‹ Où allons-nous?Chapitre 20 sur 36 · NOS ALLIÉS DES ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

NOS ALLIÉS DES ETATS-UNIS

La trahison de la révolution russe nous aurait enlevé toute espérance de triompher si nous n'avions gagné en son lieu et place Talliance du plus puissant pays du monde : les Etats-Unis.

Les 110 millions d'habitants qui peuplent la grande République n'étaient point belliqueux, mais entreprenants, ingénieux, travailleurs et pourvus, grâce aux ressources de leur sol, d'une incalculable opulence. Nous les pensions absorbés par le culte de l'argent, la recherche du confort, et confinés dans un égoïsme national satisfait qui les prédisposait mal aux fatigues et aux périls de la guerre. C'était une profonde erreur.

A la vérité, tout Américain est animé d'un patriotisme enthousiaste. Il n'admet pas, il n'admettra jamais que son pays ne soit pas le premier du monde. L'histoire montre, d'ailleurs, que le patriotisme est toujours l'apanage des peuples jeunes et forts.

Quand la puissance d'un pays diminue, le patriotisme y décline; si elle augmente, il se relève avec elle. Quelle que soit la forme qu'affecte l'obscurcissement de l'idée de patrie, il est fatalement un symptôme de décadence. Les trois peuples les plus en progrès de notre époque, les Etats-Unis, le Japon et

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l*Allemagne, sont aussi ceux où le sentiment national est le plus ardent. Nous accusons volontiers, et non sans raison, nos ennemis de manquer de psychologie, mais nous nous sommes mépris plus lourdement qu'eux lorsque nous avons escompté de leur part des tendances internationalistes. Il faut n'être jamais allé en Allemagne, il faut n'avoir jamais étudié la mentalité allemande pour ignorer que l'Allemand le plus socialdémocrate est avant tout allemand. Il restera sous le joug de son militarisme insolent et brutal plutôt que de tendre la main à ses frères étrangers qu'on l'a appris à traiter comme des êtres inférieurs à lui. Le maître d'école s'est employé pendant cinquante ans à fixer dans son esprit une pensée qui prime toutes les autres, dos Vaterland, la patrie allemande.

C'est sur la méconnaissance de cette vérité fondamentale que beaucoup, parmi nous, ont édifié les plus funestes erreurs. Tant que cet odieux militarisme ne sera pas écrasé, le peuple allemand lui restera soumis; une paix sans victoire consacrerait sa domination, et la Société des Nations, dont il a été tant parlé, serait une maison composée d'un maître et de nombreux esclaves. Je connais trop bien mon Allemagne pour pouvoir me tromper (1).

Le patriotisme des Américains est d'une autre nature : libéral, généreux et accueillant. D'abord ils forment un peuple démocratique — le seul môme parfaitement démocratique qu'il y ait sous le soleil

(1) L'Àllemaurne au Travail. — Les derniers prog^rè» de l'A llemagne^ par Victor Cambon.

SOO ou ALLONS-NOUS?

— puisque chez lui n'existent aucunes distinctions sociales. L'envie et la lutte de classes y sont inconnues.

L'orgueil national du peuple américain est l'ait de la constatation de sa propre grandeur et n'aspire aucunement à une hégémonie politique ou sociale sur les autres pays.

Il est trop fier et convaincu des Incalculables ressources de son immense domaine, fort loin encore d'être toutes exploitées, pour convoiter celles des autres.

La haine de l'Allemagne ne lui vint que lentement. 11 fallut longtemps pour que l'esprit public s'y rendît compte des buts de tyrannie et d'hégémonie mondiale qu'elle poursuivait.

Et quand l'opiuiun en fut bien convaincue, deux mobiles connexes déterminèrent les Etats-Unis à prendre part à la lutte; l'un est d'ordre sentimental, l'autre repose sur le souci de maintenir leur situation dans le monde.

Ainsi, tandis que nous considérions volontiers les Américains comme exclusivement préoccupés d'accroître leur prospérité matérielle, unanimement voués au culte du dieu dollar, ils se préparaient à nous prouver le contraire.

Apres au gain, ils sont toujours prêts à le dépenser. L'argent, chez eux, n'est pas un but, mais un moyen, un instrument pour mille entreprises diverses. De là cette générosité à jet continu qui nous étonne.

Les Ecritures saintes dont ils sont des lecteurs assidus, car la Constitution des Etats-Unis est impré-

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gnée de christianisme, les Ecritures, dis- je, apprennent à l'Américain qu'il y a deux hommes en lui : le premier qui est créé pour gagner de l'argent, le second qui a pour mission de laire des liberaiiLes.

C'est dans ce dernier rôle qu'il montre un idéalisme et une générosité de sentiments que nous ne soupçonnions pas. lit c'est pourtant nous, parmi les belligérants, qui en recueillons, avant tous les autres, le henelice.

