‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 122 sur 239 · V. RELIGIONS DE L'iNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE L'iNDE

le sacrifice garde à travers les générations le même sacrificateur : au moment où le père sent qu'il va mourir... il dit à son fils : « Je voudrais mettre en toi ma parole, mon souffle, mon œil,... mes œuvres,... ma conscience. » Le fils répond : « Je prends en moi ta parole... » — Les ancêtres occupent une place si importante dans la religion indienne que Manou a pu dire : « Une offrande aux ancêtres vaut mieux qu'une offrande aux dieux. » — Le feu tient de l'homme et du dieu; on lui donne le titre du père de famille : grihapati, « maître de maison ».

Cependant les liens sont étroits entre la famille et la communauté aryenne dont elle fait partie. On peut supposer que les prêtres, qui prirent vite le sentiment de caste, contribuèrent beaucoup à fixer et à resserrer ces liens; mais, dès l'époque indo-iranienne, le jeune homme n'est admis au mariage, au sacrifice pour son compte, au commerce des dieux et des hommes, que s'il a été « éduqué » (upanîta), initié, revêtu du « cordon » qui aujourd'hui encore distingue les castes supérieures. Il appartient à un brahmane, choisi comme précepteur spirituel (guru), de conférer au fils d'un Arya, brahmane, noble ou du commun, la « seconde naissance », de le présenter aux dieux : « Le Feu prend ta main, Soma prend ta main, Savitar (Excitateur, dieu solaire) prend ta main... »

Hindouisme ou Brahmanisme

16. Il est assez facile de construire l'histoire religieuse sur le plan de l'histoire littéraire. On distingue alors le brahmanisme ancien ou « non sectaire» : les institutions sociales, les rites et l'idéologie (ascétisme, panthéisme) qu'illustrent les Sûtras (lois de Manou), les Brâhmanas et les Upanishads ; le brahmanisme moderne ou sectaire, les cultes de Çiva et de Vishnou adoptés et adaptés par les brahmanes : c'est la forme savante, théologique de Y hindouisme ancien (Épopée : Mahâbhârata). Sous l'étiquette commode d'hindouisme moderne, on range les dévo-

tions et le paganisme hindous des époques plus récentes (Purânas et Tantras).

Mais plusieurs des idées essentielles du brahmanisme dit ancien, étrangères à la vieille tradition des brahmanes (culte du soma), sont probablement sorties du« çoudrisme » ; d'autre part, il y a beaucoup de la sagesse des brahmanes dans FÉpopée, dans les Purânas, dans les Tantras. — Nous pensons qu'il est plus judicieux d'écarter tout appareil chronologique, de considérer le brahmanisme-hindouisme comme un tout, fort hétérogène et troublé, mais presque indivisible et immobile ; d'y distinguer deux aspects ou deux courants : la théosophie et la dévotion se développent à côté l'une de l'autre, quelquefois distinctes, le plus souvent mêlées, la seconde souvent dissimulée sous la première, toutes deux tantôt savantes ( et alors elles seront, à proprement parler, brahmaniques, c'est-àdire aristocratiques), et tantôt frustes (et on les qualifiera volontiers d'hindoues, c'est-à-dire païennes ou populaires).

En principe, les savants veulent parvenir au nirvana, à l'anéantissement béatifique dans le Dieu-Tout; les simples veulent se réunir à leur Dieu, personnel et providentiel. Les premiers prennent la« route de la connaissance» (jnânamârga : théosophie); les seconds, la «route de la dévotion» (bhaktimârga). — Mais la dévotion va du délire fétichiste à la piété; la théosophie, des rites erotiques et magiques à la gnose spiritualiste.

17. Le brahmanisme-hindouisme est caractérisé par des traits particuliers, sans parler de la caste : croyance à la transmigration et à la rétribution des actes dans les vies à venir, divines ou infernales ; aspiration au nirvana; croyance à la nécessité ou à l'efficacité de la pénitence ; un certain panthéisme qui, combiné avec la dévotion polythéiste, se concrétise dans la doctrine des avatars, « descentes » et personnifications du Dieu-Tout, etc. Rien de tout cela (ou très peu de cela) n'est visible dans les documents les plus anciens ou les plus archaïques, qui permettent en effet de reconstituer, comme nous avons essayé de le faire, une religion « âryo-indienne », étrangère à la sagesse brahmanique (panthéisme, gnose philosophique,

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