V. RELIGIONS DE l/lNDE
et des cultes solaires, on reprendra le travail à nouveaux frais, on tiendra compte des rituels, des institutions, du folk-lore. Il faut renoncer à la définition des quatre castes, empruntée aux brahmanes et qui n'a presque aucun rapport avec les faits, et lui substituer les descriptions nuancées qui correspondent moins mal à l'indescriptible variété des castes. De même, « derrière ce paravent d'immuabilité prétendue » et de régularité factice que dresse la littérature savante (1), il faut deviner la naissance, les transformations, le mélange des croyances savantes ou frustes. L'histoire des sectes philosophiques, des traditions sacerdotales, des grandes dévotions ne révèle pas toute l'Inde, et on voit cette histoire sous un jour faux si on ne la place pas dans le milieu où elle s'est développée.
9. A mesure que l'indianiste connaît mieux son métier, il devient plus modeste. — En histoire, on n'a pas toujours le droit de tirer d'un texte tout ce que ce texte renferme, bien loin d'avoir jamais celui de suppléer aux textes par l'induction et l'analogie. On doute si une explication vaut un document ; et pour qu'un document possède sa pleine valeur, on croit qu'il doit expliquer et être expliqué. — Des hypothèses sur les origines, l'évolution, les causes de l'évolution des religions de l'Inde, l'indianiste en a un grand nombre sous la main. Bienveillant à toutes, mythe solaire, évéhmérisme, évolution des rites et des représentations sauvages sous l'influence de la spéculation et du progrès social et moral, invention philosophique ou théologique des sages, tradition immémoriale des lois et cultes domestiques, il trouve occasion de les justifier tour à tour. — Pour lui, l'essentiel est de se faire une idée relativement exacte de l'esprit indien et de ses différentes manifestations : son « hiérographie » n'est pas de l'histoire, mais de la description ; et s'il met de l'histoire dans la description, c'est un peu parce que certaines grandes lignes ne sont pas méconnaissables ; c'est surtout pour que la description soit intelligible.
10. Notre chronologie de l'Inde ancienne repose presque uniquement sur les relations du bouddhisme, à
(1) Senart, Origines bouddhiques, p. 2-3.
peu près daté (vie siècle av. J.-C), et de la littérature védique, non datée, mais dont les documents peuvent être disposés dans un ordre assuré.
Le bouddhisme, institut monastique issu de la « spiritualité » brahmano-hindoue, témoigne d'un état général des croyances et des mœurs religieuses qui correspond à certaine période de l'histoire littéraire du védisme-brahmanisme. Il nous apprend que, vers le vne-vie siècle avant notre ère, les brahmanes se préoccupaient beaucoup plus de Brahmâ que des dieux mythologiques du Véda, que ces dieux penchaient vers le folk-lore, que l'ascétisme était à la mode, que la croyance à la transmigration était générale. Or les Upanishads, suppléments des Brâhmanas que précéda l'Atharva que précéda le Rig, paraissent marquer la genèse de l'ascétisme; elles parlent à mots couverts, comme d'une découverte sublime, de cette doctrine de la « transmigration réglée par le mérite » que le Bouddha tient pour évidente et vulgaire vérité. — Ceci à titre d'exemple. — D'autre part, au vne-vie siècle, la langue et la race indo-européennes s'étaient depuis longtemps épandues et acclimatées dans le bassin du Gange, tandis que la géographie du Véda témoigne d'une époque où elles étaient encore « penjabiennes », ignoraient certaine faune et certaine météorologie: la langue avait subi de profondes altérations (voir § 2) ; les rapports entre Aryas et autochtones n'étaient pas moins transformés (voir § 6).
Les sanscritistes admettent volontiers que l'histoire littéraire du Véda et l'évolution linguistique et doctrinale exigent un intervalle de dix siècles entre la première rédaction des hymnes du Rig et celle des Upanishads antérieures au Bouddha. — Les orientalistes des pays de vieille écriture font des difficultés pour admettre l'authenticité de textes conservés pendant un millénaire et davantage par la seule tradition orale ; mais ils ont tort. — Cependant on chiffre très mal le temps qu'ont réclamé les changements phonétiques, ethniques et moraux. Enfin, on ne peut faire grand fond sur les indications astronomiques qui se trouvent peut-être dans la littérature sacrée.
Il reste que les «védisants» sont d'accord avec la haute