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RESULTAT A PREVOIR

À part la satisfaction de réaliser j'idéal

émocratique de la souveraineté du peuple, du gouvernement intégral du peuple par le peuple, quels seront les résultats pratiques de l'indépendance pour le Canada, pour la race française, pour l'Eglise en supposant que cette indépendance soit possible à obtenir de l'Angleterre ?

Car personne ne prend au sérieux l'affirmation de M. Bourassa disant que le Canada n'aura qu'à envoyer une lettre à l'Angleterre et aux gouvernements étrangers pour entrer dans la possession de son indépendance. Donc en supposant que l'Angleterre n'y mette aucune difficulté, quels seront les résultats de l'indépendance ? Comment se constituerait le Canada indépendant ?

M. Bourassa n'a pas l'air de s'occuper de ces questions pourtant importantes.

Jeter sa maison À terre ou la brûler, sans savoir comment on se logera ensuite, n'est pas plus admissible ni admirable dans l'ordre politique que dans l'ordre domestique.

Et il faut faire la même observation au sujet de la dissolution et de la disparition de l’Empire britannique que M. Bourassa veut avant tout poursuivre, Si cet effort du chef nationaliste pouvait faire quelque chose, à qui profiterait-il ? A l'Empire allemand et aux rivaux de l’Angleterre, que M. Bourassa ne veut ni ne peut attaquer. — Mais nous serions indépendants ! — Peut-être, Mais pour combien de temps ? Mais dans quelles conditions ?

Comme tous les utopistes, trop pleins de leur idée et de leur importance, qui poursuivent la réalisation de leur idéal, vrai ou faux, sans tenir compte des éléments variés auxquels la réalité des faits mêle la réalisation de leur idée, M. Bourassa sait peut-être où il voudrait aller, mais il ne sait pas où il va ni où il mène ceux qui le suivent. Il ne le sait pas au point de vue national, quand il veut préparer l'indépendance du Canada, en travaillant surtout à fomenter des divisions à l'intérieur du pays lui-même ; il ne le sait pas au point de vue international, quand il s'attaque à l'Angleterre et aux alliés, pour ‘e profit de l'Allemagne.

M. Bourassa paraît avoir un certain talent pour démolir, mais il paraît dépourvu de toute aptitude pour construire.

Il n’a jamais eu idée des lois de l'équili-

re.

C'est joli une belle grande voile bien gonflée au vent de la popularité, c'est bien plus beau qu'un gouvernail ; mais c'est encore ce dernier, tout modeste mais solide, qui est le plus nécessaire pour naviguer.

APPENDICE III M. Bourassa et l’Empire.

1. Voulant détruire l'Empire britannique M. Bourassa n'a que haines virulentes et grossières injures pour l'impérialisme et pour les impérialistes. Or pour M. Bourassa sont impérialistes tous ceux qui contredisent son nationalisme.

Par contre, son dada chéri, digne d’être acheté à n'importe quel prix et à n'importe quels risques, c'est l'indépendance politique, c'est plus spécialement la séparation du Canada d'avec l'Angleterre.

Rien ne compte à part cela.

Rester unis avec l'Angleterre, même si nous jouissons de plus de libertés civiques, sociales, religieuses que les citoyens des républiques d'Europe et d'Amérique, c'est porter ‘‘ la livrée de servitude ”” c'est subir ‘ l’abjecte et anarchique situation du moment ? ‘c’est la servitude volontaire plus abjecte, parce que volontaire, que l’esclavage imposé par la force brutale ; ”’ c'est le concept de liberté

des ‘‘ quality niggers ”’ de Virginie ”’, à qui il répugnait ‘ d'exercer leur responsabilité d’êtres humains ”’, (1)

Ceux qui ont suivi patiemment et froidement % trame d'invectives, de malédictions et d'injures que M. Bourassa à produite depuis deux ans et plus, savent à quel point il déteste l'Empire britannique et ceux qu'il soupçonne être attachés à cet empire.

