CTI LE RRTEEEL LL ET TE ME AH
LULLLLARE LULU!
Où allons-nous? A l'indépendance?
MON Mt LMI UT
N'examinons pas si le moment est bien choisi pour en parler, même si nous ÿ pensions ; s’il est sage et habile, au moment du conflit mondial où se joue l'avenir de l’Europe et le nôtre, de tenter de faire bande à part, en ne songeant qu'à nous. C'est souvent servir très mal ses intérêts que de se montrer trop intéressé, trop égoïste.
N'insistons pas non plus sur une autre question d'opportunité, qui est la suivante. Si le problème de l'indépendance se pose un jour ou l’autre de façon pratique, convient-il, au point de vue des intérêts particuliers canadiens-français, et des intérêts canadiens en général, que ce soit les Canadiensfrançais qui posent la question et qui en pressent la solution ? Si nous posons nous-mêmes cette question, au lieu de laisser aux Anglo-Canadiens de la poser eux-mêmes, s'ils la croient urgente, ne risquons-nous pas de nous attirer l’animadversion et de l'Angleterre et des Canadiens-anglais ? de nous mettre tout le monde à dos, en nous donnant le tort de paraître déloyaux ? de retarder l'indépendance du Canada, si elle doit venir, d’'aggraver les dissentiments et les irritations qui séparent déjà trop les deux principales races qui forment la population de notre pays ?
I y a là une question à étudier discrètement. Nous nous contentons de la poser.
Mais l'indépendance en elle-même, que faut-il en penser ? Est-elle possible ? Est-elle désirable ?
(1) Voir appendice I, Extraits des lettres de M. Bourassa à M. Hodent, à M. L. etc.
Pour que l'indépendance fût possible, il faudrait le volontés, Et d'abord, la volonté de l'Angleterre, lait pas nous accorder l'indépendance, nous n avons pas de raisons légitimes de nous soulever contre elle, en déclarant notre Propre indépendance et en la défendant par les armes. Et nous ne manquons pas seulement de raisons, nous manquons aussi, et très notablement, de moyens. Même en gardant chez nous tous nos soldats et tous nos Vaisseaux, ni nos ports, ni notre territoire ne sont en état de résister à une attaque de la flotte et de l'armée an” glaise.
Plusieurs bons esprits, eXaminant ce bilité théorique—il n'en saurait être question au point de vue pratique, — estiment que ce serait une vraie folie et un crime de songer réellement à une révolte du Canada contre l'Angleterre,
Mais si l'Angleterre Consentait à notre imperialisme ?
Si l'Angleterre Y Consentait, il n'est cepe Y poussât malgré nous. Il faudrait donc cette indépendance.
Concours de bien des Si l'Angleterre ne vou-
tte question comme une pure possi-
ndant pas probable qu'elle nous que le peuple canadien voulût
Or, il ne paraît Pas encore qu'il la veuille,
Qu'il ait tort ou qu'il ait raison, le Canada, dans son ensemble manileste, désire rester uni à l'Angleterre. S'il à tort, ce ne sont pas les Canadiensfrançais qui devront ni qui pourront le faire changer d'avis. S'il a raison, ne parlons pas de l'indépendance, ne fut-ce que théoriquement.
Et il semble bien que le Canada a raison de ne pas souhaiter l’indépendan ce, même en acceptant les sacrifices présents. Quels que soient les résultats de la guerre et l'avenir du monde, les petits pays et les petites nationalités, dont on parle beaucoup, un peu vaguement, ne pourront subsister qu'avec le consentement et la protection des grandes puissances. Or, nous sommes un grand pays par notre territoire, mais un petit pays par notre population, pays d'autant plus faible Contre nos ennemis, le jour où us serons attaqués, que nous aurons plus à défendre, avec moins de moyens : pays d’autant plus en danger, que notre territoire, étendu et riche en ressources variées, suscitera plus de convoitises et de tentatives Conquérantes,.
Même si notre complète indépendance nous était profitable, au point de vue politique intérieure, nous ne pourrions pas la défendre contre les ennemis extérieurs, toujours possibles et même fort probables. Et nous pourrions ainsi perdre Promptement beaucoup plus que nous n'aurions gagné, en nous rendant complètement indépendants.
