IL FAUDRAIT
Hopuis le début des hoslililés, chacun répète qu'il fmiilrail faire beaucoup de choses, seuleiiieiiL on ne les fait pas.
Ne parlons pas de la guerre elle-même qui se terminera un jnur ou Taulre par la victoire, grâce au courage de nus soldats et au concours irrésistible dt's Auiôriralns. Mais examinons plutôt ce qu'il /^mdrail entreprendre dès aujourd'hui pour que le [>ays jiùl survivre à la terrible secousse qu'il aura supportée.
VouT mesurer refTorl qui est nécess;iire à la production française alin «ju'elle se relove, il importe d'analyser, loin de tonte illusion, l'état où nous nous trou- \eruns à ta tin de la lutte.
Une telle étude exige qu'on envisage des faits précis au lieu de rester dans les éternelles généralités où se complaisent les publicistes bien plus d'ailleurs que le public.
La grande majorité de nos pourvoyeurs de prose quotidienne s'est vue aussi surprise et aussi désemparée que les Pouvoirs piiblirs en présenre des probiiiuMS engenilrés par la prolongation de la hr'e mondiale, -parre qu'à les résoudre rien n'avait préparé ni les uns ni les autres.
Le journalisle en France ne connaissait guère que deux élenienis : lu puiiliipie — ou du moins ce qu'on u]ipelle ainsi cliez nuus — el ia lilLérature.
La polili(|Me, c'était ia iulte de certains partis contre certains autres, sans que jamais une idée féconde, un principe étudié, une vision clairvoyante entrassent en ligne de compte dans le choix ou le rejet des personnalités, qui se mettaient ou qtion mettait en avant, un exigeait d'elles n importe quoi excepté d'avoir du mérite.
Parlant des médiocrités en place, volontiers la presse les gratiliait des épithetes les moins académiques, mais raromeiit se souciait de leur incapacité à remplir les postes ou elles sont juchées. Depuis nombre d'années, nous avions ouljlié ce principe londamenlai que le pouvoir doit éti-e exercé par des hommes de talent et rompus aux questions dont lis ont à décider; nous avions même perdu ia notion du critérium auquel ils se reconnaissent.
Quant à la littérature, elle consistait pour eux à prendre uim plume et du papier et a se demander, suivant Taclualité, sur quoi on écrirait le nombre de lignes convenu, rimagination tenant iieu de connaissances, le bagout d arguments, des mots sans signilication dissnnulant l'absence d'idées nettes. Un décorait ces pauvretés du nom d'idéalisme.
Il faut bien médire ainsi alin d'expliquer pourquoi les plus brillants coryphées de la presse, depuis trois années, ànonnent ou se taisent quand il s'agit des intérêts vitaux de la France laborieuse. Le moyen ée parler avec autorité de ce dont on ne s'est jamais occupé!
284 ou ALLONS-XOUS?
Il faudrait être plus pratique et prendre corps à corps les dilllcuUés qui s'uccuiuulerual sur uutrs roule.
Tous les produits vont nous mamiuer à la fois. Résultat paradoxal en un pays à qui sa situation privilégiée permettrait de sulUre a uii-uiènie. .\ua seulement nous ne sûmes pas tirer parti pendant 1% paix des ressources qui y abondent, mais encore nous avons gaspillé pendant trois ans de guerre ceiiei que nous avions encore à notre dispuaiuon. Semblables à la cigale du fabuliste, tandis que les autres travaillaient, nous dansions au son des tambourins politiques. (Jue la politique ait largement engraissé ceux qui en vivent, nous le reconnaissons. Mais les autres? Les autres reçoivent des cartes do charbon, de sucre, de pain, et bientôt de toutes sortes de denrées. (^)uelie reconnaissance ne lui devonsnous pas à cette bienfaisante politique! lit combiea nous comprenons que ses heureux bénéliciaires ae demandent qu'à continuer!
Mais à rien ne sert de récriminer. Mettons-nous plutôt en présence des réalités de demain. Depuis plus de deux ans, je dis qu'il faudrait que leê ministères, les Chambres de commerce, les Syndicats établissent le bilan de ce qui nous manquera; personne ne s'en occupe.