Pour justifier sa haine et son mépris, M. Bourassa s'est fait une théorie politique et juridique basée sur le ‘ self 8overnment ”’ entendu au sens absolu et radical de son allié M. Curtis. En voici l'exposé pris du “ Devoir du 7 oc:obre 1916. Nous soulignons :

“ La lecture de l'ouvrage de M. Curtis impose une première constatation : les principes constitutionnels qu'il énonce sont exactement ceux que les nationalistes canadiens n'ont cessé d'invoquer contre la participation forcée du Canada aux guerres de l'Angleterre ; le status national du Canada et des autres colonies autonomes est, à ses yeux ce que nous avons toujours soutenu : celui des nations indépendantes de droit. ”

“ Comme nous, il affirme que le selfgovernment comporte, pour chaque pays britannique qui le possède, le droit de proclamer son indépendance absolue et d'observer la neutralité dans toute guerre où l'Angleterre est engagée,

“Comme nous, il affirme que la participation des colonies autonomes à la guerre actuelle constitue une révolution radicale dans l'ordre établi par les constitutions coloniales et la tradition britannique ; que la situation actuelle des colonies est abjecte et ‘‘ intolérable ” ; que, l'ancien ordre ne pouvant être rétabli, il faut de toute nécessité refaire la base constitutionnelle de l'Empire ; que deux seules alternatives s'imposent : l'indépendance absolue des colonies autonomes, ou leur association, à titre de pairs et de co-partageants, avec le Royaume-Uni. ”

Voici maintenant quelques autres citations cueillies ça et là dans les écrits et les paroles du fougueux tribun de l'indépendance absolue :

“ Chose certaine, pour la paix et l'équilibre du monde, la fédération de l’Empire britannique, avec tout ce qu'elle comporte de déploiements militaires, navals surtout, est une mesure plus grande de perturbation et d'incertitude dans le monde en.

tier que la victoire de la Russie ou de l’AIlemagne en Europe.. It n'est pas plus

(1) “ Bêtises de nos coloniaux ", ‘* abjection coloniale ”, servitude coloniale ‘’, ‘butors coloniaux ‘, servilisme colonial ”, “notre pays béotien ”, sont les compliments ‘ordinaires de notre virtuose de l'injure.

désirable pour l'humanité que la France domine l'Europe qu'il est désirable que l'Angleterre ou l'Allemagne domine le monde. ‘* (Devoir 28 janv. 1915.)

L'Angleterre n'est pas notre patrie, Les faits le proclament plus que de raison.

(Devoir)

“Si les autorités impériales persistent à refuser aux nations-sœurs ‘l'alliance impériale, celles-ci ont le droit et le devoir de proclamer leur indépendance absolue.” (* Devoir 18 janv. 1915.)

‘Le Canada, colonie sans responsabilité extérieure, mais jouissant de par la volonté du Roi, de sa pleine autonomie interne n'a d'autre obligation que de pourvoir dans la mesure de ses forces à la défense de son territoire. ” (Id. loc. cit.)

“ Le gouffre béant du militarisme et de l'impérialisme britanniques aussi redoutables aussi injustifiables que l'impérialisme et le militarisme germaniques (Id.)

“Le joug anglais n'est pas plus légitime que le joug allemand.‘ (Conf. pour le Sème anniversaire du Devoir p. 44).

Parce que nationaliste convaincu,nationaliste canadien et nationaliste britannique, j'affirme aujourd'hui que c’est notre droit et notre devoir de combattre l'impérialisme anglais comme l'impérialisme allemand. (p. 45)

‘Le militarisme anglais, aussi aveugle aussi dominateur, aussi étroit que le militarisme allemand”. (p. 43)

“De même que nul américain ne songerait d'appeler l'Angleterre sa seconde mèrepatrie.” nous nous efforçons d'accoutumer nos compatriotes à l’idée de voir dans le Canada leur seule (souligné par M.

Bourassa) patrie, à laquelle ils doivent tous leurs efforts, leurs affections, tout leur dévonement. (page 58)

Au sujet de la France et de l'Angleterre:

“les deux nations si faussement appelées nos deux mères-patries. ”

Dans un seul et même article du 8 février 1915 : La conférence impériale, M.

Bourassa a donné un raccourci saisissant de ses sophismes, de ses haines, de ses fausses théories démocratiques. Parce que le gouvernement britannique avait alors décidé qu'il n’y aurait pas de conférence des pays de l'Empire, le chef nationaliste en profite pour s'appesantir lourdement sur la position subordonnée et humiliante que les colonies dites ‘ autonomes ”” occupent dans l'Empire. C'est le soufflet le plus magistral que les maîtres de l’Empire aient donné depuis longtemps aux bloated colonials. ‘* La décision de ne Pas convoquer cette conférence est aussi arbitraire aussi inconstitutionnelle, que si le cabinet britannique ou le ministère fédéral décidaient de ne pas convoquer le parlement au moins une fois par année...

uel prétexte invoquent les maîtres de Empire pour justifier leur décision arbitraire et se moquer de leurs esclaves des colonies ? Les hommes d'Etat impériaux préméditent-ils de résoudre les problèmes posés par la guerre dans un sens défavorable aux colonies et veulent-ils éviter des disputes et des protestations gênantes ?