Mais il est assez difficile de voir ce que nous gagnerions par l'indépendance, au point de vue intérieur. Nous ne dépenserions rien pour envoyer des troupes en Angleterre, mais nous dépenserions peut-être beaucoup plus pour les maintenir et les armer, chez nous, pour notre défense.
Au point de vue Constitutionel, les luttes de races et la domination des majorités sur les minorités ne seraient pas adoucies ni allégées. Le Canada indépendant serait-il divisé en provinces ? Adopterait-il l'union législative et Bouvernementale, pour se donner plus de cohésion et diminuer ses dépenses administratives ? Il ferait en tout ce que voudrait la majorité.
t nous sommes Ja minorité. Et nous aurions perdu, non seulement les garanties stipulées en notre faveur au traité de Paris, mais aussi toutes les concessions que nous a accordées l'Angleterre, Et nous resterions en face
d'adversaires tenaces, qui trouvent et qui disent que l'Angleterre nous a
gnerions-nous à tout cela,
trop ménagés et même trop favorisés. Que ga nous, Canadiens-français ?
Un Canada indépendant aurait un désir ardent d'avoir l'unité de mentalité, un seul esprit national—un autre nationalisme intransigeant dont le chef ne serait pas M. Bourassa —et, Pour obtenir cette unité, la guerre continuerait contre le français et même contre la religion catholique.
Nous n'aurions pas, il est vrai, l'humiliation, pénible pour quelques-uns, de demander la protection de l'Angleterre, pour défendre nos droits acquis, remis en question et abandonnés à la volonté de la majorité Canadienne mais nous aurions peut-être celle de voir nos droits plus irrémédiablement perdus, nos traditions et notre nationalité plus complètement vaincues.
Nous pourrions encore, certes, nous défendre, et nous nous défendrions, mais dans des conditions plus défavorables que maintenant, et avec moine d'espoir de vaincre. 1] ne faut pas, en effet, oublier que ‘’anglo-saxonisme” canadien est plus intolérant, plus agressif, plus hostile envers nous que l'‘'anglo-saxonisme" d'Angleterre.
Nous serions acculés ou À nous soumettre à la majorité qui commande en Pays constitutionnel et qui commanderait ici sans beaucoup de ménagement, surtout après les regrettables excitations de ces dernières années ; ou à nous défendre par les armes, à la guerre civile.
Aucune de ces Perspectives n'a rien de bie avantageux. (1)
nous reste, il est vrai, la perspective de 1 laquelle nous Pousseraient d'ailleurs les luttes politiques où militaires qui suivraient probablement notre indépendance. Quelques-uns estiment même qu'il ne vaudrait pas la peine de songer à une indépendance aléatoire et pleine de périls, et qu'il vaut mieux, sans s'arrêter à cette possibilité, songer directement à l'annexion.
C'est une autre Perspective que nous aurons à ex
Ter juillet 1916.)
tt A
n attirant, rien de réellement
‘annexion aux Etats-Unis, à
aminer, (La Presse,
LU CN ue
Où allons-nous ? A l'annexion ?
AM ET ere es
Si l'indépendance du Canada, considérée
dien-français, ne paraît pas être une solution facile ni désirable du problème
compliqué de nos destinées, que faut-il penser de l'annexion aux Etats-Unis, dont l'indépendance pourrait bien n'être que le prélude ?
Surtout au point de vue cana-
(1) Depuis que ce chapitre a été écrit, M. Bourassa a de nouveau manifesté clairement l'objectif bien déterminé de son mouvement nationaliste, qu'il avait déjà bien nette-
ment indiqué dans sa brochure ‘ Hier, Aujourd’hui, Demain MC'eet l'indépendance du Canada.
i , ni en Angleterre ni dans les possessions anglaises.
Bien entendu quand M. Bourassa découvre un anglais qui pense un peu comme lui ou dont il peut tirer à lui les réflexions et les pensées, cet anglai
: ais devient, par le fait même, un des plus autorisés représentants de tous Îes gens qui pensent en Angleterre, Un M.
: { contrôle démocratique Fe a été ainsi un jour proclamé la ffrsonnification de la plus haute i
; ntellectualité britannique, Voir à ce sujet appendice ÏI.
