LA CHIMIE EN FRANCE
Un des effets de la guerre a été la découverte par l'Etat français de la chimie et des chimistes. Auparavant, on les connaissait si peu que le plus célèbre de nos professeurs de chimie (je ne le nommerai pas, pour ne pas faire de jaloux), ayant offert, lors de la mobilisation, ses services au gouvernement, on lui demanda très sérieusement de quels produits il était vendeur.
Une confirmation bien topique de cette ignorance est que jamais, jusqu'à ce jour, l'Etat n'a ouvert nulle part d'école de chimie. Les rares qui existent ont été fondées par des villes, des Chambres de commerce ou des groupements industriels. 11 ne faudrait pas remonter bien loin pour se rendre compte que, naguère, un homme ayant les connaissances requises pour se dire chimiste industriel s'était nécessairement formé tout seul.
Il résultait de cette pénurie que les usines qui avaient absolument besoin de chimistes les cherchaient principalement à l'étranger et que, dans la plupart des autres, où ils étaient utiles, on s'en passait.
Sauf la grande industrie chimique qui est aux mains de puissantes sociétés, qui ont remplacé généralement l'empirisme par la science, toutes les autres
branches de la chimie végétaient misérablement et peu à peu, année par année, se trouvaient annihilées ou absorbées par des firmes allemandes. Cette partie de la production était de beaucoup celle où nous étions le plus en retard. Et cependant il y a plus d'avenir pour l'industrie dans les découvertes de la chimie que dans les perfectionnements de la mécanique, car il est bien peu de fabrications qui n'aient pas comme base des phénomènes chimiques, telles la métallurgie, l'agronomie, la tannerie, la sucrerie, la gélatine, la brasserie, la fabrication des chaux et ciments, la savonnerie, etc., etc., dans lesquelles les maisons à grande envergure ont partout remplacé l'empirisme par la science.
La méconnaissance du rôle de la chimie apparut dans une triste lumière dès la déclaration de guerre. On la considérait alors comme inutile aux armées, où aucune place ne lui était réservée. Il devint banal de voir les chimistes mobilisés, affectés au balayage des ambulances ou des casernes. Puis, quand on reconnut qu'on avait besoin absolument de compétences techniques, on eut des sergents ou des simples soldats comme préposés à des fabrications de guerre où des ofhciers étaient employés, ce qui créa des anomalies d'attribution dont on eut tiré des vaudevilles dans une période moins tragique.
Lorsqu'on se fut convaincu qu'il fallait répondre aux inventions chimiques boches par des inventions chimiques françaises et qu'on s'aperçut que les spécialistes nous manquaient, il se trouva des personnages officiels, que dis-je, des ministres pour répondre naïvement : « Gomment peut-on se plaindre que
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les rhîmîstes font df^fnnt. alors qne nons nvons en Frnnce au moins vingt mille pharmaciens diplômés! »
Ainsi, ces dirigeants confondaient l'homme capahle de fahriqner des explosifs avec celui dont, la fonction est de remplir, conscîenciensement d'ail- IfCurs, des ordonnances mMicales; et je dois reconnaître qne dans lenrs nouvelles fonctions les pharmaciens ont fait pour le mieux.
De telles méprises et de telles lacunes n'étaient d'ailleurs pas spéciales à la France. Nos alliés en étaient au même point, et je croîs hien que ce furent les Anglais qui s'en aperçurent les premiers. Tous comprennent aujourd'hui qu'il faudra que l'indn?trîe, non moins que les administrations militaires, adoptent d'autres principes.
Dès 1916. le professeur Anderson, à Newca^HA. dans un congrus extrêmement nombreux, montrait la nécessité d'appliquer, sans aucun retard, la science chimique aux industries de guerre et de préparer d'urgence la même adaptation aux arts de la paix. Conséquemment, il s'est formé dans la Grande-Bretagne une association scientifique des fabricants de produits chimiques, dont les buts principaux sont : favoriser la coopération entre industriels et chimistes, informer les pouvoirs publics des desiderata et des intérêts des fabricants dans les questions se rattachant au domaine de la chimie, développer l'enseignement et l'organisation techniques, encourager les recherches et essais de science anpliquée, garder le contact avec les progrés de la chimie, facîlîtpr le développement des industries chimiques nouvelles et
iSS ou ALL0NS-N0TT8?
rextensîon de celles déjà existantes, enfin, encourager Tunion entre les écoles techniques et les firmes industrielles.
