‹ Où allons-nous? [microforme]Chapitre 24 sur 32 · NON · texte numérisé non relu

NON

“Le Canada, dépendance irresponsable de la Grande Bretagne, n’a aucune obligation morale ou constitutionnelle ni aucun intérêt immédiat dans le conflit actuel.

“La Grande-Bretagne y est entrée de son seul chef, en conséquence d’une situation internationale où elle a pris position pour la seule sauvegarde de ses intérêts, sans consulter ses colonies et sans égard à leur situation ou à leurs intérêts particuliers.

“Le territoire canadien n'est nullement exposé aux attaques des nations belligérantes. Nation indépendante, le Canada serait” aujourd'hui en parfaite sécurité. Les dangers fort lointains que son commerce peut courir résultent du fait que le Canada est possession britannique et qu'il subit forcément les contrecoups d’une politique dont la Grande- Bretagne est seule maîtresse et d'une intervention dont les autorités britanniques sont seules responsables. C’est donc le devoir de l’Anglèterre de défendre le Canada, et non celui du Canada de défendre l’Angleterre..

“En droit et en fait, le Canada, colonie britannique, n'avait donc aucune raison directe d'intervenir ns le confit. Ilen avait de très gra. e« de s’abstenir ; et l'avenir se chargera de démontrer, trop dûrement peut-être, que son intervention militaire, peu efficace pour

(1) Rappelons ici en passant, les éloges décernés par M. Bourassa aux ‘‘ Sinn Fein * révoltés contre l'Angleterre. (Devoir, 8 août 1916). Il les a excusés en disant que les “ministres britanniques ont tout fait pour provoquer l’émeute, pour justifier ses fauteurs, pour donner à la répression le caractère d’une odieuse vengeance.” (Devoir 9 août 1916). “Le principal tort des fauteurs de la rébellion irlandaise et de la rébellion canadienne

(1837) est de n'avoir pas réussi. (Id. loc. cit).

les es us

les nations en guerre, aura des conséquences désastreuses pour lui.’

Avant de reconnaître que ‘ le Canada, nation anglo-française liée à la France et à l'Angleterre par des attaches ethniques sociales, intellectuelles, économiques a un intérêt vital au maintien de la France et de l'Angleterre”, doit contribuer à leur endurance, M. Bourassa prit la peine de réaffirmer que les “* obligations coloniales *’ du Canada sont ‘ nulles en fonction de l’histoire, de la constitution, des faits ”.

C'est dans ce même article, on s’en souvient peut-être, qu'était formulée la théorie souvent rappelée depuis avec insistance, de l’égoisme national, l'égoisme sacré dont nous avons parlé.

Dans des articles suivants, le chef nationaliste commençait sa campagne insidieuse sur la responsabilité de l’Angleterre, sur ses fautes passées toujours habilement grossies, sur son manque de dévouement et de sincérité dans son concours avec les alliés, sur le petit nombre de troupes anglaises combattant en France, sur tout ce qui pouvait représenter l'Angleterre sous un jour défavorable et suspect. Pendant ce même temps, par crainte d'aider l'Angleterre, M. Bou rassa gardait un silence protecteur sur les crimes et toutes les violations du droit commis par l'Allemagne, il n'osait pas dire un mot en faveur de la Belgique et de la France. Au contraire, il qualifiait d'exploitation indigne les témoignages d'admiration et les appels lancés chez nous en faveur de la France.

Il ne parlait pas du péril allemand, qu'il avait toujours obstinément nié, mais il insistait sur le danger moscovite et surtout sur le péril anglo-saxon.

Ainsi quand il s'agit des responsabilités de l’Allemagne, M. Bourassa proclama qu'il faudra cinquante ans, un siècle même, pour arriver à voir clair et à constater à quel point elles sont réelles ; quand il s'agit du crime de Serajevo, il ne lui fallut qu'une minute pour écrire que ‘‘le couteau esf parti de Belgrade et a été payé par Petrograd.”’ Et qu'en sait-il ?

M. Bourassa a même, autant qu'il l’a pu, essayé d’excuser, perfidement comme d'habitude, la violation de la neutralité belge, d'abord en prétendant faussement que les alliés avaient violé la neutralité grecque non moins injustement que les Allemands envahissant la Belgique, détruisant et massacrant tout sur leur passage, ce qui est une fausseté absolue, aussi bien au point de vue des faits qu'au point de vue du droit, comme le lui a bien fait voir, sans qu'il ait osé répliquer, l'Evènement de Québec (25 juillet 1916).

Dans le mois d'août 1916, le 27, par.

lant de la fameuse parole — ‘Je chiffon de papier” — du chancelier allemand à l'ambassadeur d'Angleterre, M. Bourassa écrivait : ‘* Bethmann Hollweg regrettera toute sa vie cette expression d’une trop cynique franchise. S’il avait employé une formule plus douce et plus hypocrite, il n’aurait pas de peine à démontrer que tous les pays, l’Angleterre la première, ont commis maintes atteintes analogues ‘‘à la sainteté des trai.

tés. ”” — Ici encore, le chef nationaliste est = cn avant tout, et pro-allerand.