L'annexion possible est une bonne chose: elle rend plus sages les Anglais, qui seraient exposés À abuser de leur puissance, et les Canadiens que tenterait le goût des aventures politiques. Cette possibilité nous a déjà rendu de bons services ; elle nous en rendra probablement encore.
Mais l'annexion n'est utile qu'à la condition de rester toujours possible, et, par conséquent, de ne jamais devenir réelle. Elle est utile comme une menace ; elle serait désastreuse, pour nous surtout, comme un châtiment.
Il paraît que quelques hommes politiques canadiens de langue anglaise, et même quelques-uns de langue française—ce qui serait beaucoup moins excusable—se sont laissé prendre un peu, autrefois et même naguère, au mirage de la prospérité matérielle de nos voisins. Par exemple lors de l'envoi des troupes canadiennes contre les Boers, et, peut-être plus récemment, quelques esprits, plus passionnés que pondérés, ont prétendu, paraît-il, qu'autant vaudrait s'annexer aux Etats-Unis que de prendre part aux querelles européennes. Comme si les Etats-Unis étaient garantis de ne pas être eux-mêmes entraînés dans ces querelles ! Comme si ces questions pouvaient ainsi se solutionner au gré fantaisiste de quelques esprits aventureux !
Nonobstant ces velléités ou ces lubies annexionistes, la grande majorité de nos hommes politiques, de nos dirigeants, de notre peuple n'envisage pas l'annexion comme désirable,
Les Canadiens de langue anglaise, même si leurs sentiments de loyal attachement à leur vieille mère patrie {taient exposés à fléchir sous les considérations d'un patriotisme plus étroit et plus égoïstement canadien, savent que l'union avec l'Angleterre nous garantit autant d'avantages et de sécurité que la fusion dans le grand tout américain.
Les Canadiens de langue française et de religion catholique, et c'est à leur point de vue que nous nous plaçons particulièrement ici, comme dans nos précédentes communications, ont autant et plus encore de raisons que les Canadiens-anglais de redouter l'annexion et de rester unis à l'Angleterre. Nous aurions, en effet, à y perdre beaucoup plus qu'eux.
Sans doute, ils y perdraient leur qualité de sujets.britanniques et ils seraient jetés dans un grand tout fort composite, où tiennent une bonne place des éléments assez hostiles À l'Angleterre, mais ni leur langue, ni leur foi religieuse ne seraient mises en péril ni même en question.
Pour nous, l'annexion serait comme l’enfouissement de presque tout ce que nous avons chéri et défendu, depuis notre séparation d'avec la France.
Ce scrait d’abord la disparition du Canada de la carte politique du monde. Partie de l'Empire britannique, comm Dominion Presque complètement autonome dans notre politique intérieure et dans notre vie économique, nous
La religion catholique deviendrait chez nous ce qu'elle est aux Etats- Unis. Elle perdrait tous les droits et privilèges qu'elle possède ici, pour passer au régime du droit commun. Ses adhérents, qui forment un tiers au moins de la population canadienne, formeraient, après l'annexion, un peu plus d’un sixième et moins d’un cinquième de toute la population américaine.
ti
La langue française ne serait sans doute pas persécutée : elle n'existerait plus légalement nulle part. Elle n'aurait plus aucun droit, ni au parlement, pas même au parlement de l'Etat où notre province serait englobée,—ni à l'école, ni devant les tribunaux. L'école officielle, très coûteuse Pour tous les contribuables, serait, on peut en être sûr, neutre de religion et anglaise de langue. 11 nous faudrait payer Partout doubles taxes, pour soutenir un double régime scolaire et faire enseigner, dans les écoles paroissiales, la religion et la langue française.
Sûrs de notre avenir dans le Canada et y servant d'appui aux groupes qui se sont détachés ou plutôt éloignés de nous, nous serions noyés par l'annexion, nous et ceux que nous aidons à surnager, Malgré leur loyal attachement à leur pays d'adoption, dont la plupart sont satisfaits, nos frères des Etats-Unis déploreraient la fusion ou la disparition de l'entité
Canadienne dans le grand mélange américain.