L'exemple de ce grand pays tout neuf, né d*hîer, qui s'appelle TAustralie, est plus suggestif encore; il vient de créer un institut industriel et chimique ayant pour mission de résoudre les mêmes problèmes et d'implanter en grand l'industrie chimique dans cette immense colonie anglo-saxonne.
Quant aux Etats-Unis, il faudrait un volume pour décrire les efforts et les institutions qu'ils mettent en action en ce moment pour développer les fabrications chimiques.
Grâce à l'initiative de quelques savants et surtout d'ingénieurs du Nord et de l'Alsace réfugiés à Paris, nous ne resterons point en retard sur cet universel mouvement de lutte contre l'hégémonie allemande. L'Association de chimie industrielle qu'ils ont fondée est certainement le groupement le plus utile à notre industrie de demain, qui se soit formé chez nous depuis la guerre. Sous l'impulsion d'un conseil d'administration à la tête duquel sont M. Paul Kestner, de Lille, et M. le professeur Haller, et dont la sélection est pour ainsi dire le livre d'or de l'industrie moderne et de la science de notre pays, et faisant appel à toutes les compétences et à tous les concours, elle s'est rapidement et largement installée. Professeurs, fabricants, chimistes, ingénieurs, constructeurs, métallurgistes, agronomes s'y sont donné rendez-vous et offrent ainsi un salutaire exemple d'union professionnelle pour les progrès et l'expansion de cette magnifique branche de la production contemporaine.
Outre les réunions, les congrès, les concours et les conférences, son principal moyen d'action sera une Revue à laquelle les organisateurs donneront une étendue et une documentation de tout premier ordre.
L'AZOTE. Qu\ pouvait deviner, lorsque le chimiste anglais Rullierford, en 1772, découvrait et isolait Vazote ou nifrogèney qui entre pour les quatre cinquièmes dans la composition de notre atmosphère, que ce gaz incolore, inodore, insipide et inerte, était le maître absolu du monde vivant?
. Car il est l'élément essentiel de toutes les matières alimentaires qui entretiennent ia vie, et la base fondamentale de tous les explosifs qui donnent la mort. Une substance n'est pleinement nutritive que si elle contient de l'azote organique, et il n'existe guère de produits explosifs qui ne doivent cette propriété à la présence du nître.
Trois sources d'azote subvenaient seules naguère aux besoins de la culture de l'alimentation et de l'industrie : les matières organiques, animales ou végétales, les sels ammoniacaux qui en sont une décomposition et les nitrates naturels ou salpêtres du Chili qui en fournissaient la plus grande partie.
La source illimitée d'azote gazeux qui flotte dans l'atmosphère n'était pas exploitée ou, plutôt, on ne savait pas l'exploiter. C'est ce qui faisait dire, dès le mois de janvier 1915, à un de nos savants, plus officiel que bien renseigné, que les Allemands, étant privés de nitrate, seraient en peu de temps réduits à notre merci. Affirmation qui était de nature à provoquer chez les chefs militaires une confiance dangereusement téméraire.
OV ALLONS-NOTTS?
Je mVfTnrcnî. h rpfte (^poffîie. pnr ton? les mnvpr»**. de df^fnlîre refte illnsînn. cnr fe snvnis cjne les Allemnnds nvni>Tvt depuis T*^^^ rf^snln. srAre nn prnrf^dé TTnher. In fixation, sons forme de nîtrnte, de Tn/o+f» ntmosnh^rKîiiP. T,a r>ni<:?nnîe sorif^tr^ de In Bnâhrhe Avilir) (^9 T,ndw'îcrshnrpn. sur îe T^hîn. en nvnît f^fé IMnitlifrî^e. nnr^s dp lon^ne^ et nntientps rpf^bprrhes.
A fTiiel nrîx ponvnit ]iii rpvpnir \n fnbrîrnîîon svnth^tirfne de res nitrnfp? ryiiî r hpsoîn d'une înterventîon abondante de flnide f^tertrirr^ie?
Nons ne îe savions qu'imparfaitement. Maîs nons avons annrîs denids, par les nnMi^'atîons allemandes, giTe, grAre h des perfectîonnempnts successifs. îe pHx de fabrication de ce produit, dont la mat^^re premîi^re est de valeur nulle, pnlsfyn'elle provient de Tafr, est tombf^ tr^s bas : ce q^^.\ devient excessivement s^rave. surtout pour Ta nr^ s -guerre.
