‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 123 sur 239 · V. RELIGIONS DE i/lNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE i/lNDE

ascétisme) et à la superstition indienne (renaissances, pénitences, idolâtrie, évhémérisme).

Un exemple montrera qu'il s'est accompli autre chose qu'une évolution, mais, si on peut dire, une révolution, et qui intéresse le plus intime de la psychologie religieuse. — Le « maître de maison » ârya (Rigvéda et rituel domestique), sans être Sciai Sat^cvêaTaToç, aime et vénère ses dieux; il mange de la viande et de la vache ; il demande aux « célestes » postérité de mâles ; il espère rejoindre les Pères le plus tard possible, après une vie de«cent automnes », et s'éjouir avec eux, dans la prairie d'asphodèles, des offrandes de ses descendants. La vie est sereine, joyeuse, active, très peu « surnaturelle » ou intellectuelle. — A l'époque immédiatement prébouddhique (vne siècle av. J.-C), le religieux Jaïna n'a ni femme, ni enfants, ni sacrifice, ni travail; abstinent rigoureux, il redoute même d'écraser la vermine qui le dévore; il ignore systématiquement les dieux (ne pas dire : « le dieu pleut », Zeuç'usc, devo varshati) ; il finit par se laisser mourir de faim pour posséder une immortalité transcendante et indéfinissable. — Pour citer plusieurs oppositions d'un contraste aussi frappant, il suffirait de passer en revue les divers aspects de la civilisation hindoue.

On peut chercher à expliquer cette «révolution», de la religion âryo-indienne au brahmanisme-hindouisme.

Le progrès de la réflexion aboutit souvent à la préoccupation du salut personnel, au pessimisme, à l'athéisme; panthéisme et monothéisme aussi sont, dans tous les pays, au bout des spéculations sur les vieilles croyances animistes. Mais le travail spéculatif a été dominé, dans l'Inde, par des conditions spéciales, et sans doute rend-il insuffisamment compte du fait essentiel de l'histoire de l'Inde : la note mystique, ascétique, pessimiste de l'imagination, note peu aryenne, et même peu rigvédique. Aussi de bons esprits croient qu'il faut « faire intervenir » un facteur d'une autre nature. — La vieille religion sanscrite (et la vieille psychologie) est aryenne, car les non-âryas, les autochtones, y demeurent étrangers. Les « Peaux-noires » , les « Sans-nez » et les « Sans-dieux» dont parle le Rigvéda sont ethnographiquement distincts des blancs Aryas;

ils n'ont ni les mêmes dieux, ni la même moralité. Mais peu à peu, et à mesure que les clans âryas envahissent la Péninsule, les sangs se mélangeront. Ne mettons pas en doute le rôle de l'habitat, de l'évolution doctrinale, etc., qui transformèrent l'indo-iranisme primitif en indo-iranisme indien, et qui continuèrent à agir. Il paraît cependant probable que le mélange ethnique ou des infiltrations idéologiques furent les principales causes du caractère nouveau que porte la civilisation brahmanique ou hindoue.

Mais il ne faut pas grossir indûment le bilan des emprunts et des influences autochtones, — procédé trop commode. Les livres védiques montrent l'éclosion ou le développement, et le plein épanouissement de notions nouvelles, qui « informeront » l'Inde historique, et qui s'expliquent assez bien par un procès intellectuel lentement poursuivi dans les écoles sacerdotales (voir § 18).

Quoi qu'il en soit, on ne se trompera pas beaucoup en admettant que les Aryas ont importé une civilisation aryenne qui, enrichie plutôt qu'altérée, se manifeste dans ce qu'il y a de plus archaïque dans le Véda et les livres domestiques, et persiste dans des traits nombreux jusqu'à nos jours. Mais vers la fin du second millénaire avant J.-C. (ou pendant la première partie du premier millénaire ?), se constitue la civilisation de l'Inde historique, une moralité ou psychologie très complexe, riche d'hérédités aryennes (culte familial, culte des morts, idée du devoir), caractérisée par un mélange intime de mystique, de paganisme et de dévotion. Le départ est malaisé entre ce qui est, d'origine, ârya et non-ârya ; mais le rôle prépondérant de l'aristocratie aryenne (c'est-à-dire des brahmanes) n'est pas contestable : les brahmanes élaborent et précisent un certain nombre de catégories (définitions du sacré, du divin, de la sainteté, de la fin dernière, etc.) qui semblent faites exprès pour encadrer et soutenir les intuitions, les dévotions, les superstitions populaires.

18. Sans vouloir tracer le schéma de cette évolution, de la tradition âryo-indienne au brahmanisme-hindouisme, nous en signalerons quelques étapes ou quelques facteurs : comment, par un processus interne, la théologie du vieux clergé védique se désagrège et se transforme, comment de

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