‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 113 sur 239 · V. RELIGIONS DE L'iNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE L'iNDE

dienne, même quand ils parlent quelque jargon très mêlé.

2. Les envahisseurs indo-européens de l'Inde se donnaient le nom de Aryas (= nobles), comme aussi les envahisseurs du plateau qui s'appela Éran ou Iran, les airyas (voir le chapitre : Iraniens et Perses ) ; il est admis que les uns et les autres avaient formé dans la Haute- Asie une communauté linguistique, religieuse et ethnique relativement cohérente, et que cette communauté constituait une des branches orientales de l'ensemble des tribus de langue indo-européenne. Comme airya dérive de ârya, on peut nommer cette branche aryenne, mais on dit aussi, et fort bien, « indo-iranienne ».

Les Aryas primitifs ou Indo-iraniens, immigrés dans l'Inde, possédèrent de bonne heure (xve siècle av. J.-G.) une littérature religieuse qui, remaniée et développée au cours des siècles dans des cercles sacerdotaux, porte le nom de Véda ; d'où la désignation « tribus védiques », imaginée à l'époque où nous pensions que le Rigveda était le bréviaire naïf des pasteurs de l'âge d'or; désignation aujourd'hui abandonnée, et qui n'est pas plus justifiée que ne le serait « tribus avestiques » ou « tribus druidiques »; il faut dire tribus âryo-indiennes, aryennes de race, indiennes d'habitat.

Les plus anciens documents de notre Véda furent — peut-on dire : certainement ? je le crois — rédigés dans la langue de tout le monde, très proche de la langue indoiranienne telle qu'on a le droit de la reconstituer par la comparaison de l'Avesta. Ce vieil idiome populaire, le védique ou vieux sanscrit, évolua au point de vue phonétique, et s'enrichit d'emprunts aux parlers des autochtones— pour aboutir aux prâcrits des inscriptions d'Açoka (111e siècle av. notre ère), au pâli, langue du bouddhisme, aux bhâshâs modernes ; mais il se conserva dans les cercles sacerdotaux; sans s'altérer radicalement, il devint sacerdotal; puis, sans perdre ce caractère, restant et devenant de plus en plus langue savante, il revécut, il s'imposa à la littérature « mondaine » (rédaction sanscrite du Mahâbhârata, ive siècle av. J.-G.?), à l'administration (depuis le commencement de notre ère), au bouddhisme, à tous les lettrés.

3. Comme on dit très bien « langue védique », comme on disait « tribus védiques », on prit aussi l'habitude de dire religion védique. Manière de parler inexacte, car le Véda, c'est-à-dire l'ensemble de la littérature révélée comme la définissent les Indiens, comprend des documents de caractères très différents, à tel point qu'on y distingue une couche représentant une religion proche de ce qu'a dû être la religion des Indo-iraniens ou Aryas primitifs, et des livres, les plus nombreux et peut-être les plus considérables, qui marquent la genèse ou l'avènement d'une religion spécifiquement indienne, en contraste marqué avec la première.

En fait, par « religion védique », on prétend désigner la plus ancienne religion de l'Inde de langue sanscrite, la religion antérieure aux développements qui remplissent les neuf dixièmes du Véda; la religion qui se reflète notamment dans le Rigvéda, partie la plus ancienne du Véda; en d'autres termes, la civilisation qu'il conviendrait de nommer religion aryenne de l'Inde, ou âryo-indienne,l& forme que prit dans l'Inde une tradition préhistorique, la tradition des Indo-iraniens, des tribus ou des aristocrates des tribus dont les unes devaient descendre dans l'Inde, et les autres s'épancher sur les plateaux de l'Iran.

Le terme rigvëdique n'est pas satisfaisant, car on ne peut affirmer que la pensée rigvédique, en ce qu'elle a de spécial, fut prépondérante chez tous les Aryo-indiens, et le Rigvéda ne représente pas toutes les traditions âryoindiennes : les « règles de la vie domestique » (Grihyasûtras, voir § 6) y sont passées sous silence. — Toutefois,. loin de nous la prétention d'abandonner la terminologie en vigueur : nous nommerons « religion âryo-indienne ou védique » la forme de civilisation que développèrent d'abord les immigrés indo-européens de l'Inde. Il reste à la définir, mais il faut la considérer comme plus aryenne qu'indienne.

A la première religion des immigrés aryens, se substitua, par évolution dans les cercles sacerdotaux entourés d'influences autochtones, une religion où les éléments aryens, traditionnels, ne sont plus prépondérants. « Religion»-

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