Les loTirnanx allemands nrf^tendent ^^^^ re y)^\\ est de r?0 nfpnnîsrs le kilo d'azote f\\^. Bien entenîlu, nons n'avons aiicim moyen de îe vérifier, ni de le garantir.
Or, avant la prnerre, le Tcîlo d'azote nîtrîrfne du CbîM valait, rendn h Livemnol. è Tîambonrsf on à Diinkerrfne. environ 1 fr. 50. An.lonrd'bnî, par suite de la cbprt4 des frets, nons le payons pins de quatre francs. Et je dois ajonter qne nons avons monté, en qnclqnes points de la France, des fabriques d'explosifs par le procédé d'Hnber. mais sans être parvenus, à beaucoup prés, au prix avancé par nos ennemis. Si nous admettons qu'ils disent la vérité, les conséquences en seront incalculables. Car non seulement ils n'auront plus besoin de demander au Chili les 800.000 tonnes qui étaient nécessaires à leur indus-
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trie et surtout à leur agriculture, maïs encore ils deviendront, par suite de l'écart entre 1 fr. 50 et 30 pfennigs, les fournisseurs du monde entier, en nitrate artificiel.
La production chilienne était évaluée à 3 millions de tonnes, d^une valeur de 700 millions de francs environ. Un demi-millier de navires étaient affectés à leur transport. Le Chili sera privé de sa principale source de revenus.
Mais ce n'est là que le côté très secondaire de la question.
Dans la culture moderne intensive, le sol n'est que le support des récoltes; la matière première de ces récoltes, c'est l'engrais. Et, de tous les engrais, le plus onéreux était l'engrais azoté. Tandis que les éléments phosphatés et potassiques valaient à peine 40 centimes le kilo, il fallait payer, ai-Je dit, l'azote 1 fr. 50 au minimum. C'est à ce prix que les Allemands achetaient les tourteaux de graines oléagineuses de Marseille que nous avions la sottise de leur vendre et les sulfates d'ammoniaque de leurs distillations de houille.
La formule de l'agriculture scientifique allemande était : (( N'exporte pas ton azote, ne déboise pas tes forêts qui sont un réservoir très riche de terre azotée. » Leurs produits agricoles d'exportation étaient l'alcool, le sucre, la bière, etc., qui ne contiennent pas ou ne contiennent que très peu d'azote. Avec l'azote à 0 fr. 30, voire même, si l'on veut, à 0 fr. 50, cette formule aura vécu. Par contre, ils auront la faculté de doubler leurs rendements déjà si élevés en blé, en pommes de terre, en betteraves, en fourrages. Gonséquemment, ils produiront du bétail —
gui est, lui aussi, de la matière azotée — à très bon compte. Ils pourront non seulement nourrir aisément leur population, si dense qu'elle soit, mais exporter une masse énorme de denrées alimentaires.
Aucun des bouleversements économiques produits par la guerre n'atteindra en gravité de répercussion les effets de cette situation nouvelle.
Avons-nous un moyen de parer ce nouveau coup de massue de la science allemande? Assurément ouï.
J'ai dit que la synthèse du nitrate s'obtient par de l'énergie électrique. Les Allemands la réalisent surtout avec de la houille; nous pouvons, nous, la produire avec des chutes hydrauliques, c'est-à-dire moins cher encore. Quant aux perfectionnements du procédé Haber ou de tout autre, nous arriverons bien à les découvrir. Nous pourrons donc, aussi bien que les Allemands, fabriquer de l'azote nitrique à bon marché pour les terres françaises.
Mais là encore on se heurte à l'obstination du parti socialiste à faire refuser aux demandeurs les concessions de chutes d'eau, tout aussi bien que de charbonnages.
Quelles que soient les opinions et les préférences de nos compatriotes pour tel ou tel parti politique, la logique inexorable m'oblige à répéter que, si nous manquons de charbon, si un jour notre agriculture est ruinée par la concurrence, c'est à ces doctrinaires que nous le devrons. En toutes choses le programme de nos collectivistes semble avoir été dicté par les Allemands.
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Voilà les questions qui devraient nous obséder snns relâche en face de l'avenir et former Tobjet de nos lectures assiilues.
