‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 105 sur 239 · IV. IRANIENS ET PERSES · texte numérisé non relu

IV. IRANIENS ET PERSES

entretenaient avec les Juifs de Babylonie et leurs exilarques les relations les plus cordiales. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que la religion iranienne ait emprunté à la théologie juive quelques-uns de ses caractères, et précisément ceux qui la distinguent des autres religions païennes : à savoir le monothéisme rigoureux, la conception spiritualiste de la vie morale. Il n'est pas jusqu'à l'idée de loi écrite qui ne soit étroitement apparentée aux idées juives concernant la valeur absolue de la Thora. On ne rencontre pas, dans l'histoire des religions antiques, d'autres exemples d'un canon sacré et inspiré.

Quant à Zoroastre, que sa personnalité soit réelle ou purement mythique, il importe assez peu. S'il a existé, ce n'est pas à l'époque que lui assigne la tradition avestique, mais beaucoup plus tôt, «comme le suggéraient les historiens grecs. En tout cas, on ne saurait lui attribuer la paternité du système avestique, qui est de quinze ou vingt siècles postérieur à lui (dans l'hypothèse de son existence).

Ce système est rigoureusement déduit. Trop rigoureusement peut-être. L'influence des idées de Philon sur la littérature gâthique est assez problématique. On a, depuis Darmesteter, versé aux débats un texte de Philon luimême qui démontre que celui-ci connaissait les spéculations des « mages » sur les hypostases ou comme il dit sur les « vertus » divines. Il semble aussi que le savant éraniste ait exagéré le rôle de Tansar dans la confection des textes avestiques. Une difficulté surtout paraît sérieuse. La langue avestique était, au 111e siècle, une langue morte. Elle l'était même au 11e siècle, puisque les monnaies du roi indo-scythe Kanishka (110-131) reproduisent les noms des hypostases mazdéennes sous leur forme pehlvie, c'est-à-dire sous une forme phonétique dérivée par rapport à celle de l'Avesta. Comment imaginer que Tansar ait composé l'Avesta dans une langue morte depuis fort longtemps déjà ? Il est vrai que les partisans mêmes de l'antiquité de l'Avesta, tels que Stave, avouent que l'avestique était devenu « une sorte de langue d'église, comme le latin du moyen âge et l'hébreu des écoles rabbiniques. Bien plus, même dans les plus anciens passages, la langue est tantôt grammaticale, tantôt incertaine,

tantôt elle tourne positivement au barbarisme. La langue serait donc dans une certaine mesure artificielle ? Et de fait il doit y avoir là quelque mystère que nous ne pouvons que flairer (1).)) En somme, cette question [reste ouverte.

3° Solution semi-traditionnelle. — De nombreux savants, surtout en Allemagne, repoussent avec indignation l'hypothèse d'une falsification ou d'une fiction littéraire et s'attachent à la tradition parsie du ixe et du xe siècle. « Ce qui, attribué à Josias et à Helcias à propos du Deutéronome, remarque finement le P. Lagrange, n'était qu'un fait divers dont l'Orient est coutumier, une peccadille littéraire, devenait un crime abominable qu'on ne pouvait attribuer au monarque sassanide et à son conseiller (2). » Donc, il y a, suivant cette école, des parties archaïques dans l'Avesta : ce sont les Gâthas. Ces documents sont les documents originaux de la réforme zoroastrienne. Car il y a eu une réforme zoroastrienne, opérée par Zoroastre lui-même. Telle est l'opinion de Geldner, de Lehmann, de Sôderblom, d'Ed. Meyer. M. de Morgan s'y est rallié; Zoroastre aurait vécu au vne ou au vme siècle avant notre ère. Il serait Mède, suivant les uns, Bactrien, suivant les autres. Le nom du roi Yishtaspa, le mariage de Zoroastre, c'est tout ce que nous savons de la carrière du réformateur religieux. Zoroastre était-il « mage » ? On l'ignore. Heureusement la doctrine nous est mieux connue que le prophète. Les dynasties achéménide et surtout sassanide « ont adopté cette religion, l'ont fait triompher du pouvoir des mages, et l'ont fait respecter dans leur immense empire (3). »

Cette théorie a le défaut d'être beaucoup moins consistante que la première. Elle repose en définitive sur un acte de foi en la haute antiquité des Gâthas. Cet acte de foi peut, il est vrai, s'appuyer sur l'ancienneté de la langue avestique, et sur sa comparaison avec le vieux-persan des inscriptions ou avec l'idiome védique. Mais cet appui n'est solide qu'en apparence, de l'avis du moins

(1) Lagrange, La religion des Perses, p. 6.

(2) Ibid.

(3) Lehmann, op. cit., p. 441.

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