‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 132 sur 239 · V. RELIGIONS DE L'iNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE L'iNDE

Toute pénitence n'est pas bonne. Toute extase n'est pas profitable. Évitez la colère, la haine, le mécontentement, le trouble d'esprit. Ne vous piquez pas de métaphysique ; ne discutez ni avec les autres, ni surtout avec vous-même.

Le bouddhisme primitif, la « Bonne Loi » (saddharma) était surtout une morale de la paix de l'âme, une règle d'ascétisme à l'usage des moines plutôt qu'une religion à proprement parler. Certes, tous les moines des anciens temps ne regardaient pas le Bouddha comme un homme ordinaire, un sage qui ne l'emporte sur ses disciples que par ses dons d'invention : mais le Bouddha défunt est en nirvana, suivant l'heureuse expression de M. Kern, un dieu (ou un demi-dieu) mort.

32. Si exclusivement pratique qu'on suppose la Bonne Loi primitive, les bouddhistes se firent de bonne heure un « système » (darçana), curieux à plusieurs égards. — En résumé, rien n'est permanent ou substantiel. Le moi, c'est-à-dire le corps et l'intelligence, est un complexé d'éléments matériels ou spirituels qui Te renouvellenF^i'instant en instant ; cependant la mort n'est pas la délivrance de l'existence, car les actes non rémunérés au cours d'une vie doivent être rémunérés dans une vie ultérieure ; pour que le nirvana, c'est-à-dire la paix indéfinissable, puisse être obtenu, il faut que tous les actes capables de susciter une renaissance aient été stérilisés par la possession de la vérité bouddhique, par la vue intuitive du caractère insubstantiel de tous les phénomènes. La délivrance des passions, gage de la délivrance absolue à la mort (nirvana), se manifeste chez les saints (arhat) par l'équanimité parfaite (nirvâna-sur-terre). — De même qu'il n'existe pas d'âme en soi, il n'y a pas un dieu souverain du monde et éternel. Les causes engendrent des eiïets, causes à leur tour. Le monde dure et, après les périodes de chaos, est renouvelé pour la rémunération des actes. Les êtres sont successivement de diverses natures, dieux, hommes, animaux, damnés, conformément à leurs actes anciens. — On peut soutenir que le Bouddha n'eut pas plus d'estime poulie mysticisme pratique (procédés hypnotiques d'extase) que pour les pénitences. Mais le bouddhisme possède d<; très savantes théories de l'extase et y attache le plus grand prix.

33. La spéculation ne devait pas s'arrêter à la négation du moi et de la substance; mais, tandis qu'elle s'acheminait vers le nihilisme absolu (école Madhyamaka, de Nâgârjuna) ou, apparente contradiction, vers un idéalisme à la manière de Fichte et du Vedânta (école Vijnânavâdin : « rien n'existe que la seule pensée », d'Açvaghosha), les germes de dévotion que contenait l'ancien bouddhisme produisaient une luxuriante végétation de mythes et de culte. [Ne pas oublier qu'un grand nombre de communautés s'en tinrent au rationalisme des origines monastiques]. Çâkyamuni n'est plus considéré comme un sage ou un héros entré dans l'immobile nirvana, mais comme un être surnaturel, divinisé depuis des siècles sans nombre, éternel ou peu s'en faut, descendu ici-bas sous une forme illusoire (comparer les avatars et le docétisme), régnant dans un paradis où sa lumière spirituelle réjouit les élus. Les anciens nommaient quelques Bouddhas prédécesseursdu nôtre, et comme lui « nirvânés » ; on parlait aussi de Maitreya, « l'Amical », le Bouddha à venir : mais en vérité, croit-on maintenant, il y a des milliers de Bouddhas, dieux vivants, dans toutes les régions de l'espace — le plus populaire s'appelle Amitâbha, « Lumière infinie » ou Amitâyus, «Vie infinie» — et des milliers de « futurs Bouddhas » (bodhisattvas), saints miséricordieux, parmi lesquels Avalokiteçvara, le « Seigneur qui regarde d'en haut. » — C'est bien là un bouddhisme nouveau, qu'on nomme, en raison d'un caractère étranger à la dévotion et que nous allons expliquer, « Grand Véhicule», c'està-dire grande méthode de salut.

C'est dans le culte populaire que sont les origines de la théologie d' Amitâbha et de ses frères ; mais les moines qui la rédigent la concilient avec leurs théories philosophiques (nihilisme, idéalisme) et avec un nouvel idéal de la vie religieuse qui distingue nettement le nouveau bouddhisme monastique de l'ancien. Jadis les moines s'efforçaient de réaliser, au plus tôt, l'absolue indifférence qui est ou qui produit le nirvana (Petit Véhicule); d'après lo Grand Véhicule, ces efforts précipités sont vains : pour parvenir au nirvana il faut d'abord avoir été un Bouddha.. Les fidèles seront donc, non plus des candidats à l'ataraxie,

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