Il n'est donc pas juste ni vrai de dire, comme l'ont prétendu quelques nationalistes voulant excuser leur chef, que celui-ci, en parlant des causes et des responsabilités de la guerre, des crimes qui y ont été commis, a mis tous les belligérants sur le même pied, Ce à quoi il s'est plutôt constamment appliqué, par ses silences autant que par ses paroles, c'est à représenter les torts, toujours grossis, sinon toujours inventés, de l’Angleterre et de ses alliés ; c’est à faire voir les dangers de l'impérialisme anglais et de l'impérialisme russe.

Il n'a pas osé innocenter l'Allemagne ; il s'est contenté de faire oublier ou de mettre en doute sa culpabilité. C'était à la fois plus adroit, et plus perfide.

Tout le vaste problème de la guerre se ramène pour lui à ceci: ‘“ Puisque nous n'avons pas eu voix délibérante dans les conseils du gouvernement anglais, qui a décidé de prendre sa part nécessaire, dans la guerre imposée à l'Europe par l’Allemagne, nous n'avions rieti à faire dans cette guerre, au point de vue politique comme au point de vue chrétien, nous avons mal fait de soutenir l'Angleterre et la France. ”

Celles-ci ne défendent-elles pas la cause de la justice et de la civilisation ?

N'ont-elles pas raison de faire cette guerre ? Y sont-elles entrées d’ellesmêmes ou n'y ont-elles pas été obligées par l'Allemagne ? Cette dernière n'estelle pas la grande coupable d’avoir imposé cette guerre épouvantable au monde ? N'y g-t-lle pas violé, avec ses engagements, les plus formels et les plus solennels, les lois les plus sacrées du droit des gens ? L'intérêt vital du Canada comme sa condition de colonie britannique ne lui font-ils pas un devoir de combattre avec l'Angleterre et la France ?

M. Bourassa s'occupe assez peu de ces questions, embarrassantes pour lui: et s'il s'en occupe c’est pour y donner une réponse contre l'Angleterre et contre la participation du Canada. Il en revient toujours à son point de vue : ‘“ nous ne sommes pas responsables de la guerre,

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elle ne nous concerne pas, nous avons fait une faute et commis un crime en y renant part. L'égoïsme national nous e défendait. ”

Ainsi jamais M. Bourassa n'a eu mot Pour soutenir la cause de l'Angleterre, de la France, de la Belgique, et des autres alliés ; jamais il n’a eu un blâme pour la Turquie, pour l'Autriche : s'il a dû parfois réprouver certaines actions, très rares, de l'Allemagne, ça été pour mieux faire passer ses attaques et ses injures contre l'Angleterre, l'unique objet de son ressentiment. Ce qui faisait dire à un homme d'esprit: “ Si Bourassa avait prononcé contre les Allemands et leurs méfaits, le quart seulement des injures et des vitupérations qu'il a déversées sur les Anglais et sur les Canadiens qui ne pensent pas comme lui, il rougirait et serait dégoûté de lui-même, il se prendrait pour un impérialiste, un eunuque, un butor colonial ; il croirait désobtir aux directions du souverain Pontife telles qu'interprétées, fallacieusement par lui Pour tenir en échec les directions de nos évêques ”’.

Ainsi, jamais M. Bourassa n'a dit contre l'Allemagne quoi que ce soit qui approche des paroles suivantes : Les colonies autonomes de la Grande-Bretagne ont voulu participer à la guerre en simples brigands, au service de l’Angleterre,

Îles n’ont pas même pris la peine d’avertir les belligérants, alliés ou ennemis, qu’elles entraient dans le conflit. Il est donc peu probable qu’on les traite en nations civilisées. (Devoir, 7 avril 1916).

C'est lui encore, le faux patriote, qui a affirmé : “Il est rigoureusement exact de dire que le recrutement (au Canada) s’est pratiqué en raison inverse du déve.

loppement du patriotisme canadien *”’ (Devoir, 5 août 1916), pendant que son lieutenant Lavergne lui faisait écho en disant : ‘“ Notre devoir, à nous Canadiens-Français, est de rester 16 Si vous sacrifiez le Canada, vous êtes aussi des traîtres ”, (Devoir, 3 juillet et 2 octobre 1916). ;

Si l'on veut saisir sur le vif la nature des sentiments divers qui animent M. Bourassa à l'égard des belligérants, qu'on lise attentivement la phrase suivante, écrite le 6 août 1915, dans le Devoir, après l'appel du Pape, au premier anniversaire de la guerre :

“Les chefs d'Etat et les maîtres de l'opinion publique dans la plupart des Pays en guerre ont répondu à la noble prière du Souverain Pontife, par une sorte de défi. Le César allemand appelle les bénédictions de Dieu sur les armes de son pays ; les cardinaux fran.

çais veulent accaparer les faveurs célestes

as leur patrie: la Douma proclame a détermination de la Russie de ne dé ser les armes qu'après une victoire d cisive: L'Angleterre affirme par la bouche de Carson, ex-fauteur de rébellion, que le mot paix n'entre pas dans son vocabulaire.

‘ Notre pauvre petit Canada ne pouvait manquer de joindre sa voix grèle à ce chant de guerre sauvage. ”

Ce qui frappe d'abord dans cette phrase, c'est sans doute le mépris pour le Canada et l'injure aux cardinaux français ; mais en examinant ensuite la note assignée à chaque pays mentionné, on observe avec, ou plutôt, sans surprise que la moins odieuse est celle de l'empereur d'Allemagne.

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