‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 131 sur 239 · V. RELIGIONS DE L INDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE L INDE

au foyer, aux ancêtres, et fait leur part aux bhâtas (êtres, -esprits) qui errent autour de la maison; il porte orgueillement le cordon qui atteste la « seconde naissance » ; il se marie brahmaniquement et consacre son fils ; il donne aux ancêtres et aux dieux, que représentent les brahmanes, les repas funèbres de quinzaine, les çrâddhas, « ce qui est offert avec foi, avec confiance. » — Le « malheur des temps » (âpad), dont se plaint déjà Manou, autorise bien des dérogations; mais ce que l'Inde a encore de plus solide, o'est la vieille idée du dharma (fas et jus, Barth), du devoir propre (suadharma),\dL vieille institution religieuse et juridique, marquée du sceau des brahmanes, indépendante des cultes idolâtriques, des pèlerinages, des amulettes et des spéculations.

Bouddhisme

30. Le mysticisme (voir ci-dessus §§ 19, 20 et 22) exerça une puissante action dans certains cercles brahmaniques : oe fut, pour le « maître de maison » qui a vu le fils de son fils, sinon une règle, du moins un conseil de perfection, de « quitter la maison », de « partir » pour vivre dans la forêt, ou sur les routes, en pensant au salut. On vit grossir le nombre des pénitents solitaires et des mendiants, tous plus ou moins frottés de théosophie. Bientôt s'organisèrent des sectes, les unes fidèles à l'immémoriale obligation du sacrifice (Agnikas, adorateurs du feu), les autres dégagées de la tradition, toutes préoccupées de méthodes extatiques.

Les plus remarquables de ces confréries sont, dans l'ordre chronologique de leur fondation, la secte des Jaïnas, disciples de Nâtaputta, qui prit le titre de Jina, « vainqueur [des passions] », et celle des Bauddhas, plus simplement les « mendiants » (bhikshu), « fils de Çâkya », disciples de « Gautama, l'ascète de la famille des Çâkyas » (Çâkyamuni), surnommé Buddha, c'est-à-dire « illuminé ». ■ — Ces deux sectes, nées vers la même époque (vie siècle), dans la même province (Magadha = Bihar), sous les aus-

pices de deux « nobîes » (kshatriyas), diffèrent cependant beaucoup.

Contemporain de Çâkyamuni, mais plus âgé que lui, le Jina paraît avoir réformé une confrérie déjà ancienne (les Nirgranthas, « sans-liens ») où il aurait introduit le précepte de la continence absolue. Il insiste sur la loi de « non-nuisance » (ahimsâ) : respecter tous les êtres vivants, et même les esprits élémentaires de l'eau et du feu ; il croit que les actes sont ou créent une sorte de matière subtile qui s'attache à l'âme et lui constitue d'existence en existence de nouveaux corps ; il prêche donc l'inaction, la destruction des actions par la pénitence et, lorsqu'on en est capable, la mort par la faim. L'âme, indestructible, conquiert alors la définitive béatitude. Doctrine étrange, très austère (nudité absolue : sur ce point, des réformes qui diviseront la confrérie en « vêtements blancs » et « vêtements d'air »), très matérialiste (l'action est surtout l'action du corps), très peu dégagée de l'animisme païen, d'ailleurs radicalement athée. — Les Jaïnas jouèrent un rôle notable dans la littérature, la philosophie, la politique ; ils sont encore aujourd'hui, sinon nombreux, du moins considérés. De tout temps les religieux prirent charge d'âmes : les adhérents laïcs s'obligeant à des exercices sabbatiques de continence, d'abstinence, de pauvreté. Malgré son athéisme formel, le jaïnisme se doubla d'une mythologie et d'une dévotion. On supposa qu'un grand nombre de Jinas, objets du culte, avaient apparu au cours des siècles. Les temples sont parmi les plus beaux de l'Inde du moyen âge.

31. Çâkyamuni proposait, croyons-nous, un genre de vie plus raisonnable. — Son grand mérite est d'avoir dit clairement que la moralité de l'acte est dans l'intention, et que « tout ce que nous sommes est le résultat de ce que nous avons pensé. » Il enseigne la paix de l'âme, ici-bas bonheur suprême, et gage de la félicité éternelle. On obtient la paix par l'extinction du désir. L'état le plus favorable à cette ataraxie est l'état du moine qui se nourrit de béates réflexions sur la douleur et la fragilité de la vie, observe avec scrupule la continence, déteste tout superflu, mais ne tourmente jamais ni son corps ni son estomac.

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