V. RELIGIONS DE l/lNDE
il admet que la comparaison des Apocryphes et du Lalita démontre l'emprunt à des sources indiennes ; cependant il déclare très net que rien, dans les Canoniques, ne permet de s'arrêter à l'hypothèse d'un emprunt indien. Ici on répondra, non pas « c'est invraisemblable », « ce n'est pas prouvé », mais, sans ambages, « le bouddhisme n'est pour rien dans les Évangiles.»
42. Si dangereux qu'il soit de prophétiser, nous dirons un mot de l'avenir religieux de l'Inde. — L'état d'esprit des doctes n'est pas trop mal décrit par sir A. Lyall : mépris des « noms et des formes » (comme dit l'Upanishad), de la raison raisonnante et de la science; sympathie plus ou moins vive pour Dieu, les dieux, les cultes, comme pour des superstitions qu'on hésite à critiquer. La dévotion païenne des simples est aussi réfractaire à l'évangélisation que l'agnosticisme des lettrés : il suffît de parcourir les Lettres édifiantes et curieuses (vol. vi-viii, Mémoires des Indes, Lyon, 1819) pour s'en rendre compte. — Aux difficultés qui tiennent à la « matière intellectuelle », qu'il faut radicalement transformer pour la christianiser, s'ajoutent celles de la « matière sociale ». Les conversions individuelles sont presque impossibles, parce que l'Hindou, en répudiant les pratiques religieuses de son groupe, sacrifie toute ses relations,devient un « outcast » .Cependant la domination anglaise aboutira, d'une part à transformer les lettrés en révolutionnaires plus ou moins athées, d'autre part à désagréger la caste : et il se peut que le christianisme profite un jour du rationalisme occidental des pandits et de la désorganisation sociale. En tout cas, on peut prévoir une crise. — Quand on considère la médiocre influence exercée par l'Islam, si solidement installé depuis tant de siècles, si éloigné des principes libéraux de la politique anglaise, si simple en doctrine et si commode en pratique ; quand on constate combien souvent il s'est hindouïsé ; on se demande s'il faut, humainement, espérer pour le christianisme indien de brillantes destinées. Cependant les Hindous méritent d'être évangélisés. Il y a du vrai dans cette optimiste pensée de Monier Williams qu'ils adorent Dieu en esprit, s'ils ne l'adorent pas en vérité ! Depuis trois mille ans, ils cherchent avec tant de piété,
de fièvre et parfois d'intelligence ! Le plus probable est que l'hindouisme continuera à s'enrichir d'idées et d'aspirations chrétiennes — il faut mentionner le sympathique Rammohun Roy — mais restera hindou : irrationnel, mystique, païen.
Bibliographie générale.
A. Barth, Religions de Vlnde, dans Y Encyclopédie des sciences religieuses de Lichtenberger, 1879, et trad. de Wood, Religions of India, 1882 (plusieurs réimpressions ; nous citons d'après la traduction) ; Rulletin des Religions de Vlnde dans la Reçue d'histoire des religions, 1882-1885, 1889, 1893-1894, 1899-1902; articles dans le Journal des savants, depuis 1896. — Hopkins, Religions of India, 1896. — P. Oltramare, Histoire des idées théosophiques dans Vlnde, t. i, 1908. — Oldenberg, La Religion du Veda, trad. V. Henry, 1903 ; Le Rouddha, trad. Foucher, 1903. — Ouvrages relatifs à F Inde dans les collections Non Christian religious Systems, (Soc. for promoting Christian knowledge), Wisdom of the East, Religions ancient and modem. — A. Weber, History of Indian Literature, 1904, d'après l'édition allemande de 1875. — L. von Schroder, Indiens Literatur und Cultur, 1887. — A. A. Macdonell, History of Sanskrit Literature, 1900. — H. Oldenberg, Literatur des Alten Indiens, 1903. — V. Henry, Littératures de Vlnde, 1904. — M. Winternitz, Geschichte der indischen Literatur, 1905. — V. A. Smith, Early history of India, 1908. — Indian Empire, vol. 1 et 2, 1908. — Sir A. Lyall, Asiatic Studies, trad. et annoté par R. de Kérallain, Mœurs religieuses et sociales de V Extrême Orient, 1885 et 1908. — Crooke, Popular religion and folklore of northern India, 1896. — Traductions dans Sacred Rooks of the East.
Bibliographie spéciale.
1. — A. Meillet, Les dialectes indo-européens, 1908. — Hoernle, Grammar of the Gaudian Languages, 1880, introduction ; Oldenberg, Literatur des alten Indiens, 1903, p. 6, 62; Ed. Meyer, Geschichte des Altertums, 1909, 1. 1, 2e partie, § 5 bis et suiv. — E. H. Risley, Census of India, vol. i, Ethnographie Appendices, Calcutta, 1903; — Indian Empire, vol. i, chap. Ethnography and Caste.
2. — Ed. Meyer, Geschichte, t. i, 2e partie, § 548 ; voir bibliographie du § 11. — Wackernagel, Altindische Grammatik, 1896,
(1) Voir la note explicative pour la «Bibliographie» de l'Introduction p. 47.