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UNE FERME MODÈLE

Je décrirai ici la plus importante des exploitations françaises au Maroc. Fondée par M. Bourotte en 1911, on appréciera son ampleur en apprenant qu'il y a été semé, cette année, 1.100 hectares de céréales. Elle est située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Casablanca et ^st desservie par une route qui s'étend jusqu'au domaine principal et le traverse de part en part. Le sol, complètement plat, se compose de tirs (terre noire) d'une remarquable fertilité, mais où les eaux superficielles manquent absolument. Des puits de 50 mètres de profondeur, au-dessus desquels s'élèvent des moulins à vent, subviennent seulement aux besoins des animaux de l'exploitation, qui est divisée en plusieurs domaines.

C'est dire que la production agricole repose principalement sur la culture des céréales : blé, orge et maïs.

Les travaux de la ferme ont attiré un assez grand nombre d'indigènes qui ont établi, tout autour des bâtiments, leurs gourbis où ils vivent avec leurs femmes et des nuées d'enfants.

Les bfttiments eux-mêmes sont vastes mais modestes, et disposés pour être agrandis au fur et à mesure que les cultures se développent. Les habitations de la famille Bourotte et de ses collaborateurs français,

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qui, à l'origine, n'étaient en quelque sorte que des campements, sont aujourd'hui réellement confortables. Tout au plus pourrait-on souhaiter qu'un plus grand nombre d'arbres aient été plantés aux abords de ces bâtiments.

Un ensemble très soigné de chéneaux et de conduites rassemble toutes les eaux pluviales tombant sur les toitures dans une immense citerne de plusieurs centaines de mètres cubes, précieux réservoir d'eau pure pour les diverses chaudières à vapeur fixes ou locomobiles.

Ce qui frappe dès son arrivée le visiteur est Tabondance du matériel d'exploitation.

On se rend compte que le propriétaire a apporté tous ses soins et le fruit d'une haute expérience à Tameublissement de ses terres et à l'enlèvement rapide des récoltes.

Les animaux de labour sont nombreux. On sait que l'espèce bovine marocaine est de petite taille et que, pour exécuter, non pas un défonçage, mais un simple labour, dans ces terres durcies par une longue sécheresse, il faut mettre six ou huit bœufs sur uni 4nème charrue.

Pour donner plus de puissance à ses attelage», M. Bourotte a eu l'idée de croiser les animaux indigènes avec les zébus asiatiques; il acheta un taureau de cette race, et les métis qu'il obtient lui donnent toute satisfaction. Leurs qualités sont une augmentation de la taille, une remarquable immunité aux maladies et une grande résistance à la fatigue.

De plus, les attelages de zébus croisés ont une allure plus relevée que les attelages de bêtes indigènes. Nous avons pu constater que sur une même

Lit BONNES MÉTHODES ^1

pièce de terre et avec deux charrues identiques, cette différence d'allure atteignait au moins 25 0/0. Bœufs indigènes ou croisés-zébus tirent la charrue à l'aide de Jougs posés sur le garrot et non sur le front; les mouvements de la tête restent libres.

Les vaches zébus demi-sang ne sont ni plus ni moins bonnes laitières que les marocaines, mais elles offrent cette particularité qu'elles ne se laissent pas traire. Réservant ainsi tout le lait à leurs veaux, elles en font des sujets beaucoup plus vigoureux. Quiconque a l'expérience du bétail n'ignore pas que le sevrage prématuré est une cause fréquente de dégénérescence des races bovines.

Au milieu des opérations culturales, une nuée de jeunes porcs s'égaillent dans les chaumes et les terres fraîchement retournées. On se demande ce que peuvent bien faire ces animaux dans ces espaces desséchés et brûlés par le soleil. En réalité ils y trouvent à foison une sorte de tubercule ou d'oignon, dont le nom m'échappe, plante parasite qui pousse au travers du blé et se conserve très bien,, même d'une année à l'autre, dans le sol. Le porc la flaire, la déterre avec son groin, la mange avec avidité et s'en fait du lard. Ainsi la nourriture et l'engraissement du porc sur un domaine ne coûtent absolument rien. Et il en est de même dans tout le Maroc ; aussi le porc y est-il considéré comme un trésor : c'est toujours lui qui fait l'appoint du bénéfice ou sauve la mise de l'agriculteur dan» les années déficitaires. Les seuls soucis que les porcs donnent à leur propriétaire sont une mortalité infantile très fréquente et la facilité avec laquelle on les lui vole.

La mécanique agricole joue un grand rôle dans

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Tentreprise Bourotte; nous voyons là toutes les machines employées sur la grande culture américaine : charrues actionnées par la vapeur ou le pétrole, tracteurs de divers modèles, semoirs, faucheuses-moissonneuses, machines à battre. Le travail ne leur manque pas. La ferme a vendu cette année pour près d'un demi-million de produits. On nous fait remarquer avec dépit que le meilleur de ces instruments est une énorme charrue allemande à moteur à essence de 50 chevaux.

A l'heure actuelle, vu surtout le prix du carburant, la traction mécanique ne constitue pas une économie sur la traction animale,; néanmoins elle s'impose à cause de la célérité du travail, de la pénurie de maind'œuvre et de la difficulté de nourrir un grand nombre d'animaux dans les domaines non irrigués.

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