‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 101 sur 239 · IV. IRANIENS ET PERSES · texte numérisé non relu

IV. IRANIENS ET PERSES

barashnûm nû-shaba, prescrite pour les cas les plus graves. On commence par déblayer, défricher et raser un espace soigneusement déterminé. On y creuse neuf trous méthodiquement espacés, puis on y trace des sillons pour arrêter l'esprit malin. « Ce dispositif effectué, l'homme se place près du premier trou, et le prêtre, debout en dehors de l'enceinte, récite une prière, que son client répète après lui, ainsi que toutes les formules qui vont suivre. Puis il saisit une cuiller de fer et de plomb, emmanchée à un long bâton à neuf nœuds, et asperge de gômêz le patient : d'abord les mains ; ensuite méticuleusement, chaque partie du corps du haut en bas. A chaque organe qu'il baigne, la druje est forcée de déguerpir ; à la fin, lorsqu'on arrive à la plante du pied gauche, « elle tourne sous l'orteil, on croirait voir une aile de mouche. » A chacun des six trous, même aspersion, et alors l'homme s'essuie successivement avec quinze poignées de terre, jusqu'à ce qu'il soit « sec jusqu'au dernier cheveu ». Il passe au septième trou, où il se lave à l'eau, une fois ; au huitième, deux fois ; au neuvième, trois fois ; il s'essuie, se parfume de plantes de bon augure, et rentre s'enfermer chez lui sans voir personne. Ainsi durant neuf jours ; après quoi, il est redevenu pur (1). » Le gômez dont il est ici question et qui joue un très grand rôle dans les lustrations avestiques est de l'urine d'un taureau à qui on a donné pendant trois jours une nourriture pure. Le Parsi se lave tous les matins le visage et les mains avec cette urine consacrée et de l'eau également consacrée, mélangées à de l'urine et de l'eau ordinaires.

L'Avesta est rempli de formules et de rites d'incantation et de lustration appropriés à toutes les impuretés possibles et imaginables. Les mages ne se sont pas abstenus non plus de conjurer les maladies, créatures d' Ahriman ; guérisseurs et sorciers, tels nous les trouvons dès l'antiquité, tels ils sont restés jusqu'à nos jours. Mais dans le parsisme moderne, toutes ces pratiques se rationalisent rapidement, sans qu'on puisse dire toutefois qu'elles aient tendance à disparaître.

(1) V. Henry, op cit., p. 139.

b) Morale proprement dite. La distinction que nous introduisons ici est, on s'en doute bien, artificielle. Pas plus que les autres peuples anciens les Iraniens n'ont distingué les impuretés rituelles et les impuretés morales, la liturgie et la législation. Les commentateurs de l'Avesta professent unanimement que la morale zoroastrienne n'a rien d'héroïque ni de transcendant. La notion de sacrifice, d'abnégation, lui est complètement étrangère. Le riche vaut mieux que le pauvre, celui qui se marie que celui qui observe la continence, celui qui mange copieusement que celui qui jeûne. Certains crimes, tels que la sodomie ou l'avortement, sont proscrits par l'Avesta. Il ne faudrait pas en conclure qu'ils furent plus fréquents dans le monde iranien que dans le monde hellénique. Les témoignages des auteurs anciens établissent, bien que les Parsis actuels s'en défendent, que les mariages incestueux étaient autorisés et même recommandés en Perse ; les exemples ne manquent pas de l'union d'un fils avec sa mère ou d'un frère avec sa sœur. Le Dinkart pehlvi exalte ces sortes d'incestes, comme étant l'imitation de ce qui s'est produit aux origines de l'humanité.

12. Le culte avestique. — 1° Les prêtres. Le prêtre en général se nommait magu (moghu) (d'où le grec ^àyoç et le syriaque megushâ), atharwan, et plus récemment (mais certainement dès l'époque sassanide) mobed. La dignité sacerdotale est héréditaire, car la classe des mages constitue une caste fermée. Après une double initiation (1° bain symbolique, récitation du patet, des professions de foi et des prières usuelles, imposition de la camisole et de la ceinture sacrées ; 2° barashnûm reçu deux fois, et autres lustrations), le fils du mage devient herbed, c'est-à-dire compétent pour les rites mineurs : noces, funérailles, etc. Plus tard, il reçoit l'ordination de mobed qui lui confère le droit de célébrer tous les offices. L'Avesta connaît toute une hiérarchie d'officiants ; il n'y en a plus que deux à l'autel : le zaotar (zôt) et le raêthwisltkara (râspî) ; le premier récitant, le second répondant, dialoguant ou représentant la communauté.

2° La liturgie. Il y a longtemps que les Perses n'offrent plus de sacrifices sanglants ; quelques traces en avaient

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