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L'USINE ORGANISÉE

Dans l'œuvre que vont poursuivre les fondateurs de la Socicfé de C/timie industrielle il ne fnil aucun doute que la partie scienliflque et la partie technique ne soient magistralement traitées. Les hommes éminents qui ont assumé cette tâche la rempliront au mieux des intérêts futurs de Tindustrie française. Mais il faut souhaiter que le domaine de l'organisation matérielle des usines et de l'administration des affaires soit ici cultivé avec le même soin, avec une égale compétence. Car l'utilité d'une installation et d'une exploitation sans reproches est aussi impérieuse que celle de la connaissance approfondie de la profession.

Je voudrais en' énumérer sommairement les principes.

CHOIX DE A celui qui a en main les res-

L'EMPLACEMENT. sources néccssaircs pour la création d'un établissement de produits déterminés — chimiques ou autres — le premier sujet d'étude qui s'impose est le choix de son emplacement. Tout le monde est d'accord qu'il doit être dicté par la facilité des approvisionnements et des dé-

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boiiphf^s, la proximité des communications, Tabon dance de la main-d'œuvre, la valeur du terrain, l'absence de concurrents dangereux déjà existants.

Mais il est fréquent que l'on n'apprécie pas à leur juste valeur respective chacun de ces éléments. On a volontiers tendance à sacrifier les avantages futurs aux économies immédiates. Bien souvent un industriel est tenté par le bon marché d'un emplacement alors qu'un terrain plus cher serait mieux desservi. Il est cependant rare que quelques francs d'économie par mètre carré puissent être mis en parallèle avec les avantages que présente une usine pourvue de bons moyens de communications; considération évidente surtout quand on agit sur des matières premières d'un faible prix sous un fort tonnage; ce qui est le cas netamment de toute la grande industrie chimique.

LA GRANDE C'est pouF ccttc raison que, dans INDUSTRIE, toute l'Europe, la grande industrie chimique a été amenée, depuis cinquante ans, à placer ses établissements nouveaux auprès des voies navigables : en Allemagne, sur des cours d'eau tels que le Rhin (Badische Anilin, F. Bayer, Albert et Gie, etc.), le Mein (Casella, Meister Lucius et Brunîg, Grisheim Electron), sur la Sprée (Actien Gesellschaft fur Anilin Fabrikation), sur le canal de Kiel (Fabrique de Rendsburg) ; en Belgique, sur les nombreux canaux, et sur la Sambre ou à l'estuaire de TEscaut, la plupart des verreries et soudières; en France, dans les ports ou sur les rivages maritimes d'un accès facile.

Cette tendance ira dans l'avenir en s'accentuant.

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LES PRODUCTIONS Les fabriques de produits déri- DÊRivÉEs. vés sont nécessairement, sauf

si elles exploitent des produits récoltés dans le sol ou le sous-sol, attirées dans Torbite des établissements de la grande industrie, leurs fournisseurs. Dans leur cas surtout, aucune considération de prix du terrain ou de convenance personnelle ne saurait prévaloir contre cet avantage.

Il n'est peut-être pas superflu d'ajouter que la question des convenances personnelles ne jouera aucun rôle dans le choix d'un emplacement; maintes usines ont été naguère édifiées par leurs exploitants sur tels terrains parce qu'ils en étaient propriétaires, ou dans telle localité parce qu'il leur plaisait de l'habiter. C'est le cas de répéter ici la formule américaine : « Quand vous fondez une industrie, placezvous toujours dans les conditions optima, car, si vous ne vous y mettez pas, un autre s'y mettra et alors vous êtes perdu. »

Une tendance très française est de se laisser entraîner à fonder un établissement là où une maison similaire a réussi. A moins que la première usine ne soit notoirement mal installée ou incapable de suffire aux demandes de la consommation, ce principe est déraisonnable, car il ne peut conduire qu'à des concurrences passionnées qui privent de bénéfice aussi bien le premier exploitant que le nouveau venu.

