V. RELIGIONS DE l/lNDE
antiquité du plus vieux Véda, et que, à examiner le problème du dehors, le Véda est en effet trop proche de la langue, de la littérature et de la religion iraniennes pour être très éloigné de l'époque où les Aryas primitifs se divisèrent en Aryo-indiens et en Iraniens. Des documents cunéiformes permettent aux plus hardis de proposer pour cet événement le troisième millénaire (fin) ou le second (commencement).
L'histoire religieuse après le Bouddha a encore moins de chronologie — et il est fâcheux que la période la plus ancienne et la moins documentée présente des lignes plus nettes que la période suivante ! Les dévotions de Tlnde contemporaine (cultes de Çiva et des avatars de Vishnou, etc.) ont probablement peu varié depuis Fépoque des Purânas (Vishnupurâna, ve siècle de notre ère), et celles du Mahâbhârata (rédaction, ive siècle avant J.-C?) devaient y ressembler beaucoup. La théologie de ces dévotions (panthéisme, incarnations) est tout entière dans la Bhagavadgîtâ, qui est, au plus bas, des environs de l'ère chrétienne (§ 27, 40). Le Çiva du xixe siècle est un doublet du Rudra prébouddhique. Le monisme du philosophe Çamkara (vme siècle) est beaucoup mieux qu'en germe, dans des documents qui sont, eux aussi, antérieurs au Bouddha. Avant et après le Bouddha, il y a eu vingt fondateurs de sectes ascétiques ou réformatrices. — Enfin, on se demande si le silence des vieilles sources et le caractère du vieux culte bouddhique autorisent à placer après le Bouddha les dévotions du Mahâbhârata et notamment l'apothéose du demi-dieu tribal Krishna ? Un motambigu de Mégasthène, une inscription du 11e siècle et une règle grammaticale qui doit être du même temps fournissent le terminus ad quem; et il n'y a pas, à vrai dire, de terminus a quo.
Ce qui est récent dans la littérature est souvent très vieux. L'idée qui domine exclusivement dans telle de nos périodes de l'histoire littéraire, peut n'être autre chose que l'idée fixe d'un groupe isolé. Les rapports entre les faits, c'est-à-dire les croyances, et les théories savantes, c'est-à-dire les théologies et les scolastiques, sont difficiles à déterminer. Notre chronologie est flottante et nos reconstructions sont conjecturales.
Hist. Rel.— I — 16
On n'explique pas l'origine des religions indiennes, car on n'explique aucun commencement ; et on ne peut pas faire l'histoire de ces religions, parce que les matériaux ne sont pas datés. Les« lignes d'évolution » ont été vingt fois rompues et reprises. C'est besogne stérile que chercher la souche-mère du figuier indien (l'arbre du Bouddha, ficus religiosa), quoi rami, tôt arbores. Mais on peut essayer de faire glisser quelque lumière parmi ses troncs, ses racines et ses lianes.
Religion indo-aryenne ou védique
11. On reconstruit l'antique forme indienne de la religion indo-iranienne — car c'est une reconstruction, qu'on ne l'oublie pas — à l'aide de documents dont l'âge et la précision diffèrent beaucoup.
1° L'Avesta permet de faire remonter à une époque antérieure à la séparation des Aryas de l'Inde et de l'Iran, les dieux, croyances et rites attestés dans le Véda et dans l'Avesta. — La mythologie indo-européenne prouve que plusieurs données védiques, ignorées en Iran, faisaient partie du patrimoine commun aux Indo-européens d'Asie et d'Europe.
2° Le Rigvéda nous renseigne sur le panthéon, la nature des dieux, les rapports de l'homme avec les dieux par le sacrifice, la vie future; et, moins nettement, sur la prière, la morale.
3° Les Sûtras domestiques (200 av. J.-C, § 6) exposent la vie religieuse intime des clients des brahmanes, conçue en fonction d'une théologie volontiers unitarienne et d'une morale très morale. — Points de contact nombreux avec la tradition indo-européenne (mariage, funérailles, etc.).
4° L'Atharva (§ 6) rend des services analogues au point de vue de la démonologie et de la superstition.