoir”. On y trouve les mêmes erreurs manifestes touchant le droit international et les mêmes ressentiments incurables de M. Bourassa. Voici ces extraits soulignés par nous—
“ Vous dites que “l’Empire, au point de vue international, forme un tout unique” ; et comme preuve, vous signalez le fait que le gouvernement français n'a de relations avec les Canadiens que par l'entremise du gouvernement britannique. C'est précisément l’un de nos griefs.
La France aurait parfaitement le droit de reconnaître le Canada comme nation distincte de l’Angleterre. Elle l'avait fait à l'Exposition de 1878. Depuis, le gouvernement français, comme nos propres gouvernants, a cédé à la contrainte des impérialistes anglais. Mais ce n’est pas une raison pour que nous, Canadiens. cessions d'affirmer notre droit à l’indépendance. C'est précisément ce que j’aurais voulu voir faire des le début de la guerre et ce que le parlement canadien a refusé, Il n’y a donc nulle contradiction entre mon attitude actuelle et celle du début, sauf sur un point : c'est qu'alors j'admettais l'opportunité de l'intervention et qu’aujourd’hui je n’y crois plus.
Les raisons qui militent à l'encontre de cette intervention me paraissent beaucoup plus fortes que celles qui auraient pu la justifier. —
“L'argument de religion. Vous semblez oublier que j'ai écrit en toutes lettres: ‘Il ne s'agit pas ici de vérité dogmatique, de préceptes de pure morale. Je sais également que le Pape peut errer dans son appréciation des péripéties de la politique humaine ”’. Ceci nous indique suffisamment qu'il ne m'est jamais entré dans l'idée que la France doit accepter la direction du Pape dans la détermination de ses intérêts nationaux, pas plus que le Pape et les catholiques non-français ne sont tenus de lier le sort de l'Eglise à celui de la France. Mais je soutiens que le Pape est mieux placé que tout autre pour juger les intérêts généraux de l'Eglise dans le conflit européen. Nous avons ici une petite coterie de prêtres tories et impérialistes qui invoquent les intérêts de la religion pour servir les fins de l'Angleterre et des impérialistes canadiens. Ces mêmes gens exploitent aussi l'amour des Canadiens-français pour la France, après l'avoir dénoncée, des années durant, comme le pays le plus impie et le plus corrompu de l'univers. C'est à cette coterie que s'adressaient particulièrement les pages que j'ai consacrées à l'argument de religion et à la tradition épiscopale au Canada. CHAR
(1) M. Bourassa en veut beaucoup aux prêtreS qui ont osé le contredire »t signaler ses ignorances et ses Manques de logique: Il leur prête ici des intentions qu'ils n'ont jamais manifestées, et ceci s'explique, jusqu'à un certain point, par l'auto suggestion qui joue un si grand rôle dans les affirmations de M. Bourassa. Ce qui ne s'explique pas du tout, c'est le mensonge de M. Bourassa
disant sans ombre de raison ni de faits, que ces prêtres ont dénoncé la France.