“La passivité des coloniaux, leur souci des problèmes vitaux de l'Empire et du monde, leur indifférence à l'égard de tout ce qui ne touche pas à leur vanité ou à leur cupidité.—l’abjection coloniale en un mot a souvent permis aux hommes d'Etat britannique de faire ce jeu peu commode..Les Canadiens, les Australiens surtout plus britanniques et moins abrutis que nous par plusieurs siècles d’asservissement colonial finiront par trouver que leur situation est intolérable’’: il y a plus de quatre ans que M. Bourassa a prononcé ce mot.

“Si les ministres britanniques attendent que les coloniaux aient découvert l'abjection de leur rôle dans l'empire et ue dictent eux-mêm=< les conditions

e leur relèvement, ils s'apercevront trop tard, que la réaction anti-impérialiste au sein même de l'Europe est un péril plus sérieux que la barbarie allemande. ”

On a dans ces quelques lignes toute la manière caline, logique et polie de M.

Bourassa distillant à flots pressés son mépris et sa haine sur l'abjecte sujétion des colonies, sur ‘l'insatiable Angleterre," comme il répétait encore dernièrement.

“La vérité, disait-il le 9 novembre 1915, c'est que les colonies ont beaucoup plus souffert de la protection de l’Angleterre qu'elles n’en ont bénéficié. ”

“ Aucune race n’a le droit de dominer le monde, pas plus l'Angletrere que l'AIlemagne. La tyrannie qu’exerce l'Angleterre sur les petites républiques boers et sur l'Irlande ainsi que sur la race canadienne-française est comparable à celle qu'exerce actuellement l'Allemagne sur la Belgique, car toute petite nation a le droit de vivre et n'allez pas prétendre que le joug allemand sera plus lourd à porter que le joug anglais.’ (Paroles prononcées le 14 janvier 1915 au Monument National à Montréal.)

“Contester aux Sud-Africains le droit de reconquérir leur liberté à la première occasion favorable, c'est nier aux Belges, aux Alsaciens, aux Polonais, le droit de secouer le joug allemand, autrichien ou moscovite. La conquête du Transvaal et de l’'Orange porte tous ces traits les plus odieux que l'on reproche avec raison aux spoliateurs de la Belgique ”.: (Devoir 24 juin 1915.)

‘ Au moment de la rébellion, commandée ou dirigée par Devwet, les Hollandais jouissaient dans tout le territoire de l'U-

ru —

nion Sud-Africaine, d’une liberté que les Canadiens-français ne connaissent pas encore dans les provinces anglaises du Canada. Cette rébellion ne peut donc justifier de la nécessité de réprimer des injustices imposées par un gouvernement tyrannique. (Id.)

La domination écrasante que l'Angleterre exerce sur toutes les mers du globe n'est ni plus légitime ni plus bienfaisante que celle que les allemands voudraient Toiss en Europre. (Id. 24 juillet

“La conquête et la domination des peuples, de quelques motifs qu'elles se réclament ne sont pas plus légitimes que la traite des noirs. (Août 1915.)

Les peuples ont le droit, les peuples ont le devoir de résister à la conquête du mercantilisme anglo-saxon à la domination de la bureaucratie mi- rétorienne, micléricale de la Russie. (Id.)

“ Les nations les plus conquérantes les lus spoliatrices sont celles qui se sont e plus complètement affranchies du frein modérateur d: la papauté. L'An-

gleterre vient en premier lieu, puis l’AIlemagne aux deux-tiers protestante, puis la Russie schismatique. (Id.)

“ Toute forme de service militaire n'est ustifiable à mes yeux, que pour assurer a sécurité du territoire national ”. (13 Août 1915.)

“Le militarisme allemand, M. Ewart l'a rappelé avec beaucoup d'à-propos, n'est que le perfectionnement du militarisme en soi. Il est aussi pernicieux aussi antichrétien et antisocial au Canada et en Angleterre qu’en Prusse”. (17 Août 1915.)

“Cet évangile de la force brutale ne règne-t-il pas en maître chez nous ? Cet enseignement est d'autant plus criminel, nous sommes d'autant plus coupables de nous y prêter, que le Canada, simple dépendance privée de toute initiative dans les affaires du monde, séparé de l'Europe par mille lieues d’océan n'a aucune responsabilité directe ou aucun intérêt immédiat dans le conflit européen. Ce que nous reprochons comme un crime détestable aux Allemands assoiffés de puissance et d’agrandissement pour leur patrie, nous le prêchons et le pratiquons au bénéfice des pays qui n'ont jamais rien fait, ne pourront jamais rien faire pour nous protéger efficacement. (17 Août 1915.)

