LES RELIGIONS DE L INDE ET LE CHRISTIANISME
39. A se placer à un point de vue strictement, étroitetement rationaliste, il y a entre le christianisme, qui est grec, latin, français, c'est-à-dire raisonnable, et les religions de l'Inde, qui sont hindoues, c'est-à-dire mystiques,
(1) L. Wieger, loc. cit.
panthéistes et païennes, de profondes différences. Ceseul détail que les Indiens font converser une reine, renée insecte coprophage, épouse d'un coprophage, avec le roi son précédent époux, indique une mentalité très particulière. — Jamais un Indien n'a douté de la survie, mais jamais il n'a cru impossible de renaître dieu par la vertu du rite, de l'extase ou de la pénitence ; jamais il n'a distingué, ou fait un effort heureux et continu pour distinguer les mots, les idées et les choses. — La religion chrétienne et les religions de l'Inde sont, de nature, différentes.
Mais les Indiens, imaginatifs et pieux, ont eu un très grand nombre de conceptions justes : la doctrine de la Bhagavadgîtâ (voir § 27) et en général la doctrine du salut par la dévotion (bhakti) présente avec le christianisme des rapports assez étroits pour que de bons esprits se résignent malaisément à n'y pas reconnaître des influences occidentales ; la continence (brahmacarya) est regardée de très bonne heure comme une condition de « l'immortalité » (nirvana), et on sait l'importance qu'y attachent les bouddhistes ; l'ordre bouddhique, avec les lois de pauvreté, de mortification modérée, de bienveillance universelle,, avec les multiples précautions qu'on prit pour y maintenir une décence sévère, n'est pas sans rappeler les confréries d'Occident ; la notion qu'une faute avouée est plus légère, que la résolution de ne plus pécher efface la faute, est à retenir ; les « confessions » de quinzaine sont, probablement, plus anciennes que le Bouddha. On remarquera aussi certaines formes du bouddhisme : le vœu de devenir Bouddha en assumant les souffrances de toute créature, les prières où le fidèle confesse que tous les hommes sont des enfants des Bouddhas. Plus anciennement, les bouddhistes et en général les Hindous aimaient à célébrer les exploits charitables du lièvre qui se fait rôtir pour nourrir un voyageur égaré, du roi qui se fait manger par un ogredémon pour sauver un oiseau, etc. — H y a des rencontres curieuses, qui frappèrent les missionnaires du xvme siècle, ce nom de mahâprasâda « grand présent », et on peut traduire « grande grâce », donné aux mets offerts à Vishnou de Jagernath : « les dévots les partagent entre eux ; souvent les transportent fort loin... ; ce