‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 126 sur 239 · V. RELIGIONS DE i/lNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE i/lNDE

général. Elle conseille ou ordonne de voir Brahman en tout et tout en Brahman : quiétisme, indifférence ; mais ' aussi — car les plus spéculatifs sont pressés de prendre conscience de l'identité, et Ton est bien tenté d'agir mécaniquement sur le dieu qui nous est immanent — pratique de la théurgie et de toutes les formes du yoga. (L'extase erotique aura une place dans tous les mysticismes indiens, brahmaniques ou bouddhiques). — Mais n'oublions pas que les brahmanes, persuadés de la nécessité de la vie contemplative, ne déserteront pas, pour autant, la vie religieuse aryenne et védique. Avant de se retirer dans les bois pour se perdre en Brahman, il faut avoir rempli son « devoir propre », il faut avoir vieilli en sacrifiant, il faut laisser un fils dans la maison. L'hérésie des bouddhistes consiste surtout dans leur mépris du mariage, du sacrifice, du culte domestique des morts.

21. A côté de la doctrine panthéiste (ou Vedânta) se fait jour dans les Upanishads une conception dualiste, qui prit forme dans le système appelé Sâmkhya à une époque fort ancienne, peut-être avant le Bouddha, et qui disputera au Vedânta l'empire de la philosophie.

Le Sâmkhya s'oppose nettement au Vedânta si on considère son « ontologie » ; mais au point de vue pratique (ascétisme) et eschatologique (nirvana, bonheur inconscient), il se confond presque avec lui.

Les âmes, individuelles, éternelles, en soi simples et heureuses dans l'inaction, sont enveloppées par la Nature dont les multiples manifestations (éléments matériels, intellectuels) forment pour les âmes des « fourreaux » s'engaînant les uns dans les autres. Unies au corps matériel, au« corps subtil » (dont l'intelligence, les organes des sens, le sens intime font partie) les âmes sentent et agissent ou, plutôt, croient sentir et agir. Quand elles connaissent leur vraie nature, leur impassibilité essentielle, elles atteignent le nirvana, c'est-à-dire le retour de l'âme à soi, son « isolement» de la Nature, la délivrance de la sensation, de l'action, de la pensée qui sont imputées aux âmes par la Nature, mais ne leur appartiennent pas réellement.

Les bouddhistes sont encore plus loin du Vedânta. Ils nient non seulement l'être universel, mais encore les Hist. Rel. — i — 17

âmes. Ils n'admettent que des « corps subtils », composés d'éléments instables. Mais pour « dissocier » le corps subtil, ils préconisent, ou peu s'en faut, les moyens que le Vedânta ou le Sâmkhya proposent pour la réunion des âmes à Brahman et pour leur « isolement ».

22. Le succès, la popularité de ces disciplines mystiques et théosophiques, s'explique par le rapport étroit qu'elles entretiennent avec l'idée que les brahmanes et les Hindous en général se font désormais de la mort et de la survie.

La croyance à un séjour béatifique et définitif est trop naturelle pour disparaître : le royaume des Pères sera remplacé par les paradis d'Indra ou de Brahmâ, par la « Bienheureuse » où trône le Bouddha Amitâbha, par le «Monde des vaches» de Krishna. Mais, depuis l'époque des Brâhmanas et des Upanishads, on croit aussi à la « remort » (les Pères meurent à nouveau), à la transmigration à travers une série infinie de renaissances. — Le Rigvéda est plutôt sommaire sur le séjour, abîme ou cachot, réservé aux méchants ; mais l'idée de la punition d'outre-tombe apparaît bientôt avec quelque luxe de détails (Brâhmanas); et les brahmanes supposèrent que les réincarnations animales ou végétales — auxquelles croyaient les Hindous comme font beaucoup de sauvages

étaient des châtiments. Bientôt ils admirent que les

bons eux-mêmes, sauf exception, renaissent, et la transmigration leur apparut comme la loi de tout être qui penser agit ou jouit. Une sorte de physique, avec équivalence et succession du mérite et de la jouissance, du démérite et de la douleur (doctrine du karman ou de l'acte), expliquera l'univers. — Les dieux ne diffèrent des autres êtres que par la puissance qui leur est momentanément départie. Lorsque leurs anciennes austérités, œuvres rituelles et bonnes œuvres auront porté tous les fruits de jouissance céleste dont elles sont susceptibles, les dieux renaîtront sous une forme humaine ou animale. Tout dieux qu'ils sont, ils sont inférieurs à un ascète dont les réserves thaumaturgiques sont intactes. — Cependant on ne se résigne pas à la perspective d'existences indéfiniment répétées, aux risques infernaux qu'elles présentent,

Page 1