“Son arrogante domination des mers, en pose de l’Angleterre. (16 septembre

“Sir Edward Grey laisse même entendre que l'Angleterre est prête à renoncer à son arrogante prétention de dominer les mers—to rule the waves ! Puisse le peuple anglais répondre à cet invite ; car cette seule prétention a engendré plus de

conflits, suscité entre les nations plus de mésintelligence et rompu davantage l'équilibre du monde, que toute autre provocation. "’ (27 avril 1915.)

“ Le péril qui nous menace, qui mena, ce toute la culture française de ce continent, ce n'est pas le militarisme allemand, c'est le mercantilisme anglo-saxon. L'in fluence insidieuse qui mène en Amérique la pensée et l’action catholique, ce n'est pas le philosophisme Nietzchéen c'est l’agnosticisme anglo-protestant. C'est par à que le conflit des religions se rattache à la lutte entre le nationalisme et l'impérialisme. ” (31 janvier 1916.)

Témoignages de bons sens.

Après toutes ces vitupérations et ces cris de révolte, écoutons la voix du bon sens.

Un écrivain français professeur de l'Université de France, très attaché au Canada qu'il connait bien, connaissant aussi ces, À détails fournis par le “ Devoir”, la campagne menée actuellement ar M.

urassa, un ami des canadiens- rançais qui nous avertissait charitablement, il y a quelques mois du tort que nous faisait à

ome et en France la campagne inconsidérée du nationalisme, nous écrivait encore dernièrement :

“Vous avez raison de penser qu'il n’y a pas lieu d'approuver les coups de tête et les coups de force. On ne saurait trop répéter que les violents ont toujours tort. Les campagnes de Bourassa en particulier me paraissent À tous égards malheureuses et compromettantes. Il est vraiment fâcheux pour ses compatriotes que son étrange attitude même ait pu lui valoir le surnom de Boche de la part de ses adversaires.

“ N'avez-vous pas reçu de l’Angleterre les lois nécessaires pour vous protéger ?

vous et à vos juristes de se servir légalement de ces armes les plus fortes et les plus sûres. Je crois que vous avez plus que jamais intérêt à rester sur le terrain de la légalité vis-à-vis des Anglais surtout maintenant qu'ils doivent par leur ambassadeur au Vatican avoir facilement l'oreille complaisante du Saint-Siège : ce qui pourrait vous mettre à Rome dans une situation inférieure, voire même dangereuse.

“Il faudra de plus vous dire que les Anglais ont fait, font admirablement leur devoir, qu'ils auront bien travaillé avec nous pour la liberté du monde en même temps que pour la leur. L'Union francoanglaise grandit chaque jour par le sang versé en commun sur les mêmes champs de bataille de la Somme : Comment supposer qu'elle ne subsiste pas, qu'elle ne se

renforce pas même encore par nécessité après la guerre ?

Et dans ces conditions, comment n'en seriez-vous pas les premiers bénéficiaires si votre attitude digne et fière ne vous fait

s traiter comme des actieux mais des ten libres ayant droit à tous ces respects. J'aime même à ajouter que notre gouvernement songe très sérieusement à rétablir des relations avec le Vatican. Et dans ce cas l'influence française restaurée au Vatican pourrait encore vous servir, mais toujours à condition que vous demeuriez stricts et jaloux observateurs de la loi britannique, garantie de vos libertés et que vous aidiez À maintenir chez vous, dans la mesure du possible, l’entente franco-anglaise de plus en plus forte de ce côté de la grande eau. Nos relations excellentes avec les anglais devraient vous seconder au Canada.

“ Dans tous les cas, contrairement à ce que prétend Bourassa, il n'aura pas été inutile pour les Franco-Canadiens que le sang des Beaubien, Grondin etc., se soit mêlé sur la terre de France avec celui des Canadiens-Anglais. Et quant à nous, nous en sommes fiers et reconnaissants. , Est-il possible que vous ne tiriez pas quelque profit de la part que vous aurez prise à cette guerre par vos subsides et par vos recrues ? La métropole doit vous en savoir gré : aussi les fils des vieux habitants auraient-ils tort d’hésiter à s'associer à la grande croisade libératrice. ”

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