‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 10 sur 239 · I. LA RELIGION DES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

I. LA RELIGION DES PRIMITIFS

en rapport ces manifestations d'une civilisation disparue, avec des coutumes analogues de civilisations relativement semblables et actuellement observables ; on ressuscite ainsi la pensée cachée derrière ces restes muets des anciens hommes. Cette méthode est pratiquée par tous les préhistoriens, elle se fonde sur le raisonnement d'analogie, elle est légitime. Mais l'application dans le détail est chose délicate. Il faut autant se garder de nier toute ressemblance que se défendre de construire des hypothèses sur des similitudes factices. Même en acceptant les seules inductions sûres que fournissent les savants, les renseignements que nous possédons sur cette période de l'activité humaine sont encore bien incomplets. C'est seulement la partie de leur vie la plus extérieure, pour ainsi dire, que nous nous efforçons d'interpréter, instruments, sépultures, constructions, etc. Encore, parmi tous ces vestiges, ne possédonsnous que ceux que des circonstances favorables ont protégés et ramenés au jour. Leurs plus intimes sentiments : passions, croyances, pensées, nous restent à jamais inconnus. Ces réserves faites, et suivant la méthode que nous venons de caractériser, sans nous soucier des chronologies fantaisistes (1), voyant plutôt dans les périodes géologiques des états culturels, nous allons nous efforcer de déterminer les traces de pensée religieuse qu'a pu laisser l'humanité préhistorique.

3. Période paléolithique. — Certains savants croient que l'homme est apparu à l'époque tertiaire : ils se fondent sur l'existence à cette époque de silex qui présenteraient des éclatements intentionnels (éolithes). Mais aucun témoignage sûr et indiscutable n'a encore pu être fourni de ces éclatements intentionnels. L'homme tertiaire n'est encore que sur le seuil de la science, écrivait Broca, en 1877. Il en est encore ainsi ; aucun squelette, aucune trace manifeste de l'activité humaine n'a été trouvée en terrain tertiaire. Du moins l'existence de l'homme est-elle certaine vers le milieu de la période quaternaire. Les archéologues

(1) On tend à réduire les milliers d'années des invasions glaciaires. Cf. A. de Lapparent, La philosophie minérale, chap. L'ancienneté de Vhomme et les glaciers, p. 245 sq.

la divisent ordinairement en deux : le quaternaire ancien et le quaternaire actuel. Le quaternaire ancien voit naître deux formes d'industrie que Ton a appelées paléolithique et archéolithique(l). Au quaternaire actuel, on utilise l'industrie dite néolithique. Suivons sucessivement chacune de ces étapes de la civilisation humaine, en essayant d'en déterminer le caractère religieux.

L'ère paléolithique est contemporaine, géologiquement parlant, de l'existence des glaciers. Ces derniers couvrent alors une partie du continent européen avec des alternatives d'avance et de recul. Les variations climatériques qui accompagnent ces changements ont pour conséquence des modifications dans la faune et la flore. Ainsi le paléolithique inférieur appelé chellêen, du nom d'un des gisements de cette époque (Chelles, Seine-et-Marne), est caractérisé par une faune chaude, correspondant à un climat humide et doux ; on y trouve l'hippopotame, l'éléphant antique, le rhinocéros. Après la transition acheulléenne (de Saint-Acheul, près d'Amiens), le moustérien (de Moustiers, Dordogne), plus froid et humide, nourrit le mammouth, le rhinocéros, l'ours et l'hyène des cavernes.

Dès l'époque chelléenne et acheulléenne l'on trouve des traces certaines de l'activité humaine : le fameux « coup de poing » (Mortillet) dont l'usage est d'ailleurs discuté. C'est un outil amygdaloïde, taillé sur ses diverses faces, dont une partie dégrossie semble réservée pour la préhension ; la matière en est différente suivant les localités, silex, grès, quartzites, pétrosilex, etc. Mais aucun indice ne nous permet de déterminer les croyances de l'homme qui façonnait ces instruments.

A l'époque moustérienne intimement liée à l'époque précédente, mais différente de climat par suite de l'avancement des glaces, les témoignages de l'activité humaine se multiplient : instruments, pointes, racloirs, grattoirs, perçoirs de diverses formes. L'os commence à être utilisé. Enfin dans les grottes, où les hommes vivaient du produit de leur pêche ou de leur chasse, se trouvaient des foyers, sous lesquels on a découvert des ossements humains

(1) Nous empruntons cette expression à M. de Morgan, op. cit.

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