Nous nous plaignons, et avec raison, de l'invasion du Canada par les idées, les mœurs, la mentalité des Etats-Unis ; l'annexion nous submergerait sous les flots débordant en toute liberté de cette invasion, Nos mœurs, notre mentalité, notre langue, notre religion s'y perdraient peu à peu. L'annexion ne serait pas seulement la fin du Canada politique et ethnique : elle forcerait l'âme canadienne à disparaitre fatalement dans un temps relativement court. Plus lentement, mais aussi sûrement que la Louisiane, le Canada verrait s'effacer ses traits Particuliers, son caractère propre. Ce ne serait pas seulement la fin du Canada, ce serait la fin de l'âme canadienne.
Ne nous faisons pas d'illusions sur ce point : nous n'entrerons dans l'Union américaine qu'à la condition, acceptée sans conditions, de devenir complètement Américains, de renoncer à toute mentalité Canadienne, à tout particularisme Canadien, non moins qu'à toute allégeance britannique.
Au point de vue canadien-français, l'annexion nous semble la plus dangereuse des solutions qui puisse être apportée au grave problème de nos destinées. D'autres redoutent davantage le péril impérialiste. Nous verrons ce qu'il en faut penser. (La Presse, 8 juillet 1916).
MT
MEUUUUIEHAENEEEE TE
Hunt HT HTTHI 1} qu ERA LL TE TT TETE
… Où allons-nous ? A l'impérialisme ?
sil a Tr anne
HU
Pour échapper au péril de l'annexion, que nous considérons comme le plus dangereux Pour nos destinées, faut-il nous résigner à tomber fatalement dans l’impérialisme ?
Nous ne le Croyons pas.
Entre ces deux périls, il y a un terrain politique encore asse
sûr ; celui sur lequel nous sommes maintenant.
Il'est vrai que quelques hommes politiques canadiens, d'accord avec certains hommes politiques anglais, semblent projeter une entente et une union plus étroite entre le Dominion et la métropole, pour ce qui concerne
z solide et assez
ts
la défense des possessions britanniques et méme leurs intérêts économiques, Les ambitions démesurées et la redoutable puissance militaire de l'Allemagne, qui en veut terriblement à la puissance et à la prospérité de l'Angleterre, leur persuadent que l'Angleterre doit coordonner mieux, pour les renforcer, ses moyens de défense, Leurs vucs sont secondées, sans enthousiasme mais avec un entêtement étonnant, par certains défenseurs de l'autonomie Canadienne, qui ne peuvent concevoir que nous coopérions librement avec l'Angleterre, pour défendre notre sort et le sien, sans avoir voix aux conseils de l'empire, sans entrer plus intimement et plus étroitement dans les rouages de ce même Empire, Et c'est ainsi, soit dit en Passant, que, chez nous, comme en Allemagne et ailleurs, un nationaliste exagéré conduit à l'impérialisme,
Malgré cet aboutissement de deux tendances, pourtant divergentes dans leurs principes, à un même résultat impérialiste, nous ne croyons pas que notre peuple ni nos hommes politiques, dans leur ensemble, veuillent favoriser un mouvement impérialisant, un mouvement qui tendrait partie de notre initiative, de notre liberté, de notre mêler davantage aux affaires de l'Empire,
Notre constitution actuelle, telle que comprise par nos deux partis politiques, nous permet de remplir librement nos devoirs envers nous-mêmes et envers la métropole, en mesurant ous-même l'effort que nous voulons faire.
Nous sommes satisfaits de Li présente situation.
à aliéner une autonomie, pour nous
Vouloir prendre part à tous les conseils de l'Empire serait nous engager, Par notre représentation à ces conseils, dans toutes ses entreprises. Nos représentant. parleraient, à Londres, en notre nom et nous engageraient peut-être plus avant que nous ne pourrions où voudrions aller, Ce serait risquer beaucoup et même op, pour obtenir une parcelle où un semblant d'influence,
Ceux-là en pourront gémir, tout à leur dans l'impérialisme que de nous voir prendre part à des entreprises sur lesquelles on ne nous aurait pas consultés, où qui escoMpPtent au profit de leurs projets séparatistes les difficultés de l'établissement et du fonctionnement de la représentation réclamée par eux. Notre peuple et nos hommes politiques ne partagent ni les craintes ni les espérances de nos nationalistes impérialisants.
aise, qui aiment micux nous lancer
Si cette dernière alliance de mots semble jurer aux orcilles de plus habitués à s'arrêter aux mots qu'à considérer la nature ceux-ci veuillent bien observer ja parenté qi existe entre le nationalisme et l'impérialisme, parenté déjà constatée par un observateur aussi attentit que Bourget et par un théoricien aussi fort que le Jésuite belge Castelein.