Pour si peu qu'ils connaissent l'Europe, les Ainéiicains savent qu'il y a un siècle et demi une petite armée française débarqua dans le i\ ou veau-Monde pour les aider à conquérir leur indépendance. Dans l'àme de ce peuple, ce souvenir ne s'est jamais effacé, et de tous les sentiments que nos amis de là-has ont senti vibrer dans leur cœur la recoimaissance de ce bienfait a été le plus entraînant. En retour des quelques milliers de Français que Lafayette et Rochambeau conduisirent à Washington, le Président Wilson nous envoie des millions de combattants.

Et voyez de quels puissants moyens ils disposent et quelle foudroyante rapidité ils déploient pour nous sauver.

En mars 1917, les Etals-Unis n'avaient pas d'armée. Un an plus tard, ils ont, en France, DUO.OOO soldats armés, équipés, entraînés dont une partie déjà combattent avec les nôtres.

El tandis qu'ils nous préparent la commune victoire ils continuent à tout nous fournir : le fer, le cuivre, le coton, les machines et surtout les vivres. Pour nous assurer de la farine et toutes sortes d'autres denrées, ils se privent volontairement d'abon-

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dance et de confort. Les bateaux manquent pour ces transports; ils se mettent à en construire plus que l'Angleterre elle-même n'en a jamais lancé. Moins de deux mois leur suffisent pour terminer un navire qui, chez nouSj reste deux années sur le chantier. A mesure qu'ils parcourent notre pays, leurs ingé-

juieurs, leurs pionniers et leurs intendants, trouvant notre outillage insuffisant et nos méthodes trop lentes, entreprennent sur l'heure, à leurs frais, sans compter, la réfection de toutes ces vieilleries, et c'est une stupeur de voir sur leur passage des constructions, des voies ferrées, des gares, des magasins, des ateliers couvrir le sol, comme si la baguette d'une fée les faisait jaillir de terre.

Jamais plus incomparable leçon de choses ne fut offerte aux yeux de nos compatriotes.

Mais au milieu de cette dévorante ardeur, pas un instant leur inépuisable philanthropie ne perd ses droits. Il n'est réfugiés, mutilés, malades ou Indi-

, gents qui ne soient secourus de leurs mains. Et quand par malheur, un accident, un incendie, une explosion se produisent, invariablement les ambulances américaines arrivent avant les nôtres sur le lieu du

1 sinistre.

Faut-il parler du matériel innombrable que leurs -armées apportent avec elles à travers rAtlantiquei^ des monstrueuses usines de l'Ohio ou de la Pensylvanie? Des milliards et des milliards de dollars sont enfouis pour fabriquer des instruments de combat. Dans cette guerre de cyclopes où les adversaires luttent avec tous les engins que la science et l'industrie ont pu mettre aux mains des combattants, les

Amérlcahis ne larderont pas à se montrer les maîtres. C'est chez eux une conviction inébranlable; ils écraseront nos adversaires sous le nombre, la puissance et l'ingéniosité des machines. S'ils sont encore des militaires inexpérimentés, ils sont déjà d'incomparables mécaniciens. On a écrit qu'une armée est une usine qui marche; les troupes américaines ont fait leur cette définition; elles montreront que l'usine américaine est supérieure à l'usine boche.

Nos amis n'ont laissé échapper, ni en France ni en Amérique, une seule occasion d'affirmer leur froide résolution de démolir coûte que coûte nos communs adversaires. On sent dans leurs paroles, que les actes confirment, qu'ils y mettent à la fois du sentiment, l'instinct de la conservation et l'orgueil de faire valoir leur puissante supériorité.

Qu'on relise ce serment solennel lancé le 4 juillet 1917, jour anniversaire de l'indépendance américaine, par Walter Berry, l'éminent président de la Chambre de commerce des Etats-Unis à Paris : « En 1864, a dit Walter Berry, au moment le plus sombre de notre guerre contre l'esclavage, quand les cœurs des plus robustes désespéraient presque de la victoire, le gouvernement français fit une démarche auprès des Etats du Nord ; il offrit son intervention pour la paix, une paix sans victoire, A cette démarche, le président Lincoln répondit : « Nous avons subi cette guerre, nous l'avons acceptée. Nous combattons vers un but et pour une cause qui est vitale dans le monde entier et, devant Dieu, cette guerre ne finira pas avant que ce but ait été atteint. » Et Walter Berry ajouta :

« Messieurs nos alliés, cent millions d'Américains

répètent aujourd'hui les paroles de Lincoln; Ils lancent un défi à tous ceux, neutres ou ennemis, qui doutent encore de la complète victoire des Alliés. L'épée américaine n'a jamais été dégainée que pour la cause de la Liberté; jamais elle n'a été rengainée qu'après la victoire. »

Quand une puissance d'une telle envergure se précipite ainsi dans la mêlée avec de tels sentiments, il n'est pas d'Allemagne au monde qui puisse douter du sort qui l'attend.

ni

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