IV. IRANIENS ET PERSES
cTéranistes compétents. Surtout le tableau qu'on nous présente de la réforme zoroastrienne ne cadre guère avec ce que les inscriptions achéménides et les textes grecs nous apprennent de la religion des Iraniens à une époque où la réforme est censée avoir triomphé. Enfin, il semble que plusieurs au moins des tenants de cette opinion aient été influencés par le désir de trouver au monothéisme hébreu — ce paradoxe surnaturel de l'histoire ancienne — un parallèle, sinon un ancêtre, dans le système religieux dit zoroastrien. N'est-ce pas sous l'influence (plus ou moins consciente) de cet esprit que M. de Morgan écrit les lignes suivantes : «L'apparition de l'Avesta sur la scène du monde fut d'un grand poids dans les destinées de la philosophie et de la morale humaine. La conception d'un dieu unique, immatériel, était née. Bien, longtemps plus tard, nous la verrons apparaître aussi chez les Hébreux, appliquées Yahvé terrible et vengeur ; puis le christianisme, rentrant dans les sentiments aryens, fera de cette même divinité un dieu de bonté, de miséricorde, d'égalité des hommes devant lui (1). » Il est vrai que l'historien des Premières civilisations se voit aussitôt contraint, par ses propres méthodes, de renoncer à une synthèse aussi séduisante : il ajoute, en note : «Ce dieu, au début, n'était pas à proprement parler dieu unique, car il est le plus grand des dieux. )> Nous le remarquions plus haut : les faits certains ne sauraient cadrer avec cette théorie.
15. Probabilités sur le développement de la religion iranienne. — 1° Période pré-achéménide. — On est d'accord pour reconnaître dans l'Inde et dans la Perse les traces d'un état religieux antérieur à la séparation des deux peuples. Ces traces sont assez difficiles à saisir, car les Iraniens et les Hindous n'ont pas cessé, même après leur séparation, d'exercer les uns sur les autres une influence réciproque. Encore au ne siècle de notre ère, les princes bouddhistes indo-scythes connaissaient et honoraient les déités avestiques. Voici ce qu'on peut en dire de plus assuré. Appartiennent aux origines communes : les dieux Mithra et Verethraghna, les purifications, le nom du prê-
(1) De Morgan, op. cit., p. 319.
tre principal : Zaotar, le culte du feu et de cette plante sacrée que les hindous nomment Sôma et les Iraniens Haom,a\ enfin la balance des bonnes et mauvaises actions considérée comme fondement de la morale. Il est aussi indubitable que dans la langue religieuse les mots asura (ahura) et deva (daeva) sont communs aux deux races. Mais dans l'Inde, les asuras sont des démons, tandis qu'Ahura-Mazda (Assara Mazaash dans un texte assyrien de la bibliothèque d'Assurbanipal) est le dieu bon de la religion iranienne. Inversement les devas ou dieux de Tlnde sont devenus pour les Iraniens de mauvais démons. Cette opposition a été diversement interprétée. La mention d'Ahura-Mazda dans le texte assyrien rappelé ci-dessus nous obligerait à reporter l'existence de Zoroastre entre 1700 et 1200, si, comme le veulent les partisans anciens et modernes de l'opinion « traditionnelle », les noms de Zoroastre et d'Ahura-Mazda sont aussi inséparablement unis que les noms de Yahweh et de Moïse. On sait que les Grecs lui attribuaient une antiquité fabuleuse : 5.000 ans avant la guerre de Troie, suivant Hermodore par exemple, qui se fait sans doute l'écho d'une tradition perse préavestique. Concluons avec le P. Lagrange : « C'est le héros légendaire auquel on attribue les révélations divines primitives et la fondation du sacerdoce, dépositaire du culte qu'il a enseigné, le pendant assez exact de l'Enmeranduki babylonien... ou encore de l'Hénoch de la légende judaïque, le révélateur des secrets du ciel. On peut être sûr que celui-là n'a pas écrit les Gâthas, mais il était destiné à les écrire, c'est-à-dire à les couvrir de son autorité (1). » 2° Période achéménide. Cette période nous est connue par les inscriptions persanes, par les textes d'Hérodote et des autres historiens ou géographes grecs. A l'aide de ces documents, on peut relever dans l'Avesta un grand nombre d'indications précieuses sur la religion iranienne antérieurement à la codification avestique. La religion de l'époque achéménide n'est pas le monothéisme. Darius dans l'inscription de Bisoutoun ne nomme, il est vrai, qu'Auramazda, et l'invoque comme le plus grand de tous
(1) Lagrange, op. cit., p. 14.