Quiconque prendra la peine d'examiner, à la lueur de ces notions, les usines anciennes reconnaîtra que la plupart ne remplissent pas les conditions d'emplacement voulues et qu'elles se trouvent déjà, de ce seul fait, dangereusement handicapées. Et cet état d'infé-

riorîté est d'autant plus marqué qu'elles manufacturent des produits d'un plus lourd tonnage et d'une plus modique valeur.

IMPORTANCE' Tout le mondc se rend compte que DE UN • Pavenir est aux vastes établissements; non seulement parce que les frais généraux y sont proportionnellement moindres, mais encore parce que seuls ils permettent la division logique du travail industriel et surtout le développement des recherches de laboratoire capables de donner naissance à des techniques perfectionnées et à des productions nouvelles.

Ici se pose une question capitale. Une société industrielle doit-elle s'en tenir à fabriquer, en grand et suivant les meilleures méthodes, un petit nombre de substances, ou bien tendre à élaborer une quantité de produits variés?

Les Allemands ont admirablement réussi en adoptant ce dernier mode et les principes qui les ont guidés peuvent se résumer ainsi :

Rien n'est plus instable que la vogue d'une drogue chimique; et rien n'est plus changeant que ses procédés de préparation.

Combien citerait-on de produits, même parmi ^es plus classiques, qui s'obtiennent aujourd'hui par les mêmes procédés qu'il y a cinquante ans? Pour l'acide sulfurique les chambres de plomb sont battues en brèche par les catalyseurs; la soude Solvay a détrôné la vieille soude Leblanc; l'acide nitrique, né du salpêtre, est appelé à disparaître devant les produits nitrés extraits de l'air. D'une façon générale les composés synthétiques tendent à remplacer

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les produits d'extraction. Et les synthèses ellesmêmes sont réalisées par des moyens très divers. Nous ne sommes d'ailleurs qu'à l'aurore de ces méthodes nouvelles. Nous ignorons môme encore en France si une quantité de procédés inédits, imaginés par les Allemands sous l'empire de la nécessité due au blocus, ne feront pas irruption, après la guerre, dans l'industrie chimique des deux mondes.

El non seulement des procédés inédits, mais aussi des produits nouveaux. Depuis que l'empirisme absolu a été chassé du domaine de la chimie par les expériences et les pesées de Lavoisier, aucune science ne s'est montrée aussi féconde en découvertes et en résultats pratiques.

Procédés et produits se sont diversifiés et multipliés à l'inflni.

Les Allemands admettent en principe qu'une fabrique d'où ne sortent que peu d'articles n'est point assurée de son avenir, chacun d'eux étant constamment exposé à se voir supplanté par d'autres ou fabriqué par des méthodes plus économiques.

Telle est la raison pour laquelle ils ont concentré l'industrie chimique dans de gigantesques usines fabriquant une multitude de produits, et armées, pour comble de prévoyance, d'un puissant arsenal de brevets toujours prêts à entrer dans la pratique.

La possession de nombreux brevets ou de riches gisements de matières premières est considérée en Allemagne comme la seule garantie d'une prospérité réelle.

Une documentation précise sur certaines forma-

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lions constituera certainement un des enseignements les plus profitables que nos chimistes pourront suivre dans les bulletins de la Société de Chimie industrielle,

OUTILLAGE, /étude de l'outillage ne sera pas moins indispensable. Dans les années qui ont précédé la guerre, il était fort difficile, et souvent impossible, de se procurer en France du matériel perfectionné pour l'industrie chimique. Les chefs de laboratoire le savent aussi bien que les directeurs de manufactures.

L'habitude était consacrée que les innovations en ce genre nous vinssent d'Allemagne, et beaucoup de constructeurs français, ayant abdiqué toute initiative, se contentaient d'être les représentants de firmes de constructions allemandes ou suisses.

Etant, admis ce principe qu'un bon outillage est la forme la plus précieuse du capital d'exploitation, la nécessité s'imposera à nos fabricants d'appareils de se documenter soigneusement et aussi de se spécialiser.

AMÉNAGEMENTS. A peu près toutes les usines présentent des aménagements défectueux, soit parce qu'elles n'étaient pas primitivement destinées au travail qu'on y exécute aujourd'hui, soit parce que les agrandissements éventuels n'ayant pas été prévus, des annexes successives, disposées au hasard des emplacements existants, ne laissent subsister aucune apparence d'un plan d'ensemble. Les manutentions y sont coûteuses, la surveillance difficile, l'encombrement inévitable. L'insuffisance de

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l'espace est Tobstacle le plus fréquent aux améliorations de l'industrie.

Dans la lutte économique, qui succédera à la guerre par les armes, de telles exploitations sont vouées à la défaite. D'abord parce que les frais de maind'œuvre entreront dans les prix de revient pour une part plus grande dans l'avenir que par le passé, ensuite parce que les évolutions accélérées de la technologie chimique ne peuvent s'y développer librement.

Toute exploitation qui s'installe doit adopter un plan d'ensemble extensible, donc disposer de terrains propices aux agrandissements futurs.

DISPOSITION La disposition des ateliers de- DEs ATELIERS, mande des études extrêmement serrées. En Amérique, cette étude est généralement confiée à des ingénieurs ou architectes experts dans l'industrie que l'on veut créer; aussi les dispositions des usines aux Etats-Unis sont-elles toujours impeccables. La richesse en appareils automatiques de manutentions, la construction,, l'éclairage, la ventilation des locaux, la progression méthodique des matériaux de fabrication, depuis leur mise en œuvre jusqu'à l'achèvement des produits, les appareils de contrôle, l'admirable utilisation de la main-d'œuvre toujours très largement rétribuée, en font des modèles que nous devons soigneusement étudier et suivre.

Si je n'étais résolu à laisser ici de côté la partie technique de l'industrie considérée, je dirais que les Allemands sont supérieurs aux Américains dans les applications de la science chimique, mais que ces derniers sont d'une incomparable maîtrise dans l'aménagement des manufactures.

GÉNÉRATEURS Un des éléments auxquels ils ap- ET MCTEUR3. portent les soins les plus constants est rinstallation des moteurs et générateurs de vapeur. D.iiis bien des .cas Ténergie est fournie par du courant électrique venant de l'extérieur, mais il n'existe guère d'industrie chimique qui puisse se passer de chaudières. La loi nouvelle est ia concentration des aftpareils en une centrale unitpie.

On (léiMiinlre (}iie les perles de va[)eur dans de longues tuyauteries bien isolées n'infirment pas les avantages que l'on retire d'une batterie unique de générateurs, pourvue de tous les perfectionnements d'épundion d'eau, de chargement automatique, de grilles mobiles, d'évacuation automatique des cendres, de contrôle des gaz et de tirage bien réglé, où il y a simultanément économie de combustible et de main-d'œuvre.

MODE DE La tendance la plus récente dans

CONSTRUCTION, les établissements perfectionnés est de les construire en hauteur au lieu de les étaler en surface. Assurément la. majorité des industries chimiques échappera toujours à cette loi; mais il importe d'indiquer sur quelles considérations elle s'appuie.

L'expérience a prouvé que, d'une part, les bâtiments à nombreux étages économisent beaucoup de terrain, et qu'en outre ils sont plus rapidement desservis par des ascenseurs et des rnonle-charges que les usines déveloxjpées en surface ne le sont par des wagonnets.

La direction, la surveillance et l'exploitation y sont plus aisées, et si les chances d'incendie total y sont

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accrues, les procédés automatiques de secours contre la propagation des sinistres annulent pour ainsi dire ce danger.

L'emploi grandissant des constructions en béton armé n'est pas un des moindres fadeurs qui concourent à l'adoption des bâtiments à multiples étages superposés.

Telles sont les principales considérations qui doivent présider à l'inslallation de toute entreprise industrielle. Un simple regard sur les établissements existants prouve qu'elles sont bien rarement observées.

LES SYNDICATS PATRONAUX

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