Le premier, parlant de l'Allemagne, de la Russie, de l'Angleterre et des Etats-Unis, écrit avec vérité : « L'impérialisme mène ces quatre pays, c’est-à-dire un nationalisme intransigeant.”
Le second écrit dans son “Droit Naturel” : “Une autre erreur contraire au droit international est l’excès du nationalisme, qui produit les rêves de la mégalomanie, de l’impérialisme, nommé aussi jingoïsme, et n'a rien de commun avec le patriotisme sainement entendu”.
quelques-uns des choses, que
Chacun sait, comme nous l'insinuions plus haut, et M. Jean Pélissier le constate, d’4âprès des témoignages allemands, dans son livre intéressant, l'Europe sous la menace allemande”, que l'impérialisme de l'Allemagne,
no
ques, lematerre, )rcer, asme omie avec iscils ouaous, npé-
dans que Aavoune ous
0li- ‘set ire,
ver, \os ent rait ant
cer lesde nenes tes
fruit naturel du principe des nationalités, est identique à son nationalisme, L'un et l'autre sont les frères siamois de l'orgucil m mstrueux de l'Allemagne,
Ce n'est donc pas à nos hommes politiques, qui s'efforcent de maintenir nos relations actuelles avec l'Angleterre sans en resserrer les liens, qu'il faut adresser l'épithète d'impérialistes, dont on à fait un épouvantail et dont on abuse un peu trop, sans en préciser le sens.
y a en effet diverses espèces d'impérialisme, si l'on renferme dans ce mot tout système politique s'adaptant à la vie et à l'organisation d'un empire. Pour ceux qui mettent sur un même pied de malfaisance l'impérialisme germanique et l'impérialisme britannique, dont M. Lucien Roure, rédacteur aux “Etudes,” à bien montré la différnce au point de vue des principes d'une saine civilisation, le pape Léon :, qui constitua Charlemagne empereur chrétien d'Occident dans Saint serre de Rome, fut sans doute un impérialiste néfaste, comme aussi tous ses SUCC"SSeUrS, jusqu'à Pie VIT inclusivement, qui contribuérent à établir et à maintenir des eme pereurs.
Pour ceux qui savent juger de ces questions, non d'après les mots, mais d'après les principes du droit et de la justice, l'impéralisme a des aspects divers chez les divers peuples, selon le but qu'il poursuit, selon les moyens dont il use, selon les doctrines dont il s'inspire.
Ce n'est pas être impérialiste ni pousser à l'impérialisme que de reconnaître l'existence de l'Empire britannique, dont le Canada fait partie, que d'admettre que nous avons des obligations envers la métropole britannique, que de contribuer à la défense de cet Empire, attaqué par un ennemi qui menace son existence et la nôtre. Nous nous défendons nous-mêmes en le défendant.
Ce serait être impérialiste, dans un sens peut-être acceptable, selon ce que l'on demanderait, que de réclamer une coopération plus étroite de notre gouvernement avec le gouvernement de la métropole, ou encore d'accepter une extension de l'action de cette métropole dans le domaine de notre administration interne, Cette extension serait d'ailleurs la conséquence naturelle de notre participation aux décisions du gouvernement impérial.
Mais le mieux et le plus sûr est de conserver et de défendre notre présent status constitutionnel, sans nous laisser pousser, de quelque côté que vienne l'impulsion, à l'impérialisme véritable : de remplir nos devoirs et de défendre nos intérêts, sans nous laisser effrayer par le spectre trop agité d'un impérialisme qui n'a rien de réel, et qui n'est que l'épouvantail d'un nom employé abusivement. Laissons passer les mots sonores : attachons-nous aux saines réalités d’une sage politique, basée sur le droit et la justice. (1)
P.S.—Un correspondant du “Devoir” avait demandé au directeur de ce Journal de commenter notre prem'er article, dont les prémisses lui ont paru assez Justes,
(1) M. Bourassa a-t-il jamais défini ce qu'il entend par l'impérialisme ? Nous n'avons pas souvenance d'avoir trouvé cette précision, pourtant bien nécessaire, dans ses écrits. Îl traite d'impérialistes tous ceux qui ne pensent pas comme lui, tous ceux qui ne sont pas prêts à s'enrôler dans sa £uerre, sous le drapeau du Canada indépendant et complètement séparé de l'Angleterre.