Ecrivains, philosophes, sociologues, courriéristes, académiciens, maîtres de la plume et virtuoses de la pensée, faisant relâche à vos hautes conceptions Imaginatives, parlez donc quelquefois de Tazote.
VIIÏ LES DOCUMENTS
L'homme, si instruit fût-il, qui, à Tépoque actuelle, aurait la fatuité de vouloir tirer de son propre fonds tout ce qui concerne sa profession pourrait être considéré comme un insensé, d'abord parce qu'il est impossible de tout apprendre, ensuite et surtout parce qu'une foule d'autres hommes travaillent de leur côté le même sujet, le fouillent, l'approfondissent et en font jaillir des nouveautés incessantes. Celui qui les ignore se met en état d'infériorité; c'est malheureusement le cas d'un très grand nombre.
Nous dévoras déclarer que généralement nos producteurs français s'enquièrent peu des travaux de leurs concurrents étrangers, et que comme ces derniers, notamment les Allemands, se livrent méthodiquement à un travail soutenu de recherches et de documentation, il arrive un moment où leur supériorité devient indiscutable et bientôt écrasante.
C'est le propre de l'empirisme et de la routine de considérer un mode de fabrication ou un produit comme déflnitifs, alors qu'une évolution ininterrompue est la loi qui la régit. Toute nation dont les producteurs ne sont pas convaincus de cette vérité est condamnée à se laisser dominer économiquement par l'étranger.
J'ai passé une longue période de ma carrière d'în-
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génieur à étudier au loin les procédés d'industries déterminées, et ce qui toujours m'a le plus étonné, ce sont moins les essais et les mises au point des procédés perfectionnés que j'y ai rencontrés, que l'ignorance et l'incrédulité où, de retour en France, je trouvais enracinés les exploitants des mêmes fabrications. Tels industriels considéraient comme des chimères, ou comme des essais à peine ébauchés, des appareils en marche courante depuis dix années à l'étranger; tels autres s'acharnaient péniblement à des problèmes depuis longtemps résolus en Allemagne. Enfin, le plus grand nombre ne faisaient ni recherches ni essais, se croyant parvenus à la connaissance terminale de leur profession. Aux uns comme aux autres manquait la documentation journalière qui leur eût ouvert les yeux.
Quand on a pour concurrents des producteurs d'une maîtrise aussi affirmée dans le domaine de la science appliquée, il est bien dangereux de ne point connaître les travaux auxquels ils la doivent.
Mais au travers de l'effrayante profusion d'écrits qui pullulent sur tous les sujets et dans des langues diverses, la documentation pratique apparaît comme une tablature singulièrement ardue. Gomment s'y reconnaître et trouver ce qui vous est utile dans ce déluge de livres et de périodiques de toutes sortes? Et si l'on en forme une bibliothèque qui ne tarde pas à devenir touffue, comment trouver à point nommé le renseignement précis dont on a besoin?
Ces questions ont donné naissance à des méthodes qui peuvent nous guider avec certitude et sans perte de temps. Je ne veux parler ici que de la documentation technique; la documentation commerciale se
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réclamant de moyens un peu différents. En attendant que nos écoles supérieures mettent ces principes dans leurs programmes d'enseignement, il importe aux intéressés de savoir comment ils doivent procéder.
On peut citer comme un modèle l'organisation que J'ai vue fonctionner dans la gigantesque fabrique de matières colorantes de F. Bayer, à Leverkusen, près de Cologne, où Ton voit une bibliothèque de 12.000 volumes techniques dans laquelle affluent 300 journaux et revues scientifiques de tous pays. Une salle de lecture lui est contiguë à l'usage des ingénieurs, chimistes et employés de rétablissement. Un comité permanent de bibliothécaires polyglottes dépouille toute cette littérature et avise par écrit, jour par jour, chaque service des livres ou articles qui peuvent l'intéresser (i).
Voilà pour les publications au fur et à mesure de leur arrivée. Mais en outre il est nécessaire à toute exploitation industrielle de quelque importance de posséder un service d'informations bibliographiques recueillies hors de l'établissement, attendu qu'une entreprise quelle que soit son ampleur ne saurait recevoir tout ce qui paraît sur les questions qui l'intéressent. La coimaissance de l'anglais et de l'allemand est indispensable pour ces recherches qui supposent d'autre part que le centre industriel et scientifique où l'on réside est pourvu de cette littérature.
