LA RELIGION DES PRIMITIFS PREHISTORIQUES
2. Les premiers documents que nous possédions sur la vie de l'humanité primitive sont (en dehors de la Bible) ceux que fournit la préhistoire. On sait qu'il faut entendre par là l'ensemble des connaissances apportées par les découvertes des savants dans les couches du sol ; elles nous révèlent les traces laissées par l'humanité qui vivait avant les périodes historiques. On a, sur la religion des hommes de ces époques, émis deux opinions extrêmes. La première est celle de G. de Mortillet. D'après le célèbre anthropolo
(1) Le P. Pesch écrit : « Si, et dans quelque degré, en un cas particulier, la Révélation primitive a dans la suite exercé une influence sur le monde païen, c'est une matière de libre discussion sur laquelle l'Eglise n'a rien décidé et sur laquelle on ne peut guère admettre que des conjectures. Quelques catholiques sont sûrement allés trop loin dans leur ardeur à trouver partout dans le paganisme des réminiscences de la Révélation, jusqu'aux mystères les plus augustes de notre religion. Par là ils ont contribué à rendre suspecte toute la doctrine de la Révélation aux yeux des savants qui sont hors de l'Église, puisque bien des prétendues réminiscences n'ont rien à faire avec la Révélation et souvent n'ont avec elle qu'une ressemblance purement extérieure. » Prselectiones dogmaticae, 2e édit., 1899, cité par le R. P. Schmidt, L'origine de Vidée de Dieu, 1910, p. 110.
gue, la préhistoire la plus ancienne montrerait que l'humanité primitive ne possédait aucune croyance religieuse. Ce ne serait qu'à l'époque dite néolithique qu'elle aurait honoré les dieux. La seconde fait à une religion, conçue magiquement, une place presque excessive dans la préhistoire la plus reculée : des croyances magico-religieuses auraient enveloppé la vie et l'industrie de ces peuples, d'un réseau de pratiques superstitieuses et grossières, d'ailleurs fort utiles au développement de la civilisation (S. Reinach). Les faits seuls peuvent départager les partisans de ces deux théories ; avant de les aborder, indiquons au préalable quels moyens nous avons de connaître la pensée des hommes préhistoriques.
Nous ne connaissons des hommes vivant dans ces temps reculés que les traces qu'ils ont laissées de leur vie et de leur activité, c'est-à-dire, d'abord, leurs squelettes. L'anthropologie détermine avec précision les divers caractères somatiques des races d'hommes ; elle s'efforce d'établir leur histoire et de découvrir leur origine. Mais cela ne nous éclaire pas beaucoup sur la mentalité de ces races ellesmêmes ; « l'influence que peuvent avoir la nature zoologique de l'homme, la forme de son crâne sur les aptitudes à développer ou à recevoir la civilisation nous est absolument inconnue (1). » Qu'importe qu'un homme soit dolichocéphale, ou brachicéphale, si, par son intelligence, il est armé de telle sorte que la domination du monde lui soit réservée (de Morgan, Cartailhac) ? L'anthropologie, interrogée avec sagesse, apporte donc peu de renseignements positifs sur la pensée de l'humanité préhistorique. Les témoignages de l'activité humaine sont plus expressifs. Leurs instruments de défense, les outils dont ils se servent, leur industrie, la façon dont ils construisent leurs demeures, dont ils se nourrissent, se vêtent et se parent, leur manière de pêcher, de chasser, leur art : peintures, sculptures et gravures, leurs habitudes funéraires, nous révèlent, avec leur civilisation, certaines aptitudes de leur esprit et même quelques-unes de leurs croyances. On a recours, pour les interpréter, à la psychologie comparée. On met
(1) De Morgan, Les premières civilisations, p. 15.