Par ailleurs, en attendant l'indépendance et même pour la préparer, M. Bourassa est disposé à nous lancer dans une fédération ou association impériale qu'il désire
comme devant être l’ “ agent le plus puissant de la dissolution de ce trust monstrueux qui s'appelle l'Empire britannique. ’’ Voir appendice HI.
M. Bourassa a répondu qu'il “ne croit pas devoir accorder d'attention à cet article de la “Presse”, évidemment de source conservatrice”. C'est une raison qui n'en est pas une.
q P Si ce correspondant du “Devoir” a été Surpris de voir son grand homme se dérober aussi prestement devant sa demande, il ne connaissait pas en-
qui l'obligerait à préciser ses idées et ses insinuations, et qui risquerait, en dégonflant un peu son éloquence ronflante et passionnée, de mettre à nu la
M. Bourassa dédaigne la discussion, et il a raison. Il compte sur la foi inébranlable et absolue qu'il a en lui-même, et qu'il fait partager à ses disciples. Comme le Maître ne discute pas, personne n'ose discuter le Maître.
(La Presse, 15 juillet 191 6).
Où allons-nous? Et la Conféderation ?
Quelques jeunes gens de chez nous, animés d'une belle ardeur combative et grisés d’une rhétorique retentissante, se laissent parfois emporter jusqu’à proférer cette menace, dont ils Sont excusables, eux, dé ne pas calculer toute la portée : Nous briserons la Confédération, devenue un pacte d’ignominie.
gratuitement, des munitions à nos ennemis, par pure bravade, fussent amenés à regarder un peu attentivement les faits et les conditions qui nous en-
“Nous briserons la Confédération’ —C'est bientôt dit, jeunes gens, mais si vous n'avez pas le pouvoir de faire ce dont vous menacez nos adversaires, ceux-ci se moqueront de votre menace et n'y verront qu'un bon prétexte à soulever l'opinion et à multiplier les attaques contre toute notre race. Ce n’est pourtant pas là ce que vous voulez, et vous estimez, sans doute, que nous sommes déjà suffisamment attaqués et spoliés.
— Mais nous ferons ce que nous disons. Nous en avons le pouvoir. Nous sommes le peuple, maître de ses destinées et du Pays qui est le sien. C'est à nous qu'il appartient de décider de notre sort, en ne reconnaissant d'autre loi que notre intérêt.
—On vous l'a dit, jeunes gens, on vous l’a répété à satiété, mais vous avez eu tort tout de même de le croire, en prenant cette rhétorique pour de la philosophie ou du droit.
Eussiez-vous la force, et vous ne l'avez Pas et vous ne l'aurez probablement jamais, vous n'avez pas le droit de briser la Confédération. Vous n'avez pas même le droit de la modifier. Ce n'est pas vous, ce n’est pas même tout le peuple du Canada, qui a pourtant été consulté, qui avez fait
si
on à
ime ension en 1 la
foi
distre.
IE
la Confédération ; c'est un acte du Parlement britannique sanctionné par la grande reine Victoria.
C'est à cette autorité, qui a fait la loi, et à elle seule, qu'il appartient de l’abroger ou de la modifier.
Sans doute, cette abrogation ou cette modification de l'acte fédératif peuvent être faites sur votre demande, et l'on doit croire qu'elles ne le seront que d’un commun accord entre le peuple consulté et l'autorité qui commande, si elles doivent l'être ; mais il ne faut pas oublier cette vérité élémentaire que nous sommes toujours, selon qu’on l'enseigne dans les écoles primaires, une colonie britannique.
