‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 120 sur 239 · V. RELIGIONS DE L'iNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE L'iNDE

magie du feu, du soma, de la formule ; qu'ils aient fait du salaire (dakshinâ) le facteur essentiel du succès liturgique, «te. — L'évolution de la doctrine du sacrifice est certaine, et elle s'explique (§ 18, 25).

13. Cependant les questions sont toutes en nuances, et très délicates, car, si bien que nous soyons renseignés sur les dieux (Rig) et les rites (Yajus ; Sûtras, beaucoup moins anciens), il est difficile d'apprécier « tout un côté de la religion, ce qu'il y a en elle de plus intime et de plus profond... les rapports entre l'homme et la divinité autres que ceux de l'offrande et du rite, la nature et le rôle de la prière, la façon de concevoir la pureté, la sainteté et leurs contraires, la notion du péché et la contrition... » (Barth).

1° Il est faux que le Rig et le rituel qui lui correspondait furent essentiellement ou surtout magiques ; mais on ne contestera ni « l'action quelque peu tyrannique exercée [souvent] par les prêtres sur les dieux ni l'efflorescence magique dont témoigne l'Atharva. — Comment déterminer l'étiage ancien de la magie dans le sacrifice du soma offert aux grands dieux? Elle devait, dans la suite des temps, le remplir tout, expulsant la piété, sinon la terreur. Y eut-elle toujours quelque place, et quelle place ?

2° Il y a, dans le Rig, d'excellente théologie. Les divinités sont souvent, en bon français, transcendantes. Varuna est moral, au sens strict du mot ; il surveille et il punit. A côté des dieux qu'on peut appeler populaires, étant « naturistes » (Vâyu, le Vent; Indra, dieu du tonnerre, etc.), il y a des dieux « êtres de raison» (Créateur, Universel artisan). — Fait capital, tous les dieux (un seul excepté, le terrible Rudra, voir § 25), les Célestes (devas) ou les Seigneurs (asuras) sont des héros immortels, brillants, exempts de la méchanceté, de la perfidie, du féminisme si répandus dans d'autres mythologies (Oldenberg). « La religion védique est essentiellement une religion de mâles. Le culte de l'énergie femelle se retrouve bien dans toutes ces figures de Vaches, de Cavales, de femmes des eaux, mais à l'état d'une conception vague et latente, et ce n'est que vers la fin qu'on la sent vraiment grandir ; » (Barth) [ce culte débordera dans le brahmano-hindouisme].

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— Bien loin d'être « pan démonisme », le Rig est exempt de démonisme, comme d'idolâtrie.

Quels rapports entretient cette bonne théologie avec la croyance contemporaine ? N'est-elle pas pour une part, et pour quelle part, d'origine sacerdotale ? — La doctrine sacrificielle des Brâhmanas, avons-nous dit, est « ésotérique », « sacerdotale » : de même on peut se demander si la théologie et la décence du Rig ne portent pas la marque d'un ésotérisme plus ou moins prononcé. On peut penser que les familles auxquelles nous devons les Hymnes étaient intellectuellement et moralement supérieures à la foule. Peut-être les Aryas du commun, à la différence de quelques-uns de leurs prêtres, ne concevaient pas les dieux en fonction de l'ordre universel, comme créateurs et maîtres du monde et des hommes.

3° Quelle est d'ailleurs l'importance de l'élément strictement moral dans la tradition du Rigvéda lui-même ? M. Oldenberg est plutôt pessimiste. Indra, violent et sincère, buveur de l'enivrant soma, dieu de l'orage, dieu national et guerrier, ne représente pas une théologie très raffinée ! et il accapare une bonne partie du recueil. Varuna, si sublime qu'il soit, est beaucoup moins bien partagé. On peut dire qu'Indra fut peut-être, à l'origine, le seul buveur de soma, et que notre Rig est formé d'anciens bréviaires du culte du soma ; que la gloire de Varuna est sur son déclin, comme l'indiquent les transformations que subira cet ancien Asura, frère jumeau ou doublet indien d'Ahura Mazda.

Mais ces questions ne se tranchent pas à coups d'arguments. De l'avis de M. A. Barth, si on ne trouve pas dans le Véda « la prière chrétienne, l'expression d'un commerce intime et permanent de l'âme avec Dieu... », « il ne faut pas rabaisser sans nécessité la noblesse native de deux peuples [Aryas indiens et iraniens] qui n'ont été surpassés par nul autre pour la conception profonde des idées de loi et de devoir [rita, dharma]. »

4° Sur la vie religieuse en général, dont le sacrifice solennel n'est qu'un épisode ou un ornement réservé aux optimates, le Rigvéda nous renseigne avec parcimonie. Mais les Grihyasûtras, « règles du culte domestique »,

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