‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 13 sur 239 · I. LA RELIGION DES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

I. LA RELIGION DES PRIMITIFS

ment de la plupart de ces squelettes n'ait été intentionnel. A Laugerie-Basse (Dordogne), à la grotte des Enfants de Grimaldi, le squelette avait cette position repliée des momies péruviennes, que Ton retrouvera plus tard en Egypte et qui est encore en usage chez diverses peuplades sauvages, dans un but religieux que nous déterminons plus loin (§ 5, fin). Certaines interversions de membres du squelette, comme à la grotte des Enfants et à la grotte des Hoteaux (Ain), la peinture rouge dont le squelette était enduit, témoignent qu'il avait été, avant sa mise définitive au tombeau, préalablement décharné (décharnement présépulcral, § 5, fin). Les ornements, colliers, etc., les pierres colorées parfois de la couleur du squelette, le mobilier funéraire composé de pointes, de lances triangulaires, grattoirs, etc., démontrent la préoccupation, chez les troglodytes quaternaires, de pourvoir à la survivance du mort, l'existence chez eux d'un culte funéraire. M. Arcelin a même remarqué qu'une relation existe entre ces sépultures et les foyers troglodytes. Il y voit un rapport intentionnel. Déjà « semble poindre dans cette relation intime de la tombe et du foyer, une première manifestation du vieux culte des divinités domestiques appelé à constituer plus tard, chez les peuples de l'antiquité classique, la base fondamentale de la famille et des institutions sociales (1). » Du moins, de tous ces soins donnés par les troglodytes à leurs morts « on doit inférer que la conception d'une survie de l'être humain n'était point étrangère à leurs croyances primitives. Si rudimentaire que soit encore le mobilier de ces anciennes tombes de l'Europe, il atteste la haute antiquité de la religion des Mânes (2). » Nous pouvons donc conclure que ces vieilles races d'hommes possédaient des croyances analogues à celles de tribus sauvages décrites par les explorateurs et les missionnaires, croyances grossières, tout imprégnées de magie peut-être, mais qui souvent se trouvent être compatibles chez les primitifs modernes (Bantous,

(1) Déchelette, op. cit., p. 300.

(2) ld., ibid.

Pygmées, certains Australiens) avec la foi à des divinités supérieures.

5. Période néolithique. — La période néolithique est l'âge de la pierre polie par opposition au paléolithique, âge de la pierre taillée. Un climat désormais tempéré succède au froid du magdalénien ; les glaces sont renfermées dans les limites qu'elles ont encore aujourd'hui conservées ; le renne a disparu vers les régions boréales, il est remplacé par les animaux de la faune actuelle. De vastes forêts couvrent le sol. Cette période est précédée par une époque intermédiaire dont il n'y a pas lieu de s'occuper ici.

On a vu dans le néolithique une nouvelle civilisation s'insérant sur la civilisation existante, et qui se serait propagée plutôt par l'expansion des croyances que par des migrations. Quoi qu'il en soit, on la peut caractériser par ces quelques lignes de M. de Morgan : « Avec l'arrivée du néolithique, nous voyons apparaître le polissage de la pierre, l'emploi des roches dures pour la confection des armes et des outils polis, l'usage d'une pointe de flèche spéciale très caractéristique, une céramique abondante, la culture des céréales et des plantes textiles, le tissage, l'élevage du bétail, la construction, non seulement de huttes sur le sol, mais de véritables villages sur l'eau. Les idées religieuses se dessinent, nous en trouvons des traces spécialement dans la sépulture qu'on donne aux morts. L'architecture commence avec les dolmens et les pierres levées. L'industrie se développe ; on creuse de véritables mines pour extraire du sol le silex, matière première indispensable qui devient l'objet d'un commerce très étendu. De vastes ateliers se créent pour alimenter l'exportation de la pierre. L'homme protège ses agglomérations au moyen d'enceintes fortifiées (1). » Au travers de ces divers aspects de l'activité humaine, et, sans entrer dans le détail confus des subdivisions chronologiques et des origines (Sibérie, Orient) de cette civilisation, que l'on trouve en France, en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Asie-Mineure, en Egypte, en Grèce, etc., retenons surtout ce qui concerne les croyances religieuses.

(1) De Morgan, op. cit.y p. 144.

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