‹ Où allons-nous?Chapitre 10 sur 36 · PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL

Il appartient à ceux qui, après avoir passé de longues années dans l'industrie, en ont quitté le harnais, de répandre autour d'eux, sans passion et sans préjugés, les conseils de leur vieille expérience.

Après les bouleversements qui s'accomplissent, les temps que nous allons vivre seront si changés et si durs, que bien peu d'hommes sont à même d'en prévoir et encore moins d'en débrouiller les difficultés inconnues.

Un certain nombre de principes peuvent cependant être dès à présent formulés.

Le premier de tous est la nécessité de produire

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beaucoup, afin de répartir, sur une masse de plus en plus grande de marchandises, l'énormité des dettes que l'Etat aura contractées et dont il demandera au pays de le rembourser par de lourdes annuités, autrement dit par des impôts écrasants.

Tout peuple, comme tout exploitant qui se trouve obéré de frais généraux incompressibles, n'a qu'un seul moyen de s'en tirer : augmenter sa production.

D'autre part, la lutte entre nations, ayant cessé sur les champs de bataille, reprendra sur le terrain économique; on ne se battra plus à coups de canon, mais à coups de denrées importées ou exportées de pays à pays. Qui les produira à bon marché sera le vainqueur, qui les produira chèrement sera le vaincu de demain. Car, il serait enfantin et téméraire de compter pour s'abriter sur le couvert aléatoire des alliances éconouiiques.

Il importe que tous, patrons comme salariés, comprennent ces inexorables nécessités.

Une certaine école professe que l'intérêt de chaque classe est de se maintenir à l'état d'hostilité permanente contre l'autre.

Qu'on veuille bien m'accorder que je n'apporte, dans le présent exposé, aucune espèce de sentiment.

S'il était démontré qu'il est de l'intérêt des employés de lutter systématiquement contre les employeurs, je n'entreprendrais certainement pas de leur prêcher de se mettre d'accord.

Mais je prie les plus inféodés à ces théories de suivre, avec une attention lucide et non avec une passion aveugle, mon raisonnement qui leur démontrera tout le contraire.

Donc, cette école impose au travailleur de pro-

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duire le moins possible, tout en exigeant par tous les moyens un salaire maximum. Personne ne contestera que la conséquence de ce système sera une augmentation correspondante des prix de revient. •

Dès lors, on arrivera à l'un ou à l'autre des deux résultats suivants :

Ou bien l'employeur, Lalonné par la concurrence, ne pourra pas maintenir son exploitation et fermera boutique. Tout son personnel sera sur le pavé. Les produits étrangers deviendront maîtres du marché.

Ou bien cet employeur — supposons-le protégé par de forts droits de douane — augmentera ses prix de vente, pour le plus grand désavantage des consommateurs. Et si le système de la productivité réduite se généralise, les objets nécessaires à la vie monteront tous à des taux si élevés pour tout i3 monde, que les salaires, si hauts qu'ils soient, seront un avantage absolument illusoire.

Qu'est-ce, en effet, qu'un gros salaire? C'est celui qui permet à l'ouvrier de se procurer, et au delà, tous les objets nécessaires à sa nourriture, à son logement, à son vêtement et à l'entretien de sa famille. Si ces éléments deviennent hors de. prix, le gros salaire ne sera ni plus ni moins qu'un salaire de famine.

Augmentons-le à nouveau : les denrées renchériront parallèlement et nous tournerons dans un cercle vicieux.

On admet généralement aujourd'hui, et avec raison, qu'il est équitable, qu'il est nécessaire que le travailleur touche un salaire minimum, c'est-à-dire une^ rémunération qui lui permette de vivre sainement, lui et sa famille. Malheureusement ce salaire

minimum restera toujours impossible à fixer, puisque la puissance d'achat d'une somme d'argent fixe varie sans cesse — et variera plus dans l'avenir que dans le passé — suivant le prix des denrées.

Je n'hésite pas à déclarer qu'il faut que le salaire minimum soit élevé, afin de pouvoir se maintenir au-dessus des aléas de ces fluctuations. Mais il importe que le monde du travail se rende nettement compte que ces fluctuations dépendent, en grande partie, de lui-même, c'est-à-dire du rendement de son labeur.

Assurément, la qualité de l'outillage que le patronat met à sa disposition influe sur les prix de revient et l'intérêt bien compris de l'ouvrier serait d'exiger toujours de son patron les meilleurs outils connus, afin de toujours produire le maximum. Rien ne serait plus légitime ni plus avantageux pour un personnel d'usine, que de se mettre en grève jusqu'à ce que l'exploitant ait amélioré son matériel.

Mais il faut en même temps que l'ouvrier mette tout son cœur à l'ouvrage et qu'il fasse donner à l'outillage tout ce qu'il peut rendre. Par là, les produits fabriqués dans le pays seront à bon compte et la classe laborieuse pourra vivre largement, surtout si la création de coopératives ouvrières la met à l'abri de la spéculation.

Je n'ignore pas que ces idées n'ont pas cours parmi nous, parce que nous sommes un peuple très en retard au point de vue social. Ce retard est dû principalement à ce fait que des personnalités intéressées cherchent constamment à fausser le jugement des travailleurs et à détourner de leur vue leurs véritables intérêts. Leur mobile est de maintenir leurs

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adeptes dans un état permanent de mécontentement et d'hostilité vis-à-vis des employeurs. La conservation de leur prestige et de leurs grasses prébendes est à ce prix.

Les pays comme TAmérique, où ces questions ont été étudiées de près, ont une mentalité toute différente. Là-bas, rouvrier est tout aussi ardent que chez nous à se faire largement payer; mais il estime que le patron doit être riche pour que l'ouvrier puisse gagner de gros salaires, que pour que le patron s'enrichisse il est nécessaire qu'il possède un outillage parfait et que l'ouvrier devra fournir un travail intense.

Le résultat est que dans aucun pays au monde l'industrie n'est aussi prospère, les industriels aussi opulents et les ouvriers dotés de salaires et de primes aussi rémunérateurs.

Tout le secret de ce bon marché réside dans des

agencements d'ateliers merveilleusement conçus, dans

un matériel d'une incomparable perfection et dans

un rendement de main-d'œuvre que chaque ouvrier ^) *^)

s'efforce, par intérêt, de porter au maximum. ^ ^ " • • • ^

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