‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 125 sur 239 · V. RELIGIONS DE i/lNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE i/lNDE

Le yoga fut brahmanisé et moralisé. Les liturgistes fai saient du rite magique (notion sauvage ou barbare) une grande force cosmique et spiritualisatrice (univers créé par le sacrifice des dieux, par le sacrifice de l'être primordial, — sacrifice à qui ? sacrificateur promu à une existence divine ); parallèlement, de la pénitence ou tapas (étymologiquement, réchauffement, la pénitence des cinq feux : le sorcier brûlé du soleil et entouré de brasiers aux quatre points cardinaux), des philosophes épris d'ascétisme ont fait : 1° le principe par lequel les dieux ont créé ou émis le monde, et Prajâpati les dieux; 2° une force qui dote le pénitent des pouvoirs magiques, qui le rend plus puissant que les dieux, mais encore qui détruit les péchés et leur rétribution, qui surnaturalise. De même les procédés d'hypnose par suspension du souffle, etc., prennent une valeur philosophique, car les brahmanes construisent une théorie du souffle vital, identifié à l'âme universelle. Et encore, si le sorcier se rend maître, par une méditation intense, de l'objet qu'il veut ensorceler, le spirituel pourra conquérir les biens de l'âme et l'Être infini dans lequel il doit rentrer. L'ascèse morale (domination de soi, détachement des objets des sens) sera un préliminaire indispensable de la pénitence et de l'hypnose-méditation. Parfois le yoga nous apparaît dégagé de tout élément païen : pour le Bouddha, la vraie pénitence est la patience, la meilleure hypnose est l'équanimité; pour les sectes dévotes, la pénitence et l'extase consistent surtout dans l'adoration amoureuse, dans l'union (= yoga) avec le dieu d'élection.

20. Les auteurs des Brâhmanas reconnaissant une puissance souveraine, concentrée dans les formules, les gestes et les instruments du sacrifice, dirigée par ces formules, gestes et instruments, et partout active, conformément à cette direction, sur les choses, les dieux et les hommes. On dispose de cette puissance par le rit, à la stricte et unique condition d'en connaître exactement la valeur. — Dépassant cette gnose ritualiste, les auteurs des Upanishads découvrent une gnose métaphysique.

Il leur suffit pour cela d'interpréter en philosophes la « hiérologie » des Brâhmanas : la parole sacrée (brahman)

qui fait la force du rite, le Véda éternel dont les mots présidèrent au sacrifice primordial, l'énergie divine qui remplit la caste sacerdotale, le sacrificateur et les dieux, le sacrifice qu'on nomme, dans la langue mythologique, Prajâpati, l'être primordial, — c'est, à vrai dire, l'Être en soi et la Vie, le principe qui voit toute vision et qu'on ne voit pas, qui exhale tout souffle, qui émet, organise et vivifietous les êtres. On le nomme brahman, mais il n'a ni nom ni forme : « il n'est pas ainsi, il n'est pas ainsi » (?ieti, neti).

Brahman est entré dans l'univers et le remplit tout, "comme l'épée le fourreau, comme le scorpion son nid. L'âme, que la psychologie des poètes védiques, plus ou moins animiste (âme = asu, être vivant), plus ou moins spiritualiste (manas, intellect), regardait comme individuelle, existant en soi, est une manifestation, une forme, une partie de l'Absolu ou l'Absolu même. En même temps qu'il se disperse en vies particulières (âmes) et qu'il meut l'univers (démiurge, âme du monde), Brahman reste immobile. Il est transcendant dans son immanence : il réside en personne dans l'intimité de notre moi, il en éclaire les opérations ; de même, sur un arbre, deux oiseaux : le premier mange des fruits, le second regarde manger le premier. (Système du Vedânta.)

Les rites produisent en effet des biens temporels (longue vie, postérité, pouvoirs magiques ou divins) ; mais ils n'exercent aucune prise sur Brahman. La pénitence et l'ascèse se meuvent pareillement dans le cercle du visible; mais, en débarrassant l'intelligence de ses liens, elles sont « purgatives » et préparent à la vraie méthode, au véritable yoga : c'est-à-dire à la connaissance de Brahman, qui est une non-connaissance. Lorsque le disciple, entend le maître lui dire : « Tu es cela », lorsqu'il est persuadé de son identité avec l'Absolu : « Je suis Brahman », les ressorts se brisent qui soutenaient « les noms et les formes »; l'esprit s'abîme et, à la mort, repose en Brahman : c'est l'immortalité ou le nirvana.

Cette doctrine, qui est surtout un vigoureux élan versl'invisible, est grosse de conséquences. Elle s'accorde mal avec les traditions religieuses et les œuvres humaines en

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