Nous sommes maîtres de nos destinées, comme un jeune homme de vingt ans est maître de son avenir. Il est maître de bien travailler, de bien se conduire, de respecter ses obligations, d'assurer ainsi son bonheur présent et futur. Il n’est pas maître de se soustraire À l'autorité qui lui commande, il n'est pas maître de disposer de son héritage avant de le recevoir, il n’est pas maître de désobéir aux lois portées par l'autorité légitime à laquelle il est et doit rester soumis. Ce jeune homme peut, il est vrai, s'émanciper par la révolte, c’est-à-dire qu'il peut se faire déshériter et briser son avenir. C'est ainsi qu'il peut décider de son sort et le sacrifier inutilement, bêtement, en ne reconnaissant d'autre loi que son intérêt ou ce qu'il prend pour son intérêt.
Jeunes gens, défiez-vous des aphorismes trop absolus des agitateurs populaires, dont les études sont restées trop élémentaires. Ne parlez pas de briser la Confédération ; c'est une menace ridicule.
Fussiez-vous sérieux et décidés à tout tenter pou. exécuter votre menace, vous n'êtes qu'une infime et presque imperceptible minorité parmi les Canadiens-français, qui sont eux-mêmes une minorité dans le peuple canadien, qui n'aurait pas lui-même le droit ni la force de briser la Confédération, qui ne peut être modifiée ou abrogée que par l'autorité souveraine britannique. Jugez un peu, par cette dégringolade de propositions relatives, du ridicule absolu et dangereux de votre prétention à briser la Confédération.
D'ailleurs, à qui profiterait bien ce renversement de la Confédération, en supposant que vous pourriez la renverser, avec l’aide provocatrice des fanatiques orangistes et autres sectaires ennemis de nos droits et de notre liberté ? Vous figurez-vous que la politique d'égoisme national—encore un mot faux et malfaisant que vous adoptez de confiance, sans en mesurer la portée—qu'adopterait notre province en demandant l’abrogation de la Confédération, profiterait à la race canadienne-française et même à notre province ?
Que deviendraient, au lendemain de l'abrogation de la Confédération, les minotités de langue française et de religion catholique qui habitent les provinces de l'Ouest, l'Ontario aujourd’hui persécuteur et les provinces maritimes ? De quels secours leur serions-nous, de quels secours nous seraient-elles ?
Elles seraient abandonnées au gré des majorités, dont elles ont déjà assez à se plaindre en beaucoup de provinces.
Et notre province elle-même, que deviendrait-elle ? Quel status la régirait ? Elle deviendrait tout probablement, avec quelques ménagements
imposés par le parlement britannique, ce que la majorité du Canada désirerait.
Elle-même n'aurait rien à gag espoir de secours aux minorité notre influence.
ner au changement et elle ferait perdre tout S, Qui comptent encore sur notre appui et
modifiée ou abrogée,
] au point de vue des rivalités de races et des conflits politico-religieux qui troublent et menacent la
n notre faveur qu'au cas lutôt favoriser notre éléa et de l”’Frapire britannicette réalité, il faudra que dont trop de patriotes nationaeusement, de l'Angleterre et des
où l'Angleterre verrait clairement qu'elle doit p ment et s'appuyer sur lui, pour le bien du Canad que: Mais pour que l'Angleterre puisse voir nous changions un peu la manière actuelle listes se font voir et nous font voir, malheur Anglais.
Nous aurons tout prochainement à parler, au cours ves considérations sur le problème de nos destinées diverses écoles politiques ; l'école libérale, l'école conservatrice, l'école nationaliste, la moins considérable pour aujourd'hui, mais la plus mena- Sante pour demain, parce que la plus provocatrice et | i
isons sans plus tarder que c’est parmi les chevau-lé école, encore très indisciplinée, que ment à certaines déclarations du maître, mais conformément aux Passions et aux principes subversifs qu'il insuffle à ses cadets, ceux qui menacent
iOn canadienne.
pratique.
Conservons donc la Confédération, et si des fanati dignes des traditions du bon sens anglai
, de notre côté, pour la conserver, avec le bon droit, la sage pondération des paroles et des actes
s, ne prenons pas un fol plaisir à multiplier contre nous les préjugés et les
ennemis : ils sont déjà assez nombreux. Sachons regarder devant nous et autour de nous, ne : OnS nous taire pour mieux agir. La prudence et la modération ne nuisent pas à l'énergie. Elles la guident et l’entretien-
nent, pour la rendre plus efficace. (La Presse, 22 juillet 1 916)
(il a EH]