I. LA RELIGION DES PRIMITIFS
Ces croyances se manifestent d'abord par l'industrie. Sans admettre (car nous n'en possédons pas de preuve positive) que la domestication des animaux, l'agriculture, et, en général, toutes les industries humaines ont une origine religieuse et magique (Salomon Reinach), du moins retrouve-t-on l'idée religieuse dans certains usages significatifs. Parmi le mobilier funéraire des tombes, on a remarqué des flacons contenant des couleurs. D'autre part il est certain que les squelettes étaient fréquemment enduits de couleur rouge, et des statuettes en terre cuite présentent des colorations et des dessins géométriques. Tout cela permet de croire que les vivants étaient eux-mêmes soumis à cette ornementation par la couleur et le tatouage. Or, on sait que les peuplades sauvages qui, pratiquent ces diverses formes d'ornementation le font, le plus souvent, dans un but religieux dont ils donnent des interprétations diverses. Ordinairement c'est de la couleur des esprits qu'on se revêt, et l'on se protège d'un talisman, en portant certains signes tatoués. Les colliers d'os, de haches votives, de rondelles de crânes provenant de la trépanation devaient avoir des vertus magiques et servir ainsi d'amulettes protectrices. Les anneaux, les cercles et les bracelets d'albâtre et de pierre devaient avoir une signification analogue. Gn les portait au front,, au cou, aux hanches, aux chevilles, aux poignets, aux doigts. «A ces places du corps, la vie se manifeste à l'œil sous la forme du pouls sensible et visible, il semble qu'elle va s'échapper, tel un liquide bondissant, si quelque lien ne la comprime et ne l'emprisonne (1). »
La trépanation très fréquemment pratiquée à cette époque dut avoir également une signification religieuse. On a retrouvé en France (Lozère, vallée du Morin, etc.), en Egypte et dans d'autres pays, un grand nombre de squelettes trépanés. On a pu remarquer que, parfois, cette opération avait été faite après la mort. C'était sans doute, comme au Pérou, afin d'obtenir et de porter sur soi, avec la rondelle du crâne, l'âme même du défunt. Souvent aussi la trépanation a été faite pendant la vie, et l'homme a survécu, ainsi que le montre la reconstitution du tissu osseux. On devait
(1) Moret, Au temps des Pharaons, p. 106.
alors penser guérir ainsi diverses maladies et pratiquer une issue pour le mauvais esprit qui tourmentait le patient. C'est en tout cas l'explication que donnent communément de cette coutume préhistorique les anthropologues. Il n'est pas jusqu'à cette usure des dents appelée « préhistorique )> que l'on n'ait légitimement rapprochée du limage des dents que pratiquent les Esquimaux, les Manganyos, les Bantous, dans le but de ressembler au chat, au crocodile, etc., leur totem.
A côté de ces usages qui révèlent la croyance à la magie, à des esprits, les sculptures nous présentent des témoignages plus expressifs encore. Les représentations humaines de l'époque néolithique sont généralement considérées comme des ^images divines, des « idoles ». Quelques-unes sont surmontées d'une hache emmanchée et gardent des dépôts funéraires, d'autres par leurs caractères semblent désigner « une idole féminine, personnification primitive de la maternité et prototype de ces déesses mères si populaires dans tout le monde antique (1). » Certaines dalles sculptées, les signes tracés sur les dolmens et représentant des haches ont fait croire à un culte de la hache. Du moins, ces idoles féminines, ces représentations de haches, ces cornes de boucliers peuvent être mises en rapport (peut-être d'origine) de signification, avec les mêmes signes et statues en bronze ayant un sens nettement religieux et découverts en Crète. D'autres signes (pierres à bassins, à godets), entourant des trous creusés dans le rocher, sont tenus comme pierres à offrandes, à sacrifices. « Ce qui est hors de doute c'est leur caractère religieux et symbolique indiqué par leur présence sur les monuments funéraires aux âges de la pierre et du bronze et, même, sur des monuments religieux de date récente (2). »
Le culte des morts confirme ces inductions des savants. Il est surtout caractérisé, à cette époque, par les monuments mégalithiques. On connaît les principaux : les menhirs ou pierres levées, les cromlechs : groupes de menhirs disposés circulairement ; les alignements : groupe de men-
(1) Déchelette, op. cit., p 586.
(2) Id., ibid., p. 618.