Une Explication et une Excuse
M. Bourassa, qui consent parfois à parler de sa personne, écrivait le 7 octobre 1916: “Fils de famille parlementaire et libérale, j'ai cru, un temps, à la démocratie et au parlementarisme de
11 y a là une explication et une excuse incomplètes de la mentalité de M. Bourassa qui s'éclairent et se complètent d'une observation qui trouve ici sa place.
M. Bourassa a fait un jour (Devoir du 28 février 1915), cette autre confession :
‘* Jamais je n’ai envisagé la question de l’impérialisme au point de vue de race, ou de religion ”’. La confession doit être sincère, car elle est bien véridique. Elle est aussi révélatrice d'un état d'esprit qui se manifeste habituellement chez M.
Bourassa par les auteurs qu'il cite, par les sources auxquelles il puise,
L'érudition assez abondante de M.
Bourassa, celle du moins dont il fait usage, €st presque exclusivement de source anglaise et protestante, Bien qu'il déteste les anglais, c’est presque toujours dans les auteurs anglais, imbus de libre-examen, de libre-pensée, d'aspirations et de doctrines contraires au principe d'autorité, qu'il va chercher les
rincipes et les arguments qu'il veut aire adopter à ses adeptes,
M. Bourassa, qui n'en est pas à sa première inconséquence, disait l'autre jour qu'il a perdu la foi dans la doctrine démocratique et que son ‘“ admiration pour l'Angleterre a diminué dans la mesure où lui apparaissait plus complète la duperie du régime parlementaire dont la’ conquête anglaise nous a affi.
gés. " (Devoir, 7 octobre 1916).
S'il en est ainsi, pourquoi donc continue-t-il de s'inspirer de ces princi es, et Pourquoi veut-il les faire adopter de tous ses compatriotes, à coups de boutoir et d'injures contre tous ceux qui les contredisent ?
S'il en est ainsi, pourquoi donc le chef nationaliste, qui veut restaurer la mentalité et l'ordre politique de sa patrie, s'applique-t-il si rageusement À y faire dominer de plus en plus le principe subversif du ‘self government ", poussé jusqu'à la négation de toute autre autorité que ceile résidant dans le peuple ; pourquoi donc ne s'inspire-t-il pas des auteurs de droit —et des thévriciens politiques, catholiques et français, qui le ramèneraient et le maintiendraient, lui et ses disciples, dans la tradition catholique et française, dont tout le Canada bénéficierait
M. Bourassa ignore-t-il que le problè.
me de l'Empire, qu'il veut résoudre par le démembrement, touche les intérêts catholiques et français, qu'il a un côté moral, qui ne peut être résolu sagement et honnêtement qu’à la lumière des principes chrétiens ?
Pourquoi donc ne cite-t:il pas les auteurs catholiques. Il y en a tant, de si grands et de si beaux depuis saint Paul, saint Augustin, saint Thomas jusqu'à Léon XIII et Pie X, sans oublier Bossuet, de M'aistre et tous les grands auteurs cathoiïïques du siècle dernier qui ont tous parlé des devoirs et des droits des sujets et des supérieurs, des rois et des
uples, des relations harmonieuses de autorité et de la liberté. Pourquoi donc M. Bourassa ne cite-t-il pas ces auteurs ?
Est-ce qu'il ne les connaît pas ? Et s’il les connaît, n'y a-t-il donc rien trouvé en faveur de ses théories pour qu'il soit obligé de se rabattre sur un M. Erskine May qui a enseigné, paraît-il, qu'en vertu du ‘self government ”, l'évangile politique de M, Bourassa, les colonies anglaises ont le droit de prendre les armes contre l'Angleterre. Si ce M.
Erskine May vivait encore, il complèterait sa doctrine de celle de M. Bourassa et dirait avec celui-ci que les Irlandais et Sud-Africains, sujets britanniques,
avaient bien le droit de prendre les armes
ur combattre l'Angleterre, mais que es canadiens ont fait une faute, un pes. en allant aider l'Angleterre contre ‘Allemagne. (1)
Pour trouver de pareilles assertions, M. Bourassa fait bien de ne pas chercher dans les auteurs chrétiens, où il ne trouve, paraît-il, que des “ principes abstraits é qu'un “ droit naturel indéterminé ", dont il a si peu idée qu'il s'est demandé un jour : ‘qu'est-ce que le droit naturel d'une métropole à l'endroit d'une colonie ? ‘Et M. Bourassa donnait la raison de cette fin de non recevoir, en disant que la colonie et la métropole étant deux ‘communautés humaines "”, elles n'avaient d'autres obligations que celles du droit positif,
M. Bourassa, qui se vante d'avoir de grands théologiens dans son école, devrait bien leur demander quelques notions élémentaires de drc:t naturel et une explication succincte du quatrième commandement de Dieu.
En attendant cette très utile leçon, nous allons nous permettre de mettre sous ses yeux les enseignements de Léon XIII et de Pie X sur la souveraineté du peuple. Il pourra faire ja comparaison entre ses principes puisés chez M. Curtis, et ceux de Léon XIII, puisés dans la tradition de l'Eglise.