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Exploitation de la Religion et du Pape

On fera la même observation si l'on examine de près un autre article de M, Bourassa du 25 septembre 1916, à l'occasion de l'interview donné au Journal de Paris par Son Eminence le cardinal Gasparri. Dans cet article M. Bourassa imputait à la politique de l'Angleterre une grande part des responsabilités dans les persécutions dont les catholiques fran- Sais ont été victimes sous la troisième république. Et il ajoutait :

“Dans notre propre pays, n'avonsnous pas été les témoins et les victimes du succès de cette politique ? Des évéques irlandais et même les religieux fran- Sais ne se sont-ils Pas constitués agents d’anglicisation Par reconnaissance pour les bienfaits de l'Angleterre ? Toute une école officiellement catholique ne s'applique-t-elle pas avec ardeur à servir les intérêts anglais ? Et pourtant l'Angieterre et son Empire, la civilisation anglosaxonne sa pensée maîtresse, son action mondiale, constituent dans l’'ensembie la plus formidable coalition de forces anticatholiques qui existe. Et ces forces sont d'autant plus redoutables que, loin de s'attaquer à la liberté et aux satisfactions matérielles des personnes, elles les flattent afin de mieux aveugler les consciences et énerver les énergies. Si les catholiques du Canada si sûrs de leur orthodoxie, ont si bien fait le jeu de l'Angleterre protestante, est-il étonnant que les anticléricaux français s’y soient prêtés et que les catholiques de France n'y aient vu que du feu ?

“ Non assurément si la France officielle rentre dans la tradition catholique ce ne sera pas l'alliance anglaise qui l'y Poussera, ni l'alliance russe, La façon dont les armées du Tsar ont pratiqué en Galicie, “ l’affranchissement des peuples ” et le respect de la “ liberté des cons-

ciences ”’ nous éclairent suffisament sur

ce que les catholiques peuvent attendre de l'influence moscovite.

“ Cet aspect de Ja situation européenne suffit à expliquer l'attitude d’anxieuse neutralité que le Saint-Siège n'a cessé d'observer depuis le début de la guerre, en dépit de toutes les tentatives insidieuses pour l'entraîner d'un côté ou de l’autre.

Nul esprit raisonnable, à plus forte raison nul catholique, à moins d'être aveuglé par une passion facile à expliquer chez les catholiques des pays plongés dans la fournaise, mais injustifiable ici, ne saurait prédire de quel côté les intérêts catholiques seront le mieux défendus.

“ Nul doute qu'on connaît à Rome les actes de barbarie des Russes en Galicie autant que les atrocités allemandes en Belgique. Sur les actes individuels ou collectifs des belligérants, comme sur l'ensemble de la situation européenne, on est assurément mieux renseigné au Vatican que partout ailleurs ; et pourtant la plus haute autorité morale qui soit au monde”, comme l'appelle avec raison le rédacteur du Journal, juge qu'elle doit continuer à garder une: impartialité absolue ” entre les belligérants. C’est un indice assez certain que dans la conduite de la guerre comme dans le partage des responsabilités suprêmes, il n’est guère facile de décider de quel côté l’emporte le poids des iniquités ”’.

Ainsi qu'on le voit dans ces lignes, si M. Bourassa a un mot pour l'Allemagne, ses ‘‘atrocités en Belgique ” il ne parle pas du péril religieux allemand ou turc, mais il parle du péril religieux anglais et du péril moscovite. Ici encore c'est l'Allemagne qui est ménagée avec la Turquie, c'est l'Angleterre et ses alliés qui sont surtout attaqués.

Et l'odieux particulier de cette tactique c'est qu'ici comme en bien d’autres occasions M. Bourassa tache de greffier sa partialité sur l'impartialité du souverain Pontife et d’abriter sa haine sous la charité du Pape. Bien plus, par la plus étrange logique de ce que le Saint- Siège reste impartial entre les belligérants, notre audacieux démagogue en conclut que les catholiques des pays de guerre doivent rester neutres dans le conflit ; de ce que le Saint-Siège d’après lui ne s'est pas prpnoncé sur les violations du droit dans la déclaration et la conduite de la guerre : il en conclut que personne n’a le droit de se former un Jugement et de l'exprimer sur cette question.

Il est même allé plus loin visant nos évêques et ceux de France qui désirent la paix et encouragent les défenseurs de la patrie, lorsqu'il a dit, ex vertu d'une logique et de principes théologiques

rvés à son seul usage. ‘“ Prier pour

la paix et travailler pour la guerre, c’est pure hypocrisie ou puérile inconséquence. (Devoir, 12 août 1916). D'après cette nouvelle doctrine les catholiques belligérants devraient commencer par

époser les armes devant leurs ennemis et se laisser vaincre sans opposition avant de désirer la paix et de la demander à Dieu.

Et l’homme qui se constitue ainsi en face des évêques l'interprête de la pensée

u Pape, mise au service de ses ressentiments, le défenseur des intérêts religieux, confondus avec ses lubies politiques, l'homme qui s'arme frauduleusement depuis deux ans des enseignements du Souverain Pontife (1) dont son libéralisme avait fait jusque là bon marché pour mieux résister à l'autorité religieuse et civile est le même qui a attaqué un délégué apostolique dans son journal et qui a fait un jour aux évêques et même au Pape, la déclaration d'indépendance qui suit où il suppose gratuitement que Îles évêques et le Pape interviennent dans les choses politiques sans raison d'ordre religieux et en sortant de leur rôle.

“ Messieurs ce n'est pas le moment de faire une profession de foi. Mais je crois avoir le droit de dire au nom de tous les Canadiens-français catholiques, que nous vénérons dans les évêques les apôtres que Dieu a choisis pour nous gui-

er dans la voie du salut. Nous voyons dans les évêques les pasteurs chargés par l'Eglise de nous enseigner la doctrine et la discipline en matières religieuses.

OuS connaissons à l'Eglise le droit de définir elle-même ce qui appartient à son magistère divin.

“Mais je me permets de dire, en votre nom, aux politiciens sans courage, de l'un ou de l’autre parti, qui pour ne pas exécuter leur mandat et accomplir leur devoir, cherchent toujours à s’abriter sous une chappe d'évêque ou une soutane de prêtre, que ce n'est pas la besogne des évêques et des prêtres de faire des lois, de les maintenir et de les appliquer.

“ Un évêque viendrait-il me dire aujour-

‘hui que mon devoir est de faire l’agitation publique afin de faire maintenir un texte de loi, j'écouterais ses paroles avec la déférence due à son caractère

(1) Personne ne doit-être bien surpris de voir

ourassa interpréter faussement les paroles

du Pape. Outre qu'il n'a pas l'habitude d'étudier

ces paroles d'ordre et d'autorité, ses maitres en

interprétation des peroles pontificales ne sont ni

les évêques ni les religieux ; ce sont les socialistes anglais.

“ De tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici écrivait-il un jour, l'expresson d'opinion populaire la plus conforme à la pensée du pape, c'est + Ne socialistes anglais.” (Devoir, 31 déc.

rte

et à sa haute situation : mais je me considérerais libre d'accepter ou de rejeter son opinion,

“Un autre évêque viendrait-il me blâmer de prendre telle ou telle attitude

sur une question politique, évidemment je tiendrais compte de son avis et dans la mesure où son avis toucherait au dogme ou à la discipiine, j'y obéirais sans conteste ; mais s'il allait au-delà je lui répordrais par les paroles d'O'Connell, qui fut un grand catholique et un patriote ardent :

‘I take my theology at Rome, but I take my politics at home. ”

‘Si un ou deux évêques et même un délégué apostolique sur la parole d’'n homme politique qui l'aurait trompé, soit pour la première, soit pour la deuxième fois, venait me dire : Vous ‘devez fermer les yeux: et avoir confiance dans ce monsieur, parce que moi j'ai confiance en lui”, je lui répondrais comme Winthorst, résistant à Ja demande que Léon XIII lui faisait d'appuyer la loi du septennat militaire.

‘ Remontant jusqu’à Rome, ie dirais :

‘ Saint-Père, les catholiques du Canada vous vénèrent ; mais dans les matières exclusivement politiques, citoyens britanniques et canadiens, nous réclamons de vous la liberté que l'Eglise a toujours reconnue en ces matières à ses fidèles.

(Paroles citées par le “ Canada ” du 16 mars 1912).

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