I. LA RELIGION DES PRIMITIFS
ensevelis. L'extension de l'industrie moustérienne est considérable, en France, en Europe, dans l'Afrique du Nord et dans l'Asie occidentale. Il est certain, aussi, que l'on peut, dès l'époque moustérienne, affirmer des croyances religieuses dans l'humanité, ainsi qu'en témoigne la découverte, faite par les abbés Bouyssonie, du squelette de La Chapelle-aux-Saints (Gorrèze). Dans une petite fosse creusée sous une grotte, ils ont mis à jour un squelette d'homme qui y avait été intentionnellement enseveli. Il était couché sur le dos et avait la tête calée par des pierres. Au-dessus de son crâne, des ossements d'animaux, tous brisés, avaient été placés, pour lui servir sans doute de nourriture ; de nombreux silex travaillés entouraient son corps comme pour lui servir d'instruments de défense ou d'outils. La terre qui le recouvrait contenait deux foyers de date indéterminée. Ces indications suffisent à nous faire penser que les hommes qui ont enseveli ce cadavre, ont accompli un rite funéraire qui supposait, chez eux, une croyance à la survivance de l'homme, un sentiment religieux. Ce sont les seules indications positives sur la foi des moustériens. Mais, M. de Morgan le fait remarquer, des peuplades vivent actuellement encore de l'existence des moustériens, ne connaissent ni le fer ni le métal, habitent sous des grottes, se nourrissent de pêche et de chasse : tels ces Kamtchadaies que décrivait déjà Pallas en 1776. Or, ces peuplades ont des croyances religieuses ; elles pratiquent des cérémonies superstitieuses, vénèrent le soleil, les esprits de la nature, dont l'un comme dieu supérieur, croient à la survivance de l'homme et à un ensemble de prescriptions morales et sociales d'ailleurs fort imparfaites. N'est-il pas raisonnable de penser que les populations moustériennes possédaient au moins des croyances religieuses analogues ?
4. Période archéolithique. — La période archéolithique, appelée encore quaternaire supérieure ou époque du renne, sert d'intermédiaire entre le paléolithique et le néolithique ; elle correspond à un état climatérique froid et sec. Le renne, le saiga, et, en général, la faune des steppes apparaissent dans les régions laissées libres par le recul des glaces. Le caractère de l'industrie de cette époque est marqué par la
retouche des instruments de pierre. On l'a appelée époque des cavernes bien que le troglodytisme ait existé auparavant, parce que ce sont surtout les cavernes de cette époque qui nous ont été conservées. Son extension n'est pas absolument semblable à celle de l'époque précédente. Se sont-elles manifestées simultanément ou successivement, ont-elles même origine ? Autant de points très obscurs. Du moins peut-on discerner dans cette période trois types de civilisation : l'aurignacien (grotte d'Aurignac, Haute- Garonne), le solutréen (Solutré, près Mâcon, Saône-et- Loire) et le magdalénien.
Le type magdalénien (grotte de la Madeleine à Tursac, Dordogne) constitue la dernière période du quaternaire ancien, elle est au point de vue de la civilisation la plus importante de toutes. On en trouve des traces en France, en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Pologne, etc. Elle est caractérisée par des silex sommairement retouchés, mais surtout par le développement de l'utilisation de l'os et par l'apogée de la sculpture et de la gravure paléolithiques. Les objets d'os acquièrent alors un fini remarquable. Ce sont des pointes, des épingles, des flèches, des propulseurs, des bâtons de commandement (?) en os, en ivoire, en corne. Les hommes de cette époque se vêtent, ils se peignent le corps, le tatouent, dessinent sur l'argile durcie, creusent la pierre pour en faire des récipients, ils portent des colliers de dents ou de coquillages, façonnent les statues, gravent et burinent la pierre, ils ont enfin la religion des morts.
Il nous faut expliquer ici plus longuement ce développement de l'art et du culte des morts, dont on voit les manifestations les plus expressives à l'époque magdalénienne, mais qui remonte aux débuts même de l'époque du renne. L'homme archéolithique connaissait la peinture, il la conservait dans des tubes, il en enduisait parfois le squelette de ses morts, il en colorait ses gravures murales, il s'en composait un tatouage. Il savait sculpter. On connaît la belle tête de cheval hennissant trouvée au Mas d'Azil (Ariège), les figurines en ronde bosse de .Grimaldi, près Menton, etc. Les gravures sont plus abondantes encore que les sculptures, elles appartiennent surtout à l'époque magda-