‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 15 sur 239 · I. LA RELIGION DES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

I. LA RELIGION DES PRIMITIFS

hirs dressés suivant une ligne droite ; les dolmens ou allées couvertes : monuments composés de blocs de pierre, de forme et de dimension variables, soutenues horizontalement au-dessus du sol par d'autres pierres. Ces divers édifices de pierre ont reçu des noms variés dans la langue populaire et sont devenus le centre de légendes nombreuses. On en trouve en très grand nombre dans toute la France : les plus beaux sont ceux de l'Ouest. Il en existe également dans le reste de l'Europe, en Asie, etc. Le menhir est, selon toute apparence, le reste d'anciens cultes de la pierre analogues à celui des bétyles que connurent les peuples sémitiques et qui se pratique encore dans certaines populations sauvages. On a vu dans les alignements et les cromlechs « des monuments religieux, notamment des temples solaires et des lieux de sacrifices (1). » C'est une explication douteuse. Du moins les dolmens sont-ils intimement liés aux cultes funéraires. M. Déchelette répartit en cinq catégories les sépultures néolithiques : « 1° sépultures en pleine terre, sans enveloppe protectrice du cadavre ; 2° sépultures sous grottes naturelles ou abris ; 3° sépultures sous dolmens ou allées couvertes ; 4° sépultures sous grottes artificielles ; 5° sépultures à cistes ou coffres en pierres (2). » Il faut ajouter une autre manière de traiter les corps, l'incinération, dont on a trouvé des traces en divers endroits (France, Suisse, Allemagne). L'existence de ces tombeaux marque le respect que l'on a pour le corps et aussi le soin de conserver le mort, de le protéger, peut-être de l'empêcher de nuire. Le mobilier que l'on prend soin de placer près de lui précise l'idée de survivance. Haches, pointes, etc., colliers, couleurs, vases divers, moulins, figurines sont des objets que l'on suppose nécessaires au défunt, dans une autre vie que l'on croit analogue à celle-ci. C'est en tout cas l'idée qui provoque les mêmes pratiques chez les sauvages actuels en Afrique ou en Australie.

Deux coutumes ont particulièrement attiré l'attention des ethnographes. On sait que fréquemment chez les demi-civilisés on rencontre la pratique des doubles enterrements.il sem-

(1) Cf. Déchelette, op. cit., p. 447.

(2) Id.s ibid., p. 450 sq.

ble que pour eux, tant que le corps n'est pas entièrement décomposé, l'âme n'est pas encore fixée dans son état définitif de repos et de vie d'outre-tombe. C'est afin de précipiter cette situation douloureuse, pour l'âme du défunt aussi bien que pour les survivants, que sont pratiqués la sépulture provisoire (premier enterrement du cadavre), le décharnement présépulcral, l'endo-cannibalisme (manducation des chairs du cadavre), l'incinération, le brisement de certains os. Les anthropologues ont relevé à l'époque néolithique des traces de décharnement présépulcral. Les os de certaines tombes ont été intervertis, le squelette a été coloré en tout ou en partie. L'os a donc été au préalable décharné. La position donnée au squelette n'est pas moins suggestive. Tantôt il apparaît allongé et au repos, tantôt au contraire il est replié sur lui-même. Cette dernière coutume, qui est usitée dans diverses tribus d'Amérique du nord et du sud, de l'Australie et de l'Afrique, a été constatée à l'époque néolithique, en Egypte, en Afrique, en Gaule, en Scandinavie, en Espagne, en Italie, etc. On en donne diverses explications : 1° assimilation du mort au fœtus, position embryonnaire, la terre serait considérée comme le sein maternel ; 2° sentiment de crainte du mort et ligotage du squelette que l'on empêche ainsi de revenir et d'agir ; 3° réduction du corps humain à des dimensions proportionnées aux vases funéraires qui les doivent contenir ; 4° position accroupie de repos, analogue à la situation assise pendant la vie, dont la mort est la continuation. Les unes et les autres de ces idées sont encore courantes chez des peuples barbares. Il est donc vraisemblable que ce soient elles aussi qui aient inspiré nos ancêtres de l'époque néolithique. Toutes impliquent une croyance à la survivance de l'âme.

6. Les hommes de cette époque ont donc sûrement une religion comportant des divinités, des esprits supérieurs, un culte, des pratiques magiques, la vie future. « Leur âme pénétrait dans les avenues de l'idéal, je veux dire par là qu'elle accédait à des pensées religieuses attrayantes ou puissantes (1). » Telles tribus sauvages : les Pygmées, les

(1) G, Jullian, dans la Revue bleue, 23 janvier 1909.

Page 1