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V. RELIGIONS DE L'iNDE

n'est pas ici le terme exact : disons une mentalité, une sensibilité, des principes doctrinaux, des aspirations, une conception du divin et de la vie, qui se manifestent sous les aspects les plus variés et les plus contradictoires. Cette forme de civilisation peut être nommée indifféremment, ou brahmanisme, parce qu'elle a pour magistrats et pour représentants les brahmanes, ou hindouisme, parce qu'elle est spécifiquement indienne. On distingue souvent et on oppose brahmanisme et hindouisme, mais cette distinction, très loin d'épuiser les nombreux aspects de la civilisation indienne, dissimule le fait important : le paganisme indien est tout pénétré de théosophie (œuvre des brahmanes), et la théosophie a ses fondements dans le plus intime du tempérament indien. (Voir § 16 et 17.)

4. Brâhman (accentué sur la première syllabe, neutre) signifia d'abord « formule sacrée » ou « prière », d'où « science sacrée », et plus tard « le divin », « l'être infini et universel ». Brahmân (accentué sur la seconde syllabeT masculin) désigne l'homme qui s'occupe du brahman, le prêtre ou brahmane (aussi brâhmana); plus tard l'être divin personnel, le créateur, que nous avons pris l'habitude de nommer, contrairement à notre règle générale de transcription, sous la forme du nominatif, Brahmâ.

On ignore, mais on peut deviner l'histoire primitive des brahmanes. Il est certain que les Indo-iraniens avaient des prêtres — le hotar (iranien zaotar), qui convoque les divinités à la jonchée d'herbe (barhis, iranien beresman) où on dépose l'offrande ; Yatharvan (iranien âthravan), qui s'occupe du feu — et un sacrifice solennel, qui consiste essentiellement dans le pressurage d'une plante de montagne, mal identifiée, et dans la libation au feu (agni) du jus de cette plante, liqueur enivrante qu'on appelle soma (iranien haoma, de su, extraire par pression). L'Inde ancienne posséda deux rituels : le rituel domestique (gri hya, de griha, maison ), et le rituel à trois feux, avec immolation d'une victime (paçu, pecus) et offrande de soma. Selon toute apparence, c'est autour de ce second rituel, dont les formes anciennes nous sont inconnues, que se forma la « caste » des brahmanes, plus exactement une aristocratie sacerdotale formée par des castes (ou groupes de

gentes théoriquement consanguines) spécialisées dans Tinvocation des dieux et les opérations liturgiques.

5. Le Véda, « science », est le résumé de la tradition sacerdotale et essentiellement, tel que nous le possédons la collection des bréviaires et de la scolastique du sacrifice du soma. D'abord les Samhitâs, recueils des stances ou hymnes (ngveda), des mélodies (sâmaveda), des formules en prose du sacrifice (yajurveda); recueils qui ont une longue histoire, car sous l'unité qu'ils conservent dans leurs diverses recensions (ou « branches »), on reconnaît la juxtaposition de traditions distinctes, jadis propriétés de familles rivales. A ces recueils furent annexés les Brahmanas, commentaires, opinions des docteurs sur l'origine et la valeur mystique des rites de la liturgie arrivée au maximum de son développement. Quand on compare ces explications (arthavâdas) aux hymnes-prières du Rig, on reconnaît l'antiquité exceptionnelle de toute la masse de ces vieilles prières (Barth). Viennent ensuite les Upanishads, spéculations qui se soudent à celles des Brâhmanas, mais qui sont nettement philosophiques. Tout ceci constitue la révélation (çruti) ou Véda. Les Sûtras du sacrifice, règles pratiques, appartiennent à la« mémoire» ou tradition (smriti).

6. Le rituel de la maison est plus ancien que le sacrifice du soma, plus ancien que les brahmanes, plus ancien que les Indo-iraniens. Ses origines sont indo-européennes et non pas brahmaniques. Le père de famille est le prêtre du feu domestique. — Mais les manuels de ce culte, par leur rédaction, sont plus jeunes que le Véda, dont ils ne font pas partie, et ils ont été rédigés par les brahmanes, à titre d'annexés du Véda. En effet, les « hommes de la formule » (ou de la prière) (brâhmanas), professionnels du grand culte du soma, ont étendu leurs prétentions et leurs droits sur tout ou presque tout le sacré. Les membres des gentes brahmaniques ne sont pas tous prêtres, sinon pour leur culte intime — comme le demeurent aussi dans certaines limites tous les « maîtres de maison » — mais seuls ils peuvent officier pour autrui (voir § 15). Les Aryas, quand ils n'appartiennent pas à ces gentes privilégiées, qu'ils soient « princes » ou « guerriers » (ksha-

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