V. RELIGIONS DE L'iNDE
Les « édits de religion » ou de « morale » (dharma) du pieux monarque, et les grandes ruines deBharhut, etc., qui lui sont de peu postérieures, fournissent à la chronologie des données utiles. Elles ne permettent pas d'affirmer que la tradition monastique singhalaise soit fidèle : mort du Bouddha en 543 (rectifié [?] en 477, 412, etc.); compilation du canon au concile de Râjagriha aussitôt après ; deuxième concile en 433, troisième concile (246 av. J.-C.) sous Açoka. On peut penser ce qu'on veut des frêles garanties qu'offre cette tradition ; mais nous savons que, vers le temps d'Açoka, on connaissait plusieurs de nos textes canoniques ; les institutions de la communauté, moines et nonnes, étaient précises ; la légende des anciennes existences de Çâkya était populaire.
Et comme les anciennes Écritures présentent parfois des caractères d'authenticité, comme elles sont en partie confirmées par la tradition jaïna, on conclut en leur reconnaissant une valeur sérieuse pour l'histoire même des origines. — Il est d'ailleurs admis que la littérature canonique a été, dans son ensemble, écrite notablement avant notre ère (à Ceylan en 80 av. J.-C).
Les monuments iconographiques de l'Inde du nord-ouest et les traductions chinoises, qui sont datées, permettent de placer au premier siècle de notre ère environ la« bouddholâtrie » du Grand Véhicule {terminus ad quem). — La date des grands docteurs Nâgârjuna et Açvaghosha est bien douteuse (ier siècle ?), mais les sources chinoises (récits des pèlerins) jettent un jour très vif sur l'état de la confrérie aux ve-vne siècles.
En ce qui concerne le bouddhisme çivaïsant, l'iconographie, l'art tibétain, la chronique du Cachemire, l'historien tibétain Târanâtha, les manuscrits, dont quelques-uns sont anciens, permettent de proposer le vie siècle comme date probable ou possible de son avènement.
37. Fortement installé dans l'Inde du nord-ouest, probablement peu brahmanique en ces temps-là, le bouddhisme obtint le plus grand succès auprès des envahisseurs Yue-tchi, tribus turques (?); et le grand empereur Kanishka (dynastie Kou-chan, Ier siècle de notre ère?) fut un patron décidé de la communauté. Les bhiksus, des marches
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indiennes, pénétrèrent dans le Turkestan — on y a retrouvé les vestiges de couvents longtemps prospères — et la Chine fut bientôt entamée. Depuis 280, s'il faut en croire un savant bien informé, il n'est pas inexact de dire que le bouddhisme y domine :« L'histoire officielle [confucéenne] confesse que, en 405, dans la moitié septentrionale de la Chine, neuf familles sur dix professaient le bouddhisme... L'histoire officielle avoue, bien à contre-cœur, que, en l'an 500, la Chine entière, nord et sud, était bouddhiste (1). »
Le bouddhisme prêché par les moines à cette époque fut, non pas la doctrine athée et nihiliste (§32), qui d'ailleurs pénétra aussi en Chine, mais le culte et la théologie des Bouddhas, surtout d'Amitâbha. Son succès s'explique aisément dans un pays qui ne possédait pas, à proprement parler, de doctrine religieuse : le naturisme moral de Confucius est très peu spiritualiste ou dévot. Avalokiteçvara, patron des défunts et pourvoyeur du paradis d'Amitâbha, devait réussir chez les Chinois qui aiment leurs parents plus qu'ils ne font leurs enfants. Chose curieuse, ce « futur Bouddha » est confondu dans les documents chinois avec une divinité féminine, qu'on crut longtemps d'origine chinoise, mais qui paraît bien être indienne, comme toute la «Bonne Loi » de Chine ou peu s'en faut (A. Foucher). — Les moines chinois prirent très au sérieux leur vocation, traducteurs plus zélés qu'intelligents des livres philosophiques, admirables pèlerins, méticuleux observateurs des règles monastiques, même quand ils se faisaient « futurs Bouddhas ». Parmi les laïcs, les superstitions taoïstes et les traditions de familles se mêlaient sans doute au bouddhisme ; mais on ne peut trop admirer les congrégations de laïcs multipliées aux époques de persécution.
En effet, la fortune de l'Ordre varia avec les dynasties ; les lettrés (confucéens) lui furent généralement hostiles; de savantes laïcisations ont, depuis plusieurs siècles, réduit le nombre, la population, la valeur intellectuelle des couvents. Mais il appartient toujours aux moines de Çâ-
(1) L. Wieger, Bouddhisme chinois, t. I, p. 108-110.