A cet égard, il y a lieu de déplorer l'indigence et la dispersion des éléments d'investigations techni-
(1) L* Allemagne au Travail et lea Derniers Progrès de l* Allemagne.
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ques où Dous sommes réduits dans notre pays, mémo dans la capitale. Nos bibliothèques scientifiques sont insuffisamment dotées et nul ne sait si les documents qui manquent dans l'une se trouvent dans une autre. l)e là, des pertes de temps incalculables ou plutôt l'abandon de toutes recherches.
La question d'une organisation méthodique pour mettre à la disposition des travailleurs toutes les sources existantes d'informations dont ils peuvent avoir besoin a été résolue en Allemagne à l'aide de classifications laborieusement établies et publiées à Leipzig, et, aux Etats-Unis, grâce aux innombrables brochures documentaires éditées et gratuitement distribuées par le bureau officiel des renseignements techniques et scientifiques de Washington. La documentation que l'on peut ainsi se procurer en Amérique dépasse en précision et en universalité tout ce qui a été fait ailleurs et s'étend à toutes les branches de l'activité humaine.
En France, la récolte des sources de documents n'a guère été faite jusqu'ici que par des institutions privées, notamment par V Association pour l'Avancement des Sciences, la Société d'Encouragement à rindustrie, par la Documentation Scientifique Industrielle et Commerciale, fondée par M. Jules Garçon, qui publie une revue périodique Bulletin et Chronique documentaire, et encore par le Mois Scientifique et Industriel, créé par l'admirable organisateur qu'était l'ingénieur Paul Renaud, dont la mort, dans la fleur de son âge, doit être considérée comme une profonde perle pour notre pays.
Il serait assurément souhaitable qu'un de nos ministères se chargeât d'une création d'ensemble, em-
brassant la nomenclature de toutes les connaissances et de toutes publications qui y apportent leur contribution, autrement dit un office central de documentation. Mais il y aurait chimérique espoir à en prévoir la réalisation; notre système d'administration étant incompatible avec tout plan d'ensemble.
Les intéressés ne doivent donc compter que sur eux-mêmes pour combler cette lacune. Et alors, en admettant quïls se soient constitué un réservoir de documents sous la forme d'ouvrages, de catalogues, de coupures, de sommaires et indications abrégées, ou de simples titres d'ouvrages ou d'articles, il s'agit d'en établir et d'en tenir à jour le répertoire.
Ainsi le répertoire doit contenir nettement séparés :
!*• Le catalogue des ouvrages de la bibliothèque de l'établissement ;
2** Le catalogue des publications où existent des documents intéressant l'exploitation et le lieu où elles se trouvent;
3" Le catalogue des catalogues des firmes industrielles ;
4" Le catalogue des coupures d'articles;
5"* Le catalogue des plans et dessins qu'il peut être utile de consulter.
Tous ces catalogues doivent être tenus à jour en partie double, c'est-à-dire composés, dans une première partie, de l'énoncé alphabétique des matières, et, dans la seconde, de celui des noms d'auteurs.
On a imaginé, pour les grandes bibliothèques, des classifications par fiches avec numération décimale.
La classification décimale est réalisée à l'aide de numéros devant être placés dans un ordre rigoureu-
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sèment déterminé et se prêtant cependant à une intercalation qui n'en trouble pas Tordre; ces numéros sont formés à l'aide des dix chiffres arabes ou par des signes. C'est le système Melvil Dewey, généralement considéré comme le plus parfait qui existe. Absolument indiqué pour l'ordre, la précision et la rapidité de recherches dans les grandes bibliothèques, il présente moins d'intérêt dans les collections de documents appartenant à des entreprises particulières. Sa connaissance et son maniement ne demandent à être familiers qu'aux bibliothécaires de ces entreprises qui ont à faire des recherches dans les librairies publiques qui, toutes, devraient l'adopter.
Quoi qu'il en soit, la présence d'un technicien chargé et responsable du service de la documentation s'impose dans toutes les exploitations importantes, les seules d'ailleurs dont, après le bouleversement actuel, l'avenir soit assuré.
C'est un service à créer et à tayloriser comme tous les autres. Soigneusement rempli par le titulaire et fréquemment consulté par le chef et les collaborateurs, il est la source certaine pour l'entreprise de progrès rémunérateurs.