En dehors de ralimentalion qui se raréfle de Jour en jour et dont la disette atteindra son maximuta lorsque les empires centraux, plus alîamés que nous, se jetteront sur les denrées, toutes les matières pro- Kiières indispensables à Tindustrie nous feront défaut. Nous voudrons bâtir et nous n*aurons ni chaux, ni bois, ni fer, ni matériaux de construction; ptsii-
LES VIEUX FRT^EMENTS •%
f^mn«-nont tU^or dps MnfTp^? nous ne troiTVf^rons nî Inîn^ nî cntnn: «î non« pntroprpnons de fnbrîqner lîe^ «nhçt.inrp^ rbîmîqiio?. |p rhnrhon et la pyrite de ^*r. bn«o« de tous lo« produits, seront en quantité ÎTïsnfflsnnte: dos nr^tnnx? presque tous les mînernîs sont exotiquos Pt nous n'nurons plus de marine de fomm^r^p. Kn tnutp« r-hnses. le pavs restera, comme Bufnurd'lîuî. tributaire de nos ain<^s. et nous ne seron« «prvi^ quo dans la mosurr* on nos amis pourront tPnir ri^upur f\ nos pnuemls.
No»i« avons pass(^ plus pr^« qu'on ne le eroit <^p Ifl r^us«ilp (]nfi mnna»iivrp« paripstps ou plutfM d^faï- |î«fes dont les romhinai«on« ont beuretisement été ^<4jou(^ps par quelques bommes de rlain'oyance et ^e rouras'P: mais on frr^mit en pendant h la désasfrpucp misère ofi une paix allemande nous eût préripitr^s.
Si la Franrp pocc^de enfin un arouvernement fort, sarbant rp quMI veut, où flffurpnt des bommes diornes de Ipur pmploî. nous ne sommes pas romplètement i l'abri dps autres qui ont ron«prvé des amis influents *»t nombreux. T.a propasrande borbe n'est point an'^antip. Nou« en (étions si profond(^ment infiltrés ^le. mémp apr^s Tabrès rrpvé. (]ps^ ramiflrations purulentes s'r^tpndput enrore dans nos tissus; on ne fît pas impun(^mpnt sous Ip r<^îrime dos Visro. des Boîo et des Malvy sans être profonilément intoxiqué. J'ignorp si tout ce que nous savons — et tout ce que nous ne savons pas — sera étalé ajii grand jour, m'iis Je crains que. malgré tout, il y ait des yeux qui ne Tondront pas s'ouvrir h la lumière. Comptez, s'il TOUS plaît, combien d'insensés rpfusenl de se deflarer patriotes et parlent aussi ouverieraent de la
Infte de plnsses entre Français que de la paix avec les Allpmnnds.
Ce qui donne de In force h ces mninmis citoyens, c'est leur disripline et leur aiidnre opposr^es ri ta tîmidit(^ et à la df^snnion de loiir>5 adversaires. Pins on observe, et pins on s'aperçoit que choz le Français l'individualisme .errandit à mesure que la situatînn snrinle «Vl^ve. La spule excuse dos gouvernements qui se sont succf^dr^ est que |p pouvoir up peut s'appuyer q»ie sur des pnrtîs oriranisj^s ot nous ne voyons (]\\9 trop où «e trouve d'im c<Mri la discipline et de l'autre l'nbsencp totale d'or/nnisntlon.
Je snis t)eancoup de tr^s braves gens qui g<^mîc«ent sur la perte de leurs fils, qui se lamentent sur Pborrenr des i^vf^nempnts: mais on sont-ils ceux qui, remontant des efTets aux causes, confessent leur part de responsnbililf^? fis n'ont consenti ni à se dr^ranarer, ni à se grouper, ni h df^penser pour barrer fa route aux mauvais bergers qui ont conduit le troupeau df^voyé à la catastrophe. Quelques-uns invoquent leur impuissance; mais ils n'ont jamais essayf^ de lutter autrement qu'en tiraillpurs isol(^s: et comme malbeurouspment rien ne fait espf^ror qu'ils soient prr^ts h changer de tactique, on peut Atre certain qu'ils ne reconquerront jamais leur autorité d'autrefois.