I. LA RELIGION DES PRIMITIFS
lénienne. « Elles révèlent un profond esprit d'observation et un sentiment exquis de la nature (1). » Les unes sont tracées sur des instruments d'os, elles représentent des hommes, des animaux, des végétaux, des ornementations. Les autres sont des gravures et des peintures pariétales. Ces dernières méritent une attention particulière. On les trouve dans diverses cavernes (une vingtaine environ), dont plusieurs sont dans la Dordogne, la Haute-Garonne, en Espagne, à Altamira, près Santander, etc. Dans ces grottes, en pleine obscurité, sur la muraille, à des hauteurs diverses, on voit, gravées au burin, parfois profondément, ailleurs légèrement, diverses figures et scènes. Parfois, un enduit coloré, souvent indépendant de la gravure, les revêt de teintes variées. Ces gravures représentent des animaux, rennes, bisons, mammouths, chevaux, des figures humaines, des empreintes de mains se détachant en clair sur un fond brun rouge. On y voit enfin des groupements ou plutôt des enchevêtrements étranges et significatifs d'animaux, des scènes mettant en action des personnages, hommes et femmes, des signes divers. Ces représentations, au dire des savants modernes, n'auraient pas toutes pour seul motif, dans l'idée des primitifs de ces époques, la contemplation artistique ; elles auraient une destination religieuse et magique. Placées, parfois, dans des anfractuosités de rochers qui les devaient rendre difficilement visibles, en des endroits non éclairés, ces peintures, qui représentent surtout des animaux non carnassiers, étaient peut-être destinées, comme celles que MM. Spencer et Gillen ont observées en Australie (chez les Aruntas dont la civilisation et l'industrie sont analogues à celles des archéolithiques), à multiplier magiquement des espèces animales, totémiques ou non. C'est en tout cas, dit M. Déchelette, « une hypothèse qui explique, mieux que toute autre hypothèse, le problème de l'origine de l'art à l'époque du renne (2). » Les mains peintes se retrouvent aussi sur des parois en Australie et en Californie ; elles ont pour signification d'être un contrat d'alliance. Le bâton dit de
(1) Cartailhac, La France préhistorique, p. 67.
(2) Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, p. 271.
commandement ne serait-il pas lui même une simple baguette magique ? C'est l'interprétation « la plus acceptable (1), » En tout cas, MM. Capitan et Breuil rapprochent les gravures qu'il porte, de gravures boschimanes et esquimaudes. M. Breuil voit la peinture de rites d'initiation dans certains groupements de femmes autour d'un homme, qu'il a découverts dans une grotte du bassin del'Ébre. Et ne faudrait-il pas, ainsi que le pense M. S. Reinach, expliquer les dessins d'animaux que l'on retrouve sur les flèches, par ce même désir magique d'atteindre ou d'accroître l'animal convoité ? Pour les primitifs actuellement observables, qui ont même civilisation : pierre taillée et os, l'effigie sculptée ou peinte a, en effet, cette efficacité. « Plus nous pénétrons la civilisation glyptique des troglodytes chasseurs de rennes, de chevaux et de mammouths, plus nous arrivons à constater que les manifestations de leur activité et de leur pensée les placent à côté et au milieu des peuples actuels vivant dans des conditions sociales et matérielles identiques. Dans des circonstances semblables l'esprit humain, lorsqu'il est à un stade d'évolution analogue, parvient à des usages, à des conceptions équivalentes et très voisines les unes des autres (2). » Il n'est donc point étonnant, que, comparé avec celui des Esquimaux, des Boschimans et surtout des Australiens, de civilisation analogue, l'art quaternaire reçoive une explication religieuse et magique. L'homme n'était donc pas, comme le pensait G. de Mortillet, areligieux à cette époque. Le culte dont les morts étaient l'objet vient d'ailleurs confirmer cette hypothèse. On sait qu'en dehors du fameux pithecanthropus erectus de Java, dont l'interprétation est discutable, on a découvert à Néanderthal (Prusse rhénane), à Spy (Belgique) des crânes dolichocéphales. Mais, à côté de ces découvertes précieuses pour l'anthropologie, des squelettes entiers, des sépultures intactes ont été retrouvés, en Belgique, en France, en Angleterre, dans l'Europe centrale, qui sont beaucoup plus significatifs pour nous. On ne saurait douter maintenant que l'ensevelisse-
(1) Déchelette, loc. cit.
(2) Capitan et Breuil, Bévue de V École d 'anthropologie, février 1909, p. 76.