‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 100 sur 239 · IV. IRANIENS ET PERSES · texte numérisé non relu

IV. IRANIENS ET PERSES

ce sont des sorcières dont Tune, Mûsh, paraît être la souris légendaire qui ébrèche en le rongeant le disque lunaire. Mentionnons encore les jainis, mégères qui veulent ravir au prêtre la liqueur divine : le haoma.

En principe ces démons seraient des êtres spirituels. En réalité l'Avesta les présente sous un aspect très matériel et très grossier. Le monde démoniaque s'accroît sans cesse. Les impurs, les pécheurs, les infidèles travaillent à sa propagation, et aussi les ennemis historiques des Irano- Perses. Les Touraniens et plus tard les Grecs, les Romains, les Turcs et les Arabes apparaissent comme les soldats d' Ahriman. L'habitat des puissances mauvaises est très étendu. Ahriman réside essentiellement au fond de l'abîme ; ses lieutenants sont dispersés à l'intérieur de la terre, et aussi à la surface du sol et dans l'air, mais seulement dans les endroits écartés et infertiles : cimetières, déserts, montagnes, ou dans les pays du nord, domaine du froid et de la nuit.

10. Le conflit des deux royaumes. — Ce conflit est partout, il est donc inutile de le décrire en détail. C'est le monde entier, celui des corps et celui des esprits, le terrestre et le stellaire, que se disputent Ormazd et Ahriman. La mort est le triomphe suprême de celui-ci. De quand date ce conflit ? C'est ce qui n'est pas bien clair. D'après le Bundâhish, traité récent, mais qui résumerait ce que nous connaissons ou soupçonnons de la cosmogonie avestique, Ormazd avait créé le monde spirituel depuis trois mille ans; Ahriman, furieux, l'attaqua violemment. Ormazd accepta son défi, et créa le monde matériel en six périodes et l'homme en dernier lieu ; cela dura trois mille ans. Ahriman procéda alors à sa contre-création qui dura encore trois mille ans. « Enfin naquit Zoroastre, et les armées du Malin commencèrent à reculer ; la victoire d'Ormazd se dessinera de plus en plus, grâce à la doctrine du saint prophète, et trois mille ans encore après lui, elle redeviendra définitive ; Ahriman rentrera dans ses noires ténèbres et la bienheureuse lumière ne subira plus d'éclipse (1) ». L'historien grec Théopompe connaissait déjà

(1) V. Henry, op. cit., p. 86.

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ce cycle de douze mille ans, mais suivant une classification différente : Règne spirituel d'Ormazd seul : 3.000; victoire et règne d'Ahriman seul : 3.000; lutte balancée des deux esprits : 3.000; lutte victorieuse d'Ormazd : 3.000 (d'après Darmesteter). Quoi qu'il en soit de ces théories cosmogoniques, en somme bien peu sûres, il est certain que l'homme peut et doit aider au triomphe d'Ormazd. C'est la raison d'être de tous ses gestes de purification et de sacrifice, comme aussi de toute morale et de toute législation. C'est ce qui nous reste maintenant à étudier. Mais avant de terminer l'esquisse très sommaire de ce qu'on peut appeler la théologie et la démonologie de l'Avesta, nous tenons à faire remarquer que la schématisation fait disparaître tout ce qu'il y a d'excentrique et de saugrenu dans la réalité. Il faut lire au moins quelques fragments de l'Avesta pour en apprécier exactement la valeur religieuse et mystique.

11. La morale avestique. — a) Impuretés et exorcismes. Nous ne pouvons songer à décrire en détail les prescriptions de l'Avesta sur ce chapitre ; il faudra se borner à quelques exemples. L'idée d'impureté est chez les Iraniens comme chez les Hindous un mélange de conceptions élevées et de superstitions grossières. Ce que nous appellerions un péché, voire un crime, ne souille pas plus qu'un simple accident naturel, tel que la menstruation. Les éléments tels que l'eau et le feu, le corps de l'homme et chacune de ses parties, tous les êtres et tous les objets qui lui appartiennent sont capables d'être souillés. La grande affaire du mazdéen est de se préserver de tout contact impur. Aussi isolera-t-on l'homme qui a contracté une souillure. Il stationnera dans une enceinte close, à trente pas au moins du feu, de l'eau et de tout fidèle. Si son crime est inexpiable, comme celui de l'homme qui a porté un mort étant seul, il demeurera séquestré toute sa vie, comme un lépreux ; encore doit-il s'estimer heureux d'échapper au dernier supplice, ou plutôt de ne l'encourir que dans sa vieillesse, en guise de pénitence qui lui épargnera le châtiment infernal. Si la souillure est expiable, on la purifiera selon des rites minutieux. Voici, d'après le résumé de V. Henry, la description de la grande lustration de neuf jours, dite

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