‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 121 sur 239 · V. RELIGIONS DE i/lNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE i/lNDE

permettent de suivre l'Arya des rites de la fécondation jusqu'au mariage, au bûcher et à la tombe; etl'Atharva nous documente sur une foule de cérémonies, labourage, lustration du bétail, etc., dont l'antiquité n'est pas douteuse ; il est riche en folk-lore et en croyances de second ordre.

Les Grihyasûtras, dans l'ensemble, sont moraux et « religieux»; l'Atharva, magique et démoniaque. On peut utiliser le second comme un témoin immédiat de la croyance, ou comme un document professionnel (car le grimoire du sorcier renseigne mal sur le client du sorcier). On peut dégager les premiers de l'esprit religieux, qui serait adventice, et insister sur l'animisme dont ils ne sont pas exempts ; ou bien, et c'est aller plus au fond des choses, mettre en lumière le caractère social et obligatoire des rites.

14. Il ne faut pas construire un tableau idyllique de la vieille société aryenne, en exclure la superstition et la démon ologie. Ce serait peut-être épurer à l'excès la pensée des maîtres de la tradition rigvédique, et, certainement, leur attribuer un pouvoir éducatif et réformateur qui manqua à Zoroastre lui-même, sinon à Moïse. — Par contre, il est encore plus arbitraire d'éliminer les notions religieuses très précises du Rig et des sûtras domestiques, de les dénoncer comme formellement livresques. — Les contraires furent mêlés et superposés : l'Inde historique nous apprend, par plus d'un épisode notable, que tout est dans tout.

Les prêtres et les doctes de l'Inde, même à l'époque où la caste et la langue établissent comme des biefs dans l'idéologie religieuse, pensent probablement comme leurs contemporains — à peu près comme leurs contemporains (voir § 24) — sauf les cas d'ésotérisme incontestable. Les ritualistes (Brâhmanas) assurent que le soleil ne se lèverait pas si le prêtre-chantre « ratait » un sâman, si le récitateur commettait une faute d'accent ; les Vedântins proclament que le monde n'est qu'une magie, mâyâ, « torrent des mobiles chimères » (voir § 23), et les bouddhistes que « rien n'existe, rien n'arrive » : l'ésotérisme est notoire. Mais lorsque les poètes du Rig exaltent la toute-puissance

de leurs dieux et leur infatigable clairvoyance, vantent leurs exploits mythiques ou leur bonté (Açvins, guérisseurs, etc.), paraissent ignorer, ou bien peu s'en faut, tout acte de cruauté ou de licence divines, il ne sied pas d'imaginer que ces dieux, pour le vulgaire, étaient des esprits démoniaques ou de petits tyrans du pâturage.

Plusieurs traits, qui suffisent à dessiner un schéma, ne sont susceptibles que d'une seule interprétation ; certaines institutions nous renseignent immédiatement sur l'esprit qui les anime. — Par exemple, les rites funéraires sont exempts de la sauvage horreur qui se manifeste chez tant de primitifs (Barth) ; les morts, ou Pères, sont des amis et des bienheureux. Le panthéon, quelques perfectionnements qu'on attribue à la tradition savante par où nous le connaissons, a certainement origine et point d'appui dans la croyance générale, croyance très vieille puisqu'elle se reflète dans l'Iranisme. Les esprits malfaisants, en face des dieux, sont de très petits personnages ; et souvent ils présentent un double aspect (la déité qui tue les enfants est la même qui les guérit et les donne) ; il y a un abîme entre la démonologie védique, peu exigeante, et la démonologie zoroastrienne. Nos textes rendent l'image d'une civilisation sereine, et ils ne peuvent nous tromper sur ce point.

On a, en résumé, de sérieuses raisons d'assigner à la religion âryo-indienne un niveau relativement élevé. Les fiançailles, le mariage qu'il n'est pas abusif d'appeler monogame, l'étroite dépendance à l'égard des dieux, l'hospitalité, beaucoup de points devraient être examinés en détail.

15. La religion est, dans un sens, strictement familiale. Quels que soient le nombre des prêtres et la complication de la liturgie, le sacrifice védique ou brahmanique (yajnà) restera chose strictement privée. Seul, ou entouré de brahmanes qui parlent et gesticulent en son nom et à son profit, le père de famille, auquel la « maîtresse de maison » est associée, sacrifie et prie pour assurer la subsistance de la maisonnée, le bonheur des ancêtres, la naissance d'un fils. — Offert aux dieux des ancêtres par l'intermédiaire du feu domestique, qui est toujours le même feu,

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