‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 137 sur 239 · V. RELIGIONS DE L'iNDE · texte numérisé non relu

V. RELIGIONS DE L'iNDE

repas crée entre les participants, pour une période de temps qu'ils fixent, un lien plus fort que celui du sang... Ces alliances, formées souvent dans des buts inavouables, sont parfois un obstacle sérieux aux enquêtes des magistrats (1). » Bien que le mot y soit presque, ce n'est pas l'Eucharistie.

Toutes ces similitudes, et il en est un nombre considérable, s'expliquent par l'étonnante fertilité de l'esprit hindou; depuis les « trinités »• jusqu'à la « parabole des talents » , aucune n'est de nature à scandaliser.

40. Quelques indianistes, et non des moindres, ont été ou sont convaincus que le christianisme, connu de bonne heure aux Indes, a laissé sa marque sur des formes anciennes, modernes ou récentes de la dévotion et du culte vishnouites. Les influences récentes ne sont pas contestables (Tulasîdâsa, xvie siècle, et son école). La légende de Krishna dans les Purânas (Vishnupurâna, vie siècle) et les fêtes de la nativité (textes plus récents) présentent bien des détails curieux, qui paraissent manquer aux versions les plus anciennes : un Krishna bucolique paraît se substituer au Krishna sinistre du Mahâbhârata ; le divin enfant naît dans une étable ; il y a bœuf, âne et autres animaux ; on représente Devakî en madona lactans; l'eau dans laquelle on lave Krishna guérit les malades ; Krishna lui-même détruit le péché d'un regard, guérit les malades, redresse un estropié : miracles raisonnables, inouïs dans la thaumaturgie indienne. Ces coïncidences emportent la conviction d'un juge aussi éclairé que M. Hopkins. En ce qui regarde la Bhagavadgîtâ, si mal datée (entre 200 avant ou après J.-C), où on retrouve des -idées et des expressions chrétiennes, M. Hopkins conclut avec prudence : « Il paraît possible que la Gîtâ primitive, composée certainement au moins 200 ans avant notre ère, ait été transformée par l'introduction d'un esprit religieux nouveau ; qu'elle ait absorbé des idées qui se trouvent dans le quatrième Évangile (2). » — Les brahmanes doivent beaucoup plus aux étrangers, bouddhistes, barbares, musulmans, qu'ils ne

(1) Barth, Religions of India, p. 274.

(2) Hopkins, India Old and New, p. 158.

sont portés à l'avouer (astronomie grecque, théâtre, etc.)- Si nous ne connaissions pas les origines chrétiennes de telle « société » (samâj) contemporaine, nous aurions quelque mal à nous en assurer par la lecture de ses livres. Vâcaspati, grand philosophe théiste du xve siècle, doit peut-être beaucoup aux musulmans. On ne peut donc pas nier la possibilité, quelques-uns diront la vraisemblance, de Tinfluence chrétienne dans l'Inde ancienne. — Pour ma part, je suis très sceptique. Si on excepte les coïncidences de la Bhaktamâlâ (moderne) : « Un saint enseigne que l'initiation doit être une seconde naissance ; l'auditeur prend cet enseignement à la lettre. Un saint, frappé sur la joue droite, présente l'autre ; crève son œil qui le scandalise ; coupe sa main droite qui le scandalise, etc. » — coïncidences accumulées dans un bref poème et qui ne laissent place à aucune hésitation — j'imagine qu'on peut expliquer, par l'Inde, la plupart des traits « occidentaux » de la légende de Krishna.

41. Quant aux prétendus emprunts bouddhiques de nos Livres, la question se pose dans des termes différents. Le christianisme était connu dans l'Inde longtemps avant la rédaction des textes qui décrivent la fête de la naissance de Krishna ; tandis que Clément d'Alexandrie est le premier à faire mention du Bouddha, tandis qu'il faut attendre le roman de Barlaam efc Josaphat pour rencontrer la première importation bouddhique incontestable. Faute de renseignements sur les voies d'emprunt, sur des relations entre le bouddhisme et l'Occident à l'époque qui nous intéresse, la preuve de l'emprunt doit se trouver tout entière dans les points de contact entre les textes (biographiques ou doctrinaux). On a établi, en folk-lore, des démonstrations de cette nature qui sont parfaitement démonstratives: la comparaison des textes rendant la rencontre fortuite beaucoup moins vraisemblable que l'emprunt. Pour les Évangiles et les Suttas, c'est tout juste le contraire. Et si l'impression d'un croyant est suspecte, si le jugement d'un timide philologue manque ici d'autorité, il suffît d'en appeler à M. Richard Garbe. Ce savant éminent indiquerait volontiers les sources iraniennes de notre religion ; il croit à la couleur indienne du néo-platonisme ;

Page 1