Nos Evêques et les Principes Démocratiques
Avec son audace coutumière, le chef démocrate du nationalisme a cherché
attirer nos évêques d'autrefois à ses doctrines, comme il a essayé aussi de démontrer que nos évêques nous avaient Sarantis contre toute Participation aux guerres extérieures, en nous disant que la Confédération nous assurait la paix à l'intérieur, Nos évêques d'alors ne parlaient pas des guerres avec les nations étrangères, et, s'ils avaient pu prévoir les campagnes haineuses d'un certain Bourassa à venir, ils auraient hésité à parler pour l'avenir de paix à l'intérieur.
Voici en tout Cas, comment, à force de suggestions, M, Bourassa prétend que nos évêques ont enseigné ses principes démocratiques, les principes de son nationalisme, qui fait soigneusement abstractions des Principes et des influences de l'Eglise, à moins de les amener à son ervice.
Commentant Ja lettre de Mgr Cooke sur la Confédération, M. Bourassa dit ( ‘Hier, Aujourd'hui, Demain IDIIOS que ‘le nationalisme y est encore plus accentué et plus hardi : “que dans les autres documents épiscopaux sur le même sujet, et, comme preuve, il cite ce paragraphe :
‘ Cette comparaison (du pays avec un malade ébranlé par une grave crise) tirée d’un ordre de choses qui vous est
tout à fait familier, vous fera comprendre
plus facilement combien à été judicieuse
et prudente la conduite du peuple canaien parlant et agissant par la majorité
e ses représentants dans l'Assemblée
Législative, par la majorité de ses sages et de ses vieillards au Conseil Législatif et enfin, par la majorité de ses hommes d'Etat au Conseil Exécutif. (Id. p. 36), C'est M. Bourassa qui souligne et qui ajoute en note à ce passage : ‘! r Cooke — ne faut-il pas dire Mgr Lafé. che — avai évidemment goûté au poison vénéneux de la ‘ Souveraineté populaire" — contenue dans les justes bornes que nous réclamons nous-même, ‘ dangereux ”’ nationalisme d'aujourd'hui, Ce Passage reconnaît implicitement le droit du peuple d'être consulté (1) avant que l'on ne modifie son sort et qu'on lui impose des obligations extraordinaires :
il établit plus nettement encore que les aroles de Mgr Baillargeon, qu'en fait es représentants du peuple avaient seuls qualité pour décider en premier ressort des modifications constitutionelles. L'action des autorités impériales n'arrive que plus tard, comme sanction suprême,
Le procédé qu'emploie, ici, M. Bourassa POur couvrir sa théorie de ja ‘ souveraineté du peuple”, de l'autorité de nos évêques est puérile, si elle est honnête.
Le mandement cité de Mgr Cooke au sujet de la Confédération, comme toutes les lettres épiscopales sur le même sujet, déclare netteinent que l'acte 'e la Confédération doit être respecté et que les catholiques doivent s'y soumettre non Pas parce que le peuple canadien a été consulté à son sujet, mais bien parce qu'‘‘ila reçu la sanction du gouverne.
ment impérial ”’.
“ Aujourc”"ui que ce projet a reçu la sanction du gouvernement impérial, écrit Mgr Cooke, et qu'il est devenu loi fondamentale du pays, nous dex ons nous rappeler que notre devoir comme catholiques, est de mettre un terme à toute discussion Sur ce sujet ; si nous avons eu une parfaite liberté d'opinion, dans les limites du juste et de l'honnête, tant que la Confédération n'a été qu'à l'état de projet, si nous avons pu en toute sureté de conscience être pour ou contre, la com-
(1) Ce passage ne connaît ni ne dénie aucun droit : il exprime simplement un fait ; un fait qui n'explique pas même l'action du peuple ni son contrôle mais l'action des deux chambres et des ministres.
M. Bourassa commet une erreur plus grosse encore, lorsqu'il tire de ses paroles relatant un fait, la conclusion que ‘les représentants avaient seuls qualité pour décider en premier ressort des modifications con$titutionnelles’”.
dont il a besoin, mais qui n'est aucunement contenue dans l'assertion de Mgr. Cooke.
battre avec chaleur ou la défendre avec conviction, suivant que nous l'avons crue utile ou dangereuse, il n'en est pas ainsi depuis qu'elle est passée à l'état de loi.
Elle est devenue aujourd'hui une chose jugée et obligatoire : et c'est le temps de vous rappeler ce grand principe du catholicisme : Omnis anima potestatibus su.
blimioribus subdita sit non est enim potestas nisi a Deo : quæ antem sunt a Deo ordinatæ sunt. — Que tout le monde soit soumis aux puissances supérieures ; car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre, ” (Rom. 13, 1).
D'après ce texte bien catholique et bien clair, pas du tout démocrate, que l'on retrouve équivalemment dans toutes les lettres des évêques sur le même sujet de la Confédération, la constitution de 1867 n'a force de loi que par l’approbation de l'autorité souveraine ; elle n'a donc reçu aucune espèce d'existence légale de la consultation des représentants du peuple qui a précédé la sanction “suprême”, la sanction indispensable aurait dû ajouter M. Bourassa.
Les textes épiscopaux si témérairement cités et surtout interprétés par M. Bourassa ne comportent donc ni explicite.
ment ni implicitement l'interprétation démocratique et libérale, que le chef du nationalisme n'a pas craint d'en faire, Pour se donner un faux semblant de rai.
son, au risque de jeter un grave discrédit sur la doctrine de tout l'épiscopat canadien-français.