‹ Où allons-nous? [microforme]Chapitre 23 sur 32 · PONT, D D · texte numérisé non relu

PONT, D D

juste, la comparaison était frappante par plus d'un point, (1)

C'est ce même théologien qui nous fit remarquer, dans la lettre de Pie X condamnant le Sillon, la répudiation bien claire des principes de la souveraineté du peuple dont s'inspirent M. Bourassa et ses amis. Voici ce passage de Pie X citant Léon XIII :

“Le Sillon place primordialement, “ l'autorité publique dans le peuple “de qui elle dérive ensuite aux gou- “vernants, de telle façon cepen lant ‘qu'elle continue à résider en lui, Or “Léon XIII à formellement condamné ‘cette doctrine dans son Encyclique “Diuturnum illud, du Principat poli.

“tique, où il dit: Des modernes en “grand nombre, marchant sur les traces ‘de ceux qui au siècle dernier se donnè.

‘rent le nom de philosophes, déclarent ‘‘que toute puissance vient du peuple, ‘qu'en conséquence ceux qui exercent ‘’le pouvoir dans la société, ne l'exer- ‘cent pas comme leur autorité propre, ‘mais comme une autorité à eux délé- ‘‘ guée par le peuple, et sous la condi.

‘’tion qu’elle puisse être révoquée par ‘la volonté du peuple de qui ils la tien.

‘nent. Tout contraire est le sentiment ‘des catholiques, qui font dériver le ‘‘ droit de commander de Dieu, comme de ‘son principe naturel et nécessaire. ”?

‘Sans doute le Sillon fait descendre de “ Dieu cette -utorité qu'il place d'abord ‘dans le Peuple, mais de telle sorte ‘ qu'elle remonte d'en bas ur aller en “haut, tandis que dans loose ‘de l'Eglise le pouvoir descend d'en “haut pour aller en bas. ” — Mais outre “qu'il est anormal que la délégation ‘monte, puisqu'il est de sa nature de ‘descendre, Léon XIII a refuté par ‘avance cette tentative de conciliation ‘de la doctrine catholique avec l'erreur “du philosophisme : car il poursuit : — ‘Il importe de le remarquer ici: ceux “qui président au gouvernement de la ————

(1) Voici quelques similitudes signalées : ‘* Même dain pour la hiérarchie, plus hautain chez M.

et égarése ensuite Par ses défauts ; mêine amour de la déclaration çnez les deux chefs ; même dissimulation en face des arguments d'un adversaire, que l'on fausse à plaisir sans les citer ; même manque de logique et d'équilibre, qui s'allie à un manque non moins remarquable de loyauté intel. lectuelle : deux esprits mal conformés et défor-

‘’ chose publique peuvent bien, en cer- ‘‘’tains cas, être élus par la volonté et ‘le jugement de la multitude, sans répu- ‘#nance ni opposition avec la doctrine ‘catholique. Mais, si ce choix désigne ‘la personne qui gouverne, il ne lui ‘confère l'autorité de fouverner, il ne ‘délègue pas le pouvoir, il désigne la ‘personne qui en sera investie, *’

Telle est la doctrine de Léon XIIT et de Pie X sur ‘une certaine démocratie qui va jusqu'à ce degré de perversité que d'attribuer dans la société la souveraineté au peuple *’, -—— d'après les paroles mêmes de l'Ency lique, É voici, résumée par Pie X lui-même la doctrine condamnée du Sillon: ‘ L'autorité, il est vrai, émane de Dieu, mais elle réside primordialement dans le peuple et s'en dégage par voie d'élection ou, mieux encore, de sélection sans pour cela quitter le peuple et devenir indépendante de lui ; elle sera extérieure, mais en apparence seulement ; en réalité elle sera intérieure parce que ce sera une autorité consentie, *’

Ajoutons pour finir ces paroles de Léon

II “Oui, c'est une erreur de prétendre que tout pouvoir vient du peuple ; que par suite l'autorité n'appartient pas en propre à ceux qui l’exercent, mais à titre de mandat populaire, et sous cette réserve que la volonté du peuple peut toujours retirer À ses mandataires la Puissance qu'elle leur a déléguée, "”

À la lumière de ces renseignements, il nous paraît bien évident que la doctrine répudiée par l'Eglise reste, à leur insu, celle professée et mise en pratique par uoS nationalistes, sous le prétexte vain et faux qu'ainsi le veut la constitution parlementaire qui nous régit. La consti.

tution, on le sait, ne suppose rien de tel et en l'interprétant faussement, les nationalistes, ne font que mieux voir à quel point l'erreur a faussé rs esprits.

APPENDICE V Le Principe des Nationalités

“Le principe des nationalités, tel que ce pauvre diable de Napoléon III l'avait posé et bien mal défendu, a fait rire un peu de lui à cause de la mésaventure finale du troisième empire. Mais tout de même, on ne saurait refuser à Napoléon Iil, qui avait Par certains cotés dans son esprit une parcelle du génie des Bonaparte, d'avoir eu un moment une claire vue de l'avenir lorsqu'il disait que la carte de l'Europe ne se referait stablement que Je jour où le principe des nationalités serait reconnu par les grandes puissances."

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(Paroles de M. Bourassa, cf. Devoir, 28 janvier 1915).

Lorsque M. Bourassa dira plus tard :

“ Nous iuttons pour le principe des nationalités ”” il n'y aura pas à se méprendre sur sa pensée. Tous ceux qui ne sont pas ignorants de l'histoire, savent le sens bien arrêté, déterminé, fixé du principe des nationalités invoqué et mis en pratique par Napoléon 111, pour le profit de l'Allemagne et de l'Italie, pour le malheur de la France et de l'Europe.

APPENDICE VI 1. Contre les Alliés et pour l'Allemagne

Maintenant que M. Bourassa a nettement indiqué l'indépendance du Canada comme l'objectif de ses efforts et le but de son mouvement, maintenant qu'il a proclamé que nous étions de droit et de fait indépendants — ce qui ne l'a pas empêché d'écrire que nous étions une ‘’ dépendance irresponsable de la Grande- Bretagne ” — ses partisans, qui jetaient les hauts cris quand on leur signalait, il y a deux ans, l'esprit séparatiste de leur chef, verront probablement un peu plus clair dans la tactique et les principes de leur grand guide intellectuel et politique.

Ce ne sera pas trop tôt.

Ils commenceront bientôt aussi, il faut l'espérer, à constater que le motif le plus évident qui pousse M. Bourassa dans sa campagne pour l'indépendance, ce n’est pas tant l'intérêt du Canada, qu'il ne démontre pas être dans l'indé.

pendance, ni encore moins l'amour de sa race, dont il n’est pas très fier, et qu'il injurie volontiers dans toutes ses ‘ autorités sociales ”’, que la haine de l’'Angleterre exerçant encore une part d'autorité sur nous.

Dans tout ce qu’il a écrit depuis plus de deux ans, il n’a guère eu d'autre but que de jeter de l'odicux, du mépris, de la haine sur l'Angleterre et sur ceux qui lui restent loyaux — sur tous les Canadiens, à très peu d'exception près, — afin de nous en détacher. Quand on relit les articles écrits par lui depuis cette époque, comme la composition de ce travail nous y a obligés, on reste stupéfait de la quantité kolossale de haine, d'injures et de mépris virulent que cet homme a pu déverser à jets continus.

Pour qualifier la suite de ses longs articles, il faudrait lui emprunter une image plus vulgaire que celle qu'il éructait un jour en écrivant, dans ce style qui lui est propre : ‘ Du jet d'eau de vaisselle qui a coulé sans interruption depuis un mois dans l'évier parlementaire, il reste ceci..'’’ (Devoir, 18 mars 1915).

Oui, en a-t-il déversé des grossièretés, à

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sa guise et à son goût, depuis près de trois ans! et qu’en reste-t-il ? Il en reste de la haine et du mépris, avec des idées fausses et des passions dangereuses soulevées partout, un peu chez nous et beaucoup contre nous.

Signalons quelques faits saillants de cette campagne contre l'Angleterre et ses alliés, contre le Canada coopérant avec la métropole d'Angleterre. (1)

Et d’abord, la fameuse déclaration du 8 septembre 1914, que beaucoup des amis de M. Bourassa ont oubliée. Nous en signalons les mots les plus importants. L'article avait pour titre: Le Devoir National, on y lisait :

“A ceux de mes amis qui me demandent avec angoisse, si j'approuve aujourd'hui ce que je prévoyais et condamnais dès 1899 — la participation du Canada aux guerres de l'Angleterre, étrangères au Canada — je réponds sans hésiter :

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