‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 103 sur 239 · IV. IRANIENS ET PERSES · texte numérisé non relu

IV. IRANIENS ET PERSES

L'autre vie. L'avestisme enseigne la survivance des âmes et la résurrection des corps; c'est un des traits les plus saillants qui le distinguent de la religion hindoue. On a vu que l'âme hésite à s'éloigner du cadavre ; elle demeure auprès de sa tête pendant trois nuits ; si elle est justifiée, elle aspire au bonheur parfait, si elle est damnée, elle chante le Gâtha du désespoir. Après ce stage préparatoire l'âme se met en route. Mais devant elle se dresse un pont colossal suspendu sur un abîme. Ce passage est gardé par trois anges, d'ordinaire Mithra, témoin de la foi jurée, Rashnu, ange de la divinité qui tient une balance d'or, et Sraosha. La pesée des bonnes et des mauvaises actions décide du sort de l'âme. Mais la pénitence rituelle du patet l'emporte sur tous les péchés. La pesée terminée, l'âme se dirige vers le pont « qui discerne » (cinvat). « Il s'y rencontre avec les deux Vâi, i'ange et le démon ; celui-ci souffle en tempête, s'efforçant de le faire tomber à la renverse dans le gouffre, l'autre le soutient et le guide dans sa course aventureuse. Sous ses auspices, le juste s'avance sans trembler et voit le pont s'élargir à mesure qu'il monte vers les hauteurs du ciel. Mais sous les pieds du pécheur étourdi par les hideuses clameurs des démons qui guettent leur proie, le tablier s'étrécit peu à peu jusqu'à la minceur d'une lame de rasoir ; il se cramponne en vain, en vain il crie au secours ; il tombe, et l'enfer l'engloutit (1). «Quant au juste, il parvient au séjour de la félicité ou Garônmâna, « la demeure des cantiques ». L'Avesta ne fait guère que mentionner l'enfer, séjour infect et terrifiant, domaine de l'immonde Druje. A l'époque pehlvie, on imagine en outre un purgatoire : Hâmestâkan, pour ceux dont s'équilibrent les mérites et les fautes.

Vers la fin du troisième millénaire après Zoroastre commencera une sorte d'ère messianique, dont les détails ne sont pas très assurés. Tous les morts ressusciteront pour le jugement dernier, conçu sous les espèces d'une gigantesque ordalie. Un immense déluge de métal fondu noiera la terre couverte des corps ressuscites. Les mauvais dispa-

(1) V. Henry, op. cit., p. 208.

raîtront à jamais ; le règne cTAhriman sera anéanti, et lui-même tué ou réduit à une éternelle impuissance. L'enfer sera supprimé. L'espace ainsi disponible sera annexé à la terre qui deviendra tout entière Garônmâna, c'est-àdire un lieu de béatitude parfaite, où les hommes, soustraits pour toujours à la crainte de la mort, goûteront une félicité sans nuage. Telle est l'eschatologie avestique. Il est bien difficile d'admettre qu'elle appartient telle quelle au fond original de la religion iranienne. Elle est, dans son ensemble, relativement moderne et a été, sans doute, profondément influencée par le judaïsme et — dans une bien moindre mesure — par le christianisme.

Problèmes et probabilités

14. Problèmes. — Parmi les éléments que nous avons essayé de décrire, les uns sont plus modernes et les autres plus anciens. Mais la majeure partie des textes avestiques est-elle notablement antérieure à la période sassanide ? Y a-t-il des textes remontant jusqu'à Zoroastre, ou au moins y a-t-il dans le système avestique une portion qu'on puisse rattacher avec certitude à ce réformateur religieux ? Nous exposerons successivement les trois solutions principales données à ce problème : la solution parsie, la solution radicale proposée par Darmesteter, la solution semi-traditionnelle dont Geldner et Lehmann sont les principaux champions. Ensuite nous essaierons de retracer le développement de la religion irano-perse, suivant les données qui nous paraissent les plus vraisemblables.

1° La thèse parsie. — a) La collection avestique. D'après le Dînkart, les vingt et un Nasks, créés par Ahura des vingt-et-une paroles de l'Ahuna vairya, ont été apportés par Zoroastre au roi Vishtâsp, qui en fit faire deux copies complètes, l'une pour le trésor de Shapîgan (?), l'autre pour les archives nationales (cet ouvrage est aussi attribué au dernier Darius). Alexandre envahit l'empire ; il brûle les archives. L'exemplaire de Shapîgan est enlevé par les Grecs qui le font traduire en